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HUIT ANS DERRIÈRE LES BARREAUX : Le journaliste René Capain Bassène grâcié par Diomaye




 
 
Condamné à perpétuité dans l’affaire de la tuerie de Boffa-Bayotte, le journaliste et essayiste casamançais René Capain Bassène a recouvré la liberté après plus de huit années de détention. Une grâce accordée par le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye vient refermer l’un des dossiers judiciaires les plus controversés du Sénégal contemporain, entre soupçons d’erreur judiciaire, fracture casamançaise et combat pour la liberté de la presse.
 
 
 
René Capain Bassène est libre. Mercredi 27 mai 2026, il a quitté le pavillon spécial où il séjournait. Huit années d’enfermement, de procédures judiciaires interminables, de maladie, de solitude et de combat acharné pour faire entendre une innocence qu’il n’a jamais cessé de proclamer.
Sa libération, obtenue sur une grâce accordée par le Président Bassirou Diomaye Faye, marque un tournant dans une affaire devenue au fil du temps un symbole des fractures profondes entre justice, politique sécuritaire et liberté d’expression au Sénégal.
Car, derrière le nom de René Capain Bassène se cache l’un des dossiers les plus explosifs de la Casamance contemporaine : celui du massacre de Boffa-Bayotte.
 
 
Le massacre qui a traumatisé la Casamance
 
Le 6 janvier 2018, la forêt de Boffa-Bayotte, au sud de Ziguinchor, bascule dans l’horreur. Quatorze exploitants forestiers partis couper du bois tombent dans une embuscade sanglante attribuée à des éléments armés supposés proches du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc).
Le bilan est atroce. Les victimes, selon les autorités, auraient été regroupées avant d’être exécutées froidement. La gendarmerie nationale évoque alors «14 morts constatés, 7 blessés et plusieurs rescapés». L’émotion est immense dans le pays. La pression sécuritaire s’intensifie immédiatement dans le sud du Sénégal.
Dans les jours qui suivent, les arrestations se multiplient. Vingt-deux personnes sont interpellées. Parmi elles figure René Capain Bassène, journaliste reconnu dans la région et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au conflit casamançais.
Son arrestation surprend. L’homme n’est pas connu comme un combattant connu. Il est réputé comme un observateur du conflit, qui a passé une grande partie de sa carrière à documenter les violences, les tentatives de médiation et les souffrances silencieuses des populations casamançaises.
 
 
De journaliste à condamné à perpétuité
 
L’instruction judiciaire sera longue, complexe et controversée. René Capain Bassène est poursuivi pour association de malfaiteurs, complicité d’assassinat, participation à un mouvement insurrectionnel et détention illégale d’armes. Au fil des audiences, le dossier divise profondément. Ses soutiens dénoncent un dossier fragile, construit sur des soupçons et des témoignages contestés. L’accusation, elle, estime disposer d’éléments suffisants pour établir des connexions entre le journaliste et les assaillants.
En juin 2022, le verdict tombe comme un couperet : réclusion criminelle à perpétuité. Aux côtés de César Atoute Badiate, chef militaire du Mfdc condamné par contumace, et d’Oumar Ampoye Bodian, René Capain Bassène écope de la peine la plus lourde du système judiciaire sénégalais. Mais, en août 2024, lors du procès en appel devant la Cour de Ziguinchor, un tournant intervient : Oumar Ampoye Bodian est acquitté et remis en liberté. René Capain Bassène, lui, voit sa condamnation confirmée.
Il devient alors le dernier détenu de l’affaire Boffa-Bayotte.
 
 
Huit années de combat et de silence
 
Derrière les murs de sa cellule, le journaliste s’enfonce progressivement dans l’épuisement physique et psychologique. Ses proches alertent sur la dégradation de son état de santé. En juin 2025, il subit une opération du tympan droit à l’hôpital Aristide Le Dantec de Dakar. Ses soutiens affirment que cette blessure serait liée à des violences subies lors de sa garde à vue en 2018.
En avril 2025, affaibli et à bout, René Capain Bassène entame une grève de la faim illimitée. Il veut dénoncer ce qu’il considère comme une erreur judiciaire. «Je refuse de mourir en silence dans l’ombre d’une injustice», aurait-il confié à ses proches.
À l’extérieur, la mobilisation prend de l’ampleur. Des organisations de défense des droits humains, des journalistes, des intellectuels et des associations de presse nationales et internationales réclament sa libération. Le Comité pour la protection des journalistes (Cpj) ira jusqu’à qualifier sa condamnation comme l’une des plus graves erreurs judiciaires de l’histoire récente du Sénégal.
 
 
Une grâce présidentielle aux allures de signal politique
 
En accordant la grâce à René Capain Bassène, Diomaye Faye pose un acte à forte portée symbolique. Officiellement, la mesure met fin à l’exécution de la peine. Politiquement, elle résonne comme un signal d’apaisement dans une Casamance encore marquée par des décennies de conflit armé et de blessures mémorielles. Cette décision intervient dans un contexte où les débats sur l’indépendance de la justice, les droits humains et la protection des journalistes occupent une place grandissante dans l’espace public sénégalais.
René Capain Bassène retrouve aujourd’hui la liberté. Mais son affaire, elle, continuera longtemps d’habiter la mémoire judiciaire et politique du Sénégal.
 
 
Fatou Diop
 
 
 
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