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RUPTURE INSTITUTIONNELLE : Les DG et PCA de Pastef face au choix de leur avenir




 
 
 
La décision d’Ousmane Sonko de retirer Pastef de l’Exécutif ouvre une nouvelle séquence politique dont les conséquences pourraient rapidement se faire sentir dans les directions générales et les conseils d’administration des entreprises publiques. Entre fidélité au parti, préservation des positions acquises et volonté de conserver une liberté politique, les responsables nommés sous l’ère Sonko se retrouvent confrontés à un dilemme inédit.
 
 
 
La décision est lourde de conséquences. En choisissant de quitter l’Exécutif et de rompre avec une formule de gouvernance qui lui permettait jusqu’ici d’exercer une influence directe sur l’appareil d’État, Ousmane Sonko place désormais les cadres de Pastef occupant des fonctions stratégiques dans une situation particulièrement délicate.
Depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko, de nombreux responsables du parti ont été propulsés à la tête d’entreprises publiques, d’agences nationales ou de sociétés stratégiques. Leur nomination était perçue comme la traduction institutionnelle de la victoire politique du « Projet ». Aujourd’hui, l’évolution du contexte soulève une question simple mais fondamentale : ces responsables doivent-ils rester à leur poste ou démissionner pour demeurer cohérents avec la ligne politique de leur parti ?
La question est loin d’être théorique. Elle concerne des personnalités occupant des postes particulièrement visibles. Parmi les noms les plus scrutés figurent Aïda Mbodji à la tête de la Délégation générale à l’Entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (Der/Fj), Habib Sy, président du Conseil d’administration de la Senelec et ancien prétendant à la candidature du « Projet », Waly Diouf Bodiang au Port autonome de Dakar, Fadilou Keïta à la Caisse des dépôts et consignations (Cdc), Ngouda Mboup président du Conseil d’administration du Port autonome de Dakar ou encore Toussaint Manga à la Loterie nationale sénégalaise (Lonase).
Jusqu’à présent, ces responsables bénéficiaient d’une forme de protection politique liée à la position centrale occupée par Ousmane Sonko dans l’architecture du pouvoir. Son influence au sein de l’Exécutif constituait un rempart politique et institutionnel. Cette réalité semble aujourd’hui remise en question.
La nouvelle configuration pourrait considérablement modifier les rapports de force. Les directeurs généraux et présidents de conseil d’administration ne dépendraient plus uniquement de leur proximité avec le leader de Pastef. Ils seraient désormais davantage exposés à l’autorité des ministres de tutelle, eux-mêmes placés au cœur d’un dispositif gouvernemental en recomposition.
Pour certains observateurs, la logique partisane commanderait une démission collective. Dans cette lecture, les responsables nommés grâce à la dynamique du « Projet » devraient accompagner leur leader dans son choix politique. Rester en poste pourrait être interprété comme une volonté de préserver des avantages institutionnels au détriment de la cohérence politique.
D’autres défendent une approche différente. Ils considèrent que ces responsables n’ont pas été nommés pour servir un parti mais l’État du Sénégal. Leur mission serait de poursuivre les réformes engagées, indépendamment des évolutions partisanes. Dans cette perspective, démissionner reviendrait à abandonner des chantiers parfois à peine entamés.
L’enjeu est également personnel. Une démission offrirait une liberté de parole et d’action politique totale. Elle permettrait à ces cadres de participer pleinement aux futures batailles politiques de Pastef sans les contraintes liées au devoir de réserve ou à la gestion d’un établissement public.
À l’inverse, rester en fonction impliquerait une discipline institutionnelle plus rigoureuse. Les directeurs généraux et PCA devraient composer avec une hiérarchie administrative parfois différente de leurs affinités politiques. Ils devraient également accepter un contrôle accru de leurs activités et de leurs décisions.
Au-delà des cas individuels, la question renvoie à la capacité de Pastef à gérer sa transition vers une nouvelle phase de son histoire. Le parti est-il en train d’entrer dans une logique d’opposition institutionnelle tout en conservant des relais importants dans l’appareil d’État ? Ou assiste-t-on aux prémices d’une clarification qui conduira progressivement les responsables politiques à choisir entre engagement partisan et responsabilités administratives ?
Pour l’heure, aucune réponse officielle n’a été apportée. Mais dans les directions générales, les agences nationales et les conseils d’administration, la réflexion est certainement engagée. Les prochains jours permettront de savoir si les cadres de Pastef privilégieront la fidélité politique à Ousmane Sonko ou la continuité de leur mission au sein des institutions publiques.
Une chose est sûre : la décision de chacun sera scrutée comme un indicateur du rapport réel entre le parti, son leader et les leviers du pouvoir d’État. Dans la nouvelle séquence politique qui s’ouvre, les démissions comme les maintiens auront valeur de message.
 
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
 
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