La levée de corps de l’avocat disparu mercredi, Me Khoureyssi Bâ, a été présidée par le Premier ministre. Venu représenter le président de la République, Ousmane Sonko a salué la bravoure, la détermination et l’engagement pour la cause des opprimés de l’illustre disparu, qui a reçu les honneurs de la République. Ses confrères, d’anciens ministres et autres ont fait un témoignage unanime, Khoureyssi Bâ est l’avocat des opprimés qui a toujours combattu l’injustice.
Les opprimés ont perdu leur avocat. Me Khoureyssi Bâ, plus connu pour son engagement pour les citoyens dépourvus de moyens de se payer un avocat, a reçu les honneurs de la République, samedi, en présence du Premier ministre. Ousmane Sonko était présent à la levée de corps de l’illustre avocat des couches défavorisées pour accompagner l’un de ses défenseurs dans ses moments de braise politique. Accompagné d’une forte délégation gouvernementale, Ousmane Sonko laisse entendre : «c’est en plein conseil des ministres que la mauvaise nouvelle m’a été transmise. J’en ai informé le président de la République à travers une note et il a, de facto, suspendu les travaux pour formuler des prières pour l’illustre disparu. C’est ce qui prouve son attachement à l’homme. Il viendra présenter ses condoléances auprès de la famille», informe Sonko.
«C’est tout le Sénégal qui pleure»
Dans un témoignage court et concis, Ousmane Sonko reconnaît le travail acharné et l’engagement de l’avocat à ses côtés durant les moments noirs de sa vie politique. «Il était membre informel du gouvernement que je dirige. Il a du mérite vu son compagnonnage avec nous. Il s’est toujours investi pour Pastef. Il a toujours été du côté des opprimés. C’est tout le Sénégal qui pleure. Durant mes heures compliquées, il venait tardivement chez moi à pied, tellement il me portait dans son cœur», témoigne le Premier ministre.
«Khoureyssi a semé la vertu qu’il a préférée aux coffres rouillés»
Le barreau n’est pas en reste. C’est le bâtonnier lui-même qui a porté la voix de ses pairs. «Cheikh, c’est plusieurs vies menées au travers de combats multiformes dans sa quête de vérité et de justice», dit Me Aly Fall. Il ajoute en montrant sa trajectoire au barreau ponctuée de services rendus aux couches défavorisées, dépourvues d’émoluments pour se payer des services d’avocat. «Il disait ce qu’il pensait en tout temps quitte, à le payer très cher. Il restera de toi ce que tu as semé. Khoureyssi a semé la vertu qu’il a préféré aux coffres rouillés. Il reste de lui ce qu’il a donné à son pays, c’est-à-dire tout. Ton extraordinaire générosité à laquelle tu nous as tant habitués et pour laquelle nous ne cesserons de te remercier n’avait d’égale que ton obstination à refuser toute compassion ou assistance. Ta raison de vivre est le sens de ta vie», certifie le bâtonnier.
«Il incarnait l’avocat au vrai sens du mot»
Pour sa part, son ami Me Ousseynou Fall a plaidé un avocat au vrai sens du terme. «C’est avec le cœur meurtri que je prends la parole pour rendre hommage à notre confrère. Il était un avocat digne et talentueux. L’unanimité s’est faite autour de la personnalité de Cheikh Khoureyssi Bâ. Il incarnait l’avocat au vrai sens du mot. Il était d’une générosité qui ne disait pas son nom. Il incarnait toutes les qualités requises d’un avocat : la dignité, la probité, l’honneur, le courage et l’humanité», fait-il savoir.
D’anciens ministres ont fait le déplacement ainsi que le Premier président de la Cour d’appel, le président du Tribunal de Grande instance de Dakar, le président de l’Union des magistrats du Sénégal ainsi que les anciens bâtonniers. Pour rappel, Me Bâ a prêté serment le 18 mars 1988.
