À la Grande mosquée de Dakar, le Président Bassirou Diomaye Faye a délivré un message à forte portée spirituelle et politique. Entre appel au partage, hommage aux guides religieux et exhortation à l’unité nationale, le chef de l’État a voulu faire de la Tabaski un moment de rassemblement dans un contexte social encore marqué par les difficultés économiques.
La Grande mosquée de Dakar a renoué, ce vendredi de Tabaski, avec l’atmosphère des grands jours. Très tôt dans la matinée, des milliers de fidèles convergent vers ce haut lieu de culte pour accomplir la prière marquant l’une des fêtes les plus importantes de l’islam. Sous un ciel clément et dans une ambiance de recueillement, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a pris place aux côtés du Premier ministre Ahmadou Al Amine Lo et de plusieurs autorités religieuses et administratives.
Comme le veut la tradition républicaine, le chef de l’État a adressé un message à la Nation à l’issue de la grande prière. Mais au-delà des formules protocolaires, le discours présidentiel s’est voulu profondément symbolique, mêlant spiritualité, cohésion sociale et vision politique. Dans un Sénégal traversé par des attentes sociales fortes et une conjoncture économique difficile pour de nombreuses familles, Bassirou Diomaye Faye a choisi d’insister sur les valeurs de sacrifice, de solidarité et de partage.
Dès les premières minutes de son intervention, le président de la République a exprimé sa reconnaissance à l’endroit de l’imam Ratib de Dakar pour « la belle prière conduite » ainsi que pour « le sermon édifiant » prononcé devant les fidèles. Il a également rendu un hommage appuyé aux guides religieux et chefs coutumiers du Sénégal, saluant leur rôle historique dans la préservation de la stabilité du pays.
Selon lui, « la sagesse des autorités religieuses et traditionnelles constitue depuis plusieurs générations l’un des principaux remparts contre les fractures sociales et les tensions politiques ». Dans un contexte régional marqué par les crises sécuritaires et institutionnelles, le chef de l’État a tenu à rappeler la singularité sénégalaise fondée sur le dialogue, la tolérance et le respect des croyances. « Cette proximité entre nos fêtes religieuses est la signature d’un peuple qui a fait du respect mutuel des croyances le ciment de son unité », a déclaré le Président en évoquant également la récente célébration de la Pentecôte par la communauté chrétienne.
Par cette référence au vivre-ensemble religieux, Bassirou Diomaye Faye semble vouloir consolider un discours d’unité nationale au moment où le pays cherche encore à tourner la page des tensions politiques des dernières années. Le chef de l’État a ainsi tenté de replacer la religion non pas comme un facteur de division, mais comme un socle moral capable de nourrir le projet républicain.
Le moment le plus fort de son allocution reste sans doute son interprétation du sens profond de la Tabaski. Revenant sur le sacrifice du prophète Ibrahim, le Président a développé une lecture à la fois spirituelle et citoyenne de cette fête musulmane. « La Tabaski nous rappelle qu’il faut savoir renoncer à une part de soi pour ce qui est plus grand que soi. C’est une leçon de foi, mais aussi une leçon de civisme », a-t-il affirmé devant les fidèles. À travers cette déclaration, Bassirou Diomaye Faye établit clairement un parallèle entre le sacrifice religieux et l’exigence de responsabilité collective dans la construction nationale. « Nous n’ignorons pas les efforts que beaucoup d’entre vous ont consentis pour célébrer dignement cette fête », a reconnu le Président avant d’ajouter, « à celles et ceux que les conditions n’ont pas permis de célébrer pleinement, je dis la solidarité de la Nation ». « Aucun Sénégalais n’est seul tant que nous saurons partager », a-t-il insisté.
Le Président a également consacré une partie importante de son message aux prières pour la Nation. Il a invité les guides religieux et coutumiers à continuer de porter le Sénégal dans leurs invocations afin de préserver la paix, la cohésion sociale et la stabilité du pays.
Dans une séquence qui a particulièrement retenu l’attention, Bassirou Diomaye Faye a eu une pensée pour les forces de défense et de sécurité ainsi que pour les Sénégalais de la diaspora. Il a aussi évoqué les Lions engagés dans le cadre de la Coupe du monde 2026, les présentant comme des « soldats partis défendre les couleurs de la nation ». Cette comparaison entre les sportifs et les soldats participe d’une volonté de renforcer le sentiment patriotique autour des symboles nationaux. Le football, souvent considéré comme un puissant facteur d’unité au Sénégal, devient ainsi un prolongement du discours sur la cohésion et l’attachement à la Nation.
Fatou DIOP













