À moins de sept semaines des élections de mi-mandat, la poursuite engagée contre Sanata Coulibaly, une résidente permanente de 63 ans, née au Sénégal, replace au centre du débat la participation de non-citoyens aux scrutins américains. Au-delà des accusations portées contre elle, l’affaire met en lumière un système d’inscription reposant en grande partie sur une déclaration de citoyenneté et offre aux Républicains un nouvel argument en faveur de contrôles renforcés.
Le 3 novembre prochain, les Américains ne choisiront pas de président. Ils décideront toutefois si Donald Trump conservera, pendant les deux dernières années de son mandat, les moyens de faire adopter son programme au Congrès. C’est dans ce contexte particulièrement tendu que le procureur fédéral du New Jersey a annoncé, le 17 septembre 2026, l’arrestation de Sanata Coulibaly.
Une inscription obtenue sur la base d’une déclaration
Selon les services fédéraux, Sanata Coulibaly, née au Sénégal, serait entrée aux États-Unis vers 1993 avec un visa B-1. Elle détenait au moment des faits le statut de résidente permanente et résidait dans le comté de Hudson, dans le New Jersey. Selon la plainte fédérale, elle se serait inscrite sur les listes électorales le 18 octobre 2016 en déposant un formulaire papier auprès du bureau du surintendant des élections du comté de Hudson. Sur ce document, elle aurait certifié être citoyenne américaine.
Sa demande ayant été acceptée, son nom a été ajouté aux listes électorales du New Jersey. Elle aurait ensuite voté en personne lors des élections de mi-mandat de novembre 2018, par correspondance lors de la primaire de juillet 2020, puis lors de l’élection présidentielle de novembre 2020. Elle aurait enfin déposé un bulletin provisoire pendant l’élection générale de 2024.
Les autorités fédérales n’ont pas expliqué comment ces votes auraient pu se répéter sans être détectés. Le système électoral américain est toutefois largement administré par les États et les comtés. Au New Jersey, le demandeur doit répondre à une question sur sa citoyenneté et signer une déclaration affirmant qu’il est citoyen américain. Il doit également fournir le numéro de son permis de conduire ou de sa carte d’identité délivrée par l’État du New Jersey, ou les quatre derniers chiffres de son numéro de sécurité sociale. Ces informations servent à vérifier son identité, sans nécessairement constituer une preuve de citoyenneté. Le demandeur affirme sous serment qu’il est citoyen et reconnaît qu’une fausse inscription peut entraîner des sanctions.
Les documents judiciaires ne précisent pas comment le FBI a identifié Coulibaly. Ils indiquent toutefois que, lors de l’élection présidentielle de 2024, elle aurait voté au moyen d’un bulletin provisoire. Ce type de bulletin est remis lorsque l’inscription ou l’éligibilité d’un électeur soulève une difficulté. Il est ensuite conservé séparément jusqu’à ce que les services électoraux vérifient si la personne pouvait effectivement participer au scrutin.
Une affaire qui s’ajoute aux anomalies électorales du New Jersey
L’affaire intervient deux mois après la révélation d’une autre anomalie électorale dans le New Jersey. Le 21 juillet, la gouverneure Mikie Sherrill a reconnu qu’une erreur informatique du système de la Motor Vehicle Commission avait entraîné l’inscription d’environ 6600 personnes ayant pourtant indiqué qu’elles n’étaient pas citoyennes américaines.
Ces inscriptions avaient été effectuées entre juin 2023 et juin 2024. Dans son communiqué, la gouverneure a précisé que les personnes concernées avaient répondu « non » à la question sur la citoyenneté, mais avaient tout de même été ajoutées aux listes en raison d’une erreur informatique. Selon une analyse préliminaire, moins de 400 d’entre elles ont ensuite voté. La gouverneure a ordonné leur retrait des listes, l’ouverture d’une enquête et le remplacement du prestataire chargé du système.
Bien que ces situations soient différentes de celle de Coulibaly, la proximité des deux affaires crée un contexte politique particulièrement favorable aux partisans d’un renforcement du contrôle des électeurs.
Un dossier qui pourrait s’inviter dans la campagne des élections de mi-mandat
Depuis plusieurs mois, Donald Trump et de nombreux élus républicains affirment que la déclaration sur l’honneur ne suffit plus à garantir que seuls les citoyens participent aux élections fédérales. Le texte qu’ils soutiennent, connu sous le nom de « Save America Act », prévoit notamment d’imposer une preuve documentaire de citoyenneté lors de l’inscription et une pièce d’identité avec photographie au moment du vote. Ses opposants répondent que ces nouvelles exigences pourraient empêcher certains citoyens américains dépourvus de passeport ou n’ayant pas immédiatement accès à leur acte de naissance de s’inscrire.
L’affaire Coulibaly offre aux Républicains un cas concret pour soutenir que les contrôles actuels peuvent être contournés. Elle est, en outre, traitée dans le cadre d’une enquête plus large du parquet fédéral du New Jersey, lancée en avril 2025 pour prendre en charge les infractions électorales, notamment le vote de non-citoyens.
À moins de sept semaines d’un scrutin susceptible de faire basculer le contrôle du Congrès, cette poursuite devrait ainsi dépasser le seul cadre judiciaire. Elle pourrait être régulièrement citée dans les débats sur l’intégrité du scrutