Dans une lettre d’interpellation au vitriol adressée au ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, le député de Pastef Saliou Ndione l’accuse de manipulation politique autour des projets industriels du pays. Entre dénonciation d’effets d’annonce, critique de la gouvernance des agropoles et mise en garde contre “une confiscation de l’espoir populaire”, l’élu livre une charge sévère contre la stratégie industrielle du ministre.
Dans une nouvelle sortie publique, le député Saliou Ndione s’en prend violemment au ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, qu’il accuse d’entretenir une «illusion industrielle à coups d’inaugurations et de communication politique». Dans cette lettre d’interpellation rendue publique, le parlementaire affirme avoir voulu, il y a quelques jours déjà, tirer la sonnette d’alarme sur ce qu’il considère comme «une trajectoire dangereuse dans la conduite de la politique industrielle nationale». Selon lui, la récente communication du ministre n’a fait que confirmer ses inquiétudes. «Vous avez répondu comme je le craignais par des paroles, par des chiffres lancés en pâture à l’émotion populaire», écrit-il d’emblée, avant de dénoncer une succession d’annonces qu’il juge déconnectées de la réalité du terrain. Dans sa charge, Saliou Ndione cite plusieurs projets mis en avant par le ministre, «l’Agropole Sud, Fatick, Kolda, Mbélakadiow ou encore Sandiara». Mais pour le député, ces réalisations ne peuvent être présentées comme les fruits de l’action personnelle du ministre.
L’élu affirme que « plusieurs de ces projets ont été conçus, financés et structurés bien avant l’arrivée de Serigne Guèye Diop au gouvernement ». Il rappelle que « l’Agropole Sud bénéficie d’un financement estimé à 57,5 milliards de F Cfa depuis plusieurs années et que les objectifs liés à la transformation de la mangue et de l’anacarde avaient déjà été définis». «L’Agropole Sud n’est pas votre œuvre, c’est votre héritage», assène-t-il, estimant que le ministre tente aujourd’hui de “récupérer les lauriers” d’un chantier déjà engagé. Le député va encore plus loin en accusant le ministre d’«avoir failli compromettre certains projets à travers une gestion qualifiée de chaotique». Il évoque une «bicéphalie mortifère et une instabilité institutionnelle» qui auraient suscité des inquiétudes jusque chez les bailleurs de fonds.
Pour Saliou Ndione, le cœur du problème réside dans la confusion entretenue entre communication politique et véritable politique industrielle. Selon lui, le Sénégal ne peut prétendre à une industrialisation sérieuse à travers de simples cérémonies officielles. « Inaugurer n’est pas industrialiser », martèle-t-il dans sa lettre. L’élu estime que « l’industrialisation passe avant tout par la construction d’usines, la formation massive des jeunes, la création de chaînes de valeur et la réduction de la dépendance alimentaire et industrielle du pays », fait savoir le parlementaire. À l’inverse, il reproche au ministre de « privilégier les bandeaux tricolores, les sourires de circonstance et les effets médiatiques ». Derrière les cérémonies, affirme-t-il, se cacheraient des retards d’exécution, des travaux suspendus et des salaires impayés.
Dans un autre passage particulièrement incisif, le député revient sur le cas de Sandiara, commune dont Serigne Guèye Diop fut maire avant son entrée au gouvernement. S’il reconnaît au ministre le droit d’avoir facilité des cessions foncières ou signé des arrêtés municipaux, Saliou Ndione refuse que ces actes administratifs soient assimilés à une industrialisation effective. «Céder un terrain, ce n’est pas créer une industrie», écrit-il, rappelant que le développement industriel exige investissements lourds, infrastructures, expertise technique et prise de risque économique.
Le député accuse directement le ministre «de tromper l’espoir des Sénégalais en laissant croire que tout ce qui est inauguré aujourd’hui serait le résultat de son action personnelle. Le peuple sénégalais attend des résultats, pas des comédies. Il attend des usines, pas des affiches», lance-t-il. Selon Saliou Ndione, cette stratégie de communication brouille la frontière entre action publique et propagande politique, au point de priver les citoyens de leur capacité à distinguer le vrai du faux.
«C’est là que vous devenez dangereux», insiste le député
En outre, l’élu affirme que Serigne Guèye Diop ne sera pas «l’homme qui aura industrialisé le Sénégal, mais plutôt celui qui aura inauguré le travail des autres». Il soutient également que le ministre aurait perdu la confiance nécessaire pour piloter certains projets stratégiques. Tout en réaffirmant son soutien à la vision du président Bassirou Diomaye Faye, qu’il décrit comme porteur d’un «Sénégal qui produit, transforme et exporte», Saliou Ndione promet de poursuivre son rôle d’alerte et de veille parlementaire.
Fatou DIOP












