Titulaire lors de la finale de la Can 2025 remportée par le Sénégal face au Maroc, Mamadou Sarr est revenu en détail sur ce match totalement renversant dans un entretien accordé à Onze Mondial. Entre but refusé, penalty raté, tension autour du terrain et prolongation héroïque, le défenseur sénégalais raconte de l’intérieur les émotions et les moments clés d’une finale entrée dans l’histoire.
Une finale abordée avec calme malgré l’enjeu
Aligné d’entrée lors de la finale face au Maroc, Mamadou Sarr explique avoir abordé la rencontre avec sérénité malgré l’énorme pression. «Quand le match commence, je me sens complètement détendu, même si je sais qu’il y a un enjeu. Plus les minutes passent, plus j’entre dans le match. Dès les premiers ballons, il faut se mettre dedans, comme chaque match, j’ai envie de dire. Je suis monté en puissance petit à petit.» Malgré certaines décisions arbitrales défavorables, les Lions sont restés concentrés : « oui, l’arbitre ne sifflait pas en notre faveur, mais je suis resté calme, l’équipe aussi, il n’y a pas eu d’énervement. Pendant le match, on se procure de belles occasions. À chaque raté, je me dis : “Aaaaaah mince”. Mais on se remet vite dedans en se disant : ‘’si ça ne rentre pas maintenant, ça rentrera plus tard’’.»
Le défenseur sénégalais est également revenu sur l’action du but d’Ismaïla Sarr finalement refusé : «quand on marque, je pense que c’est bon, qu’il y a vraiment but. Ensuite je vois que non. Après je me dis qu’il va voir la VAR, mais pas du tout. Comme il avait sifflé avant, on ne pouvait rien faire.»
«Avant le penalty, je fais de très grosses prières pour qu’il rate»
L’un des tournants de la rencontre reste le penalty accordé au Maroc, dans un contexte déjà très tendu. «Pour être honnête, je ne savais même pas qu’il y avait penalty. Je n’ai rien vu, car l’action se passe derrière moi. Je dis à Malick Diouf : “il y a quoi là ?”. Il répond : “je ne sais pas, je l’ai touché un peu mais il s’est laissé tomber”. Je lui dis : “mais non, jure ?!”.» Pendant que l’arbitre consulte la VAR, la tension monte autour du terrain : « quand l’arbitre va voir la VAR, on est tous choqués. Derrière, une bagarre éclate sur le côté, le match est arrêté entre guillemets. Le coach nous dit de rentrer au vestiaire, du coup on rentre. Ensuite Sadio et le coach nous disent de ressortir. On ressort.»
Une situation totalement irréelle pour le joueur sénégalais : «à ce moment-là, c’est la folie dans ma tête, comme dans celle de tous les spectateurs. Tu te dis : finale de CAN, on sort du terrain… Cet épisode n’avait pas lieu d’être. Mais bon, chaque être humain commet des erreurs dans la vie. Ça nous servira de leçon.» Sarr confie alors avoir vécu un moment de grande tension avant la tentative marocaine. «Je suis focus sur le penalty et le fait qu’on va potentiellement perdre le trophée contre le Maroc. Avant le penalty, je fais de très grosses prières pour qu’il rate. Quand je vois qu’il tente une panenka et qu’il loupe, c’est juste dingue !»
Le défenseur avoue avoir été totalement sous le choc : «après le loupé, on ne réagit même pas parce qu’on est sous le choc. On passe de devoir rentrer dans son club sans médaille, ni célébration, ni trophée, à rester en vie. Le match continue avec encore la possibilité de gagner la Can. Le choc émotionnel était tellement puissant. J’ai rarement ressenti ça dans ma vie, c’est indescriptible.»
«Dans ma tête, je suis un soldat»
La prolongation marque un basculement mental pour les Lions : « psychologiquement, tout s’inverse. On revient en mode guerrier. Les Marocains passent de : “on gagne la Can qu’on attend depuis 50 ans dans notre pays” à “il faut refaire 30 minutes et charbonner”. Je pense qu’ils n’avaient pas le mental pour refaire 30 minutes.» Le Sénégal ouvre rapidement le score grâce à Pape Guèye : « dès le début de la prolongation, on marque. Ce but est venu de Dieu. Au départ de l’action, je ne vois même pas ce qu’il se passe, je n’entends rien, je ne vois rien venir et là… but ! Je dis : “mais non, c’est fou, on a marqué ?”. Ce moment était magnifique, impossible à décrire.»
Derrière, le défenseur se met en mission pour protéger l’avantage sénégalais : « moi derrière, j’étais encore plus déterminé. En mode : ils n’ont même pas le droit d’avoir une occasion. Ils n’ont pas le droit d’approcher notre surface. Je défends mon pays. Dans ma tête, je suis un soldat, je vais à la guerre, dans les tranchées, comme à l’époque.» Malgré quelques frayeurs, les Lions tiennent bon : «en fin de match, Chérif Ndiaye manque une très grosse occasion. Dans ma tête je me dis : “ouuuuh, faudra pas regretter ça”. Mais je me disais aussi : ‘’tant pis, on fera les comptes à la fin’’. Le Maroc aussi a une grosse occasion, Nayef Aguerd touche la barre sur corner. Cette barre nous a donné de sacrés frissons.»
Une victoire encore plus spéciale avec le Sénégal
Au coup de sifflet final, Mamadou Sarr savoure l’un des titres les plus marquants de sa jeune carrière. «C’est le deuxième trophée de ma carrière après la Coupe du monde des clubs avec Chelsea l’été dernier. Mais la saveur était différente. C’était avec mon pays, une Can, et j’étais titulaire en finale.» La célébration sur place reste particulière : «pendant la cérémonie, le stade se vide, mais on ne réalise pas qu’il n’y a personne dans les tribunes. J’étais au téléphone avec mes proches. En tout cas ce que je peux te dire, c’est qu’il faisait bien froid avec la pluie (rires).»
C’est finalement au Sénégal que l’émotion prend toute son ampleur : «on réalise vraiment quand on retourne au pays, avec cette parade magnifique dans les rues de Dakar. C’était fort.»
L’épisode de la serviette avec Hakimi
Enfin, Mamadou Sarr est revenu sur la polémique autour d’une altercation impliquant Achraf Hakimi : «la seule échauffourée, c’est l’histoire de la serviette. Mais je ne pense pas que Hakimi ait fait exprès. Toute cette histoire de serviette, je n’ai rien vu, c’était dans mon dos. J’étais trop focus sur mon match. J’ai vu les vidéos sur les réseaux, j’étais choqué (rires).»
Le défenseur en est convaincu : cette finale restera dans les mémoires : «oui, j’ai conscience que ce match restera dans les annales. On a arrêté le match, c’est inédit.»













