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RUPTURE AU SOMMET DE L’ÉTAT : Aminata Touré défend le gouvernement Diomaye et appelle Pastef à privilégier «les intérêts du Sénégal»




 
 
 
Alors que la nomination du nouveau gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô continue de susciter de vifs débats au Sénégal, Aminata Touré est montée au créneau pour défendre les choix du Président Bassirou Diomaye Faye. Invitée de RFI, la superviseure générale de la coalition Diomaye Président a rejeté les critiques visant la légitimité de la nouvelle équipe gouvernementale et appelé les différentes institutions à travailler dans l’intérêt exclusif des populations, malgré la rupture désormais assumée entre le chef de l’État et Ousmane Sonko.
 
 
 
Loin d’y voir une crise de légitimité, Aminata Touré considère la formation du nouveau gouvernement comme l’expression normale du fonctionnement démocratique des institutions sénégalaises. Interrogée sur l’absence de figures majeures de Pastef dans le gouvernement de Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, l’ancienne Première ministre a rappelé que le président de la République reste le détenteur de la légitimité issue du suffrage universel. «Je pense qu’il faut rappeler les principes démocratiques. Le Président Bassirou Diomaye Faye a été élu démocratiquement à 54% par les Sénégalais et bien évidemment, il nomme le Premier ministre. Et il valide le gouvernement que lui propose le Premier ministre. On est tout à fait dans ce cas de figure, dans le choix du Président, en concertation avec son Premier ministre», a-t-elle déclaré.
Pour Aminata Touré, la priorité ne réside pas dans les équilibres politiques internes mais dans la capacité du nouvel exécutif à répondre aux attentes des populations. «Ce gouvernement, c’est le choix de l’efficacité, parce que, au-delà de tout ce qu’on pourrait dire, les Sénégalais ne sont préoccupés que par une chose, c’est qu’on se mette au travail», a-t-elle insisté.
La question de la cohabitation institutionnelle a également occupé une place importante dans l’entretien. Alors que Pastef conserve une majorité confortable à l’Assemblée nationale sous la direction d’Ousmane Sonko, de nombreux observateurs s’interrogent sur les risques de blocage entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.
Aminata Touré a toutefois relativisé ces inquiétudes. «D’abord, il faut rappeler une chose, c’est que le Président Bassirou Diomaye Faye est membre du Pastef. Plusieurs ministres sont aussi membres du Pastef. Donc, c’est une question interne à un parti», a-t-elle souligné.
Mais au-delà de cette dimension partisane, l’ancienne ministre de la Justice a lancé un appel à la responsabilité des différents acteurs politiques et institutionnels. «Si tout le monde reste dans le respect de ses prérogatives et met en avant les intérêts du Sénégal, on ne devrait pas avoir de problèmes. J’espère qu’on ne sera pas dans une situation où on va utiliser une institution pour assouvir des intérêts personnels. On ne peut pas être dans des scènes de ménage éternelles, ce n’est pas possible», prévient l’ancien Premier ministre sénégalais.
Selon elle, chaque institution doit désormais jouer pleinement son rôle afin d’éviter une crise politique qui pénaliserait les populations. «Si chacun met en avant les intérêts des populations qui justement ont besoin de tout sauf d’une crise institutionnelle, chacun jouera son rôle. L’Assemblée nationale jouera son rôle, l’exécutif jouera son rôle, le judiciaire jouera son rôle, y compris le Conseil constitutionnel qui va connaître de la constitutionnalité des lois. C’est ce que les Sénégalais attendent et je pense qu’ils jugeront sur pièce», a-t-elle affirmé.
L’une des principales lignes de fracture évoquées ces dernières semaines concerne la question de la reddition des comptes. Certains responsables de Pastef craindraient un assouplissement de la politique de poursuites engagée depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Diomaye-Sonko. Là encore, Aminata Touré a rejeté toute idée de recul. «Et pourquoi ce serait la fin ? Peut-être que ce serait le début d’une reddition des comptes en ligne avec l’indépendance de la justice. Reddition des comptes ne veut pas dire règlement de comptes. C’est deux choses différentes», a-t-elle répondu.
