
Les évènements de mars 2021 resteront toujours gravés dans la mémoire collective des Sénégalais. Ces émeutes se sont soldés par plus d’une dizaine de mort dans le camp des manifestants. Seulement, depuis lors, les dossiers envoyés dans les cabinets d’instruction n’avancent pas d’un iota ; sauf pour celui de Kolda où il y a eu une ordonnance de non-lieu. Le problème dans plusieurs de ces dossiers, c’est les ordres de poursuite.
Tué par balle, à Diaobé, dans le département de Vélingara, lors des évènements malheureux de mars 2021, Sadio Camara, un garçon de 19 ans, élève en classe de 3ème, fera partie de ces victimes dont le dossier ne sera jamais élucidé. Cette procédure d’instruction n’a pas eu de suite ; ou plutôt, le juge d’instruction de Kolda a finalement rendu une ordonnance de non-lieu, pour les deux Guinéens inculpés. Cependant, selon nos sources, le juge avait voulu inculper des gendarmes dont il soupçonnait l’implication, mais il s’est heurté à ces problèmes d’ordres de poursuite. Il nous est revenu que la hiérarchie n’avait pas donné son aval. Au final, le magistrat instructeur a rendu une ordonnance de non-lieu, laissant libre les Guinéens dont il doutait de la culpabilité. Le Parquet a interjeté appel de l’ordonnance de non-lieu, mais la Chambre d’accusation a donné raison au juge en confirmant son ordonnance. Et c’est tout. Les parents de l’enfant ne sauront peut-être jamais celui qui a tiré la balle qui a été fatale au garçon. Faut-il le souligner, l’autopsie avait conclu à une mort par balle.
Les ordres de poursuite : le grand problème
Ce qui signifie que plus de deux ans et bientôt trois, depuis les évènements de mars 2021 qui se sont soldés par la mort de plus d’une dizaine de manifestants, aucun meurtrier n’est connu. Dans un camp ou dans un autre, celui du régime en place tout comme celui de l’opposition, on se jette la balle ; personne ne veut endosser la responsabilité de ces morts et de ces dégâts matériels. Mais, pour ce qui est des pertes en vies humaines, il est clair qu’il est de la responsabilité de l’Etat, précisément de la justice, de faire de son mieux afin que cette affaire soit élucidée et que les responsables soient interpellés et jugés dans la rigueur de la loi. L’ennui est que c’est de ce côté que cela bloque ; la justice sénégalaise traine les pieds. Selon une source proche de ces affaires, pour l’essentiel, les juges se heurtent à des problèmes d’ordres de poursuite. En fait, Amnesty international, par la voix de Seydi Gassama avait alerté en ce sens. L’Organisation de défense des droits humains demandait même la suppression des ordres de poursuite. Ni les autorités de la police ni la gendarmerie ne sont promptes à abandonner leur élément dans une procédure pénale. Du coup, les juges d’instructions se sont chaque fois heurtés à ces genres de situation.
Alassane DRAME