RÉACTIONS
Serigne Mbacké Ndiaye, ancien ministre : «il était l’avocat des faibles. Je l’ai connu en 1993 sur l’affaire Me Babacar Sèye», dit-il. Et jean Paul Dias d’ajouter : «il s’est illustré avec nous dans le journal Sopi que le Pds avait mis en place. Il m’a succédé à la direction de publication de ce journal. Il a été un détenu politique. Je retiens de lui l’avocat des agneaux du sacrifice. Il a toujours défendu les opprimés des régimes qui se sont succédé sans exiger aucun émolument. Il avait une belle plume. Il était généreux et cultivé».
Juan Branco : «Là où l’obsession est au privilège, Me Khoureyssi Bâ cherchait l’honneur, le partage»
«C’est un moment difficile pour moi parce que cet homme a changé l’histoire de ce pays. Il me l’a fait rencontrer et m’a fait découvrir que la grandeur parfois s’accompagnait de la bonté. Ce qui est malheureusement, dans les terres peuplées par les pouvoirs, quelque chose de particulièrement rare. Là où l’obsession est au privilège, Me Khoureyssi Bâ cherchait l’honneur, le partage. Et cette simple qualité humaine aurait suffi à en faire un véritable grand homme. La générosité accompagnée d’un rapport à la langue, à la pensée, qui l’ont emmené à la lutte parce que ce n’est pas possible dans un monde comme le nôtre où l’injustice demeure comme si c'était son domaine. Ma présence était une évidence nécessaire aux côtés de mes confrères qui se sont battus vaillamment pour un idéal, une idée qu’il appartient aux autorités de concrétiser et de se montrer à la hauteur des sacrifices que cet homme et tant d’autres ont mis en œuvre.»
Me Saïd Larifou des Comores : «nous sommes venus célébrer les valeurs de justice, de dignité, de droiture de ce grand homme»
«Je suis venu m’associer à la tristesse des opprimés, à la tristesse de la justice. Comme le disaient les grands titres, la justice et les opprimés sont en deuil. Nous sommes venus célébrer les valeurs de justice, de dignité, de droiture de ce grand homme. Les valeurs qu’il portait nous ont fait rencontrer Khoureyssi. Sa disparition constitue comme une perte, un vide. Son héritage moral et professionnel sera respecté et honoré par d’autres combattants».
Mamadou Falilou Diop, camarade de promo du défunt à l’école élémentaire du Point E, se rappelle l’homme qui n’a jamais changé. «Nous avons fait les classes du C1 au Cem2. Il n’a jamais coupé le lien avec ses anciens promotionnaires. C’était quelqu’un de bien, de très généreux et contre l’injustice. Il a été l’un des premiers militants de Me Wade et s’était fait le plaisir de l’entendre parler en public», souligne sous le coup de l’émotion cet ami d’enfance de la robe noire.
Me Ciré Clédor Ly : «il n’y a jamais eu d’alternance sans qu’il ait l’empreinte de Khoureyssi Bâ»
«C’était une personne inconnue de ce pays. Il s’épanouissait et excellait dans son art : la plaidoirie. Il avait une culture immense. Il était d’une grande piété. C’était un homme effacé. C’était de la modestie, mais cela montre sa dimension spirituelle et sa sagesse. C’était quelqu’un qui a mené des combats très jeune. Il a participé à tous les combats. Il n’y a jamais eu d’alternance sans qu’il y ait l’empreinte de Khoureyssi Bâ. C’est quelqu’un qui a pris des risques au prix de sa vie et de sa liberté. Il a, dans la confrontation dans l’adversité mais pour la vérité, combattu pour l’amélioration de la démocratie, pour les libertés publiques et individuelles, pour la dignité de l’homme, pour la sûreté et la sécurité de tout un chacun. C’est un idéal de vie qu’il a rempli pleinement. Il a participé à des combats en dehors du Sénégal, en Afrique et en Europe. Il a défendu des avocats. Je voudrais qu’on cerne la dimension de l’homme. Peu de personnes savaient qu’il était malade. Il a atteint l’idéal dans la lutte pour une alternance».