Forte de son expérience à la tête du ministère de la Justice, elle a insisté sur la nécessité de préserver l’indépendance des magistrats et de distinguer les considérations politiques des procédures judiciaires. «J’ai été ministre de la Justice, je sais de quoi je parle. Vous pouvez avoir un adversaire politique que vous n’aimez pas, que vous aimeriez voir disparaître de la scène politique. Ça ne suffit pas pour que le juge condamne cette personne», a-t-elle fait savoir.
Pour la responsable politique, la volonté de faire rendre compte aux gestionnaires publics demeure intacte au sommet de l’État. «Le Président Bassirou Diomaye Faye est plus que jamais pour la reddition des comptes, mais pas pour le règlement des comptes», a-t-elle martelé.
Interrogée sur le dossier particulièrement sensible de la dette publique sénégalaise, Aminata Touré a également plaidé pour une approche pragmatique plutôt qu’idéologique. Alors qu’Ousmane Sonko s’était toujours montré réticent à toute restructuration de la dette sous l’égide du Fonds monétaire international, l’ancienne Première ministre estime que la réalité économique impose désormais des discussions avec les partenaires financiers du Sénégal. «Ce n’est pas une question idéologique, c’est une question très pratique. Vous devez de l’argent à des créanciers. Vous avez du mal à les payer parce que peut être qu’on avait sous-estimé cette dette ou on l’avait caché», a-t-elle expliqué.
Toutefois, elle a tenu à distinguer une éventuelle renégociation de la dette des programmes d’ajustement structurel qui ont profondément marqué l’Afrique dans les années 1980. «Il faut parler certainement de reprofilage et il faut discuter avec les partenaires. Mais dans cette discussion-là également, il faut que les partenaires comprennent qu’on ne peut pas scier la branche sur laquelle on est assis», a-t-elle déclaré.
Évoquant les conséquences sociales des politiques d’austérité passées, elle a mis en garde contre toute solution qui fragiliserait davantage les populations. «Le mot “restructurer” rappelle les affres de la restructuration des années 1980, où on a coupé les programmes sociaux, où on a licencié, etc. et on a plongé dans des niveaux de pauvreté. Il a fallu au moins 20 ans pour sortir de cet ajustement structurel des années 1980», a rappelé Aminata Touré.
Selon elle, l’objectif doit être de parvenir à une solution financière soutenable. «Une dette, dit-elle, il va falloir la reprofiler, il va falloir discuter avec des partenaires pour avoir une stratégie soutenable pour les pays et pour les populations.»
Enfin, interrogée sur les ambitions présidentielles qui se dessinent déjà en vue de l’élection de 2029, Aminata Touré a refusé d’opposer Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko sur le terrain des ambitions personnelles. «Et c’est légitime que chacun veuille y aller et être président en 2029. Donc, on ne peut pas accuser qui que ce soit de vouloir être président, tout comme on ne peut pas justement empêcher le Président Bassirou Diomaye Faye de dire : “Je veux continuer ce que j’ai commencé” à travers un deuxième mandat.»
Mais, pour elle, la véritable préoccupation des Sénégalais se situe ailleurs. «Les électeurs eux-mêmes n’ont pas envie de s’engager dans une campagne électorale de trois ans. Ce serait vraiment, de ce point de vue-là, les trahir», assure la superviseure générale de la coalition Diomaye Président. Qui invite l’ensemble des acteurs politiques à privilégier l’action publique plutôt que les calculs électoraux. « Ce que les Sénégalais veulent maintenant, c’est qu’on se penche résolument sur la résolution des nombreux problèmes auxquels ils font face. C’est ça, l’objectif du nouveau Premier ministre, c’est d’agir, c’est de transformer… Ensuite la compétition électorale, elle se fera », explique-t-elle.
Avant de conclure sur un appel au respect du jeu démocratique et des intérêts supérieurs du pays. «La démocratie, il faut la laisser fonctionner. On n’est pas obligé d’avoir les mêmes avis, mais que l’on mette en avant les intérêts du pays», dit-elle pour finir.
 
 
 
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
 
 
 
 
 
 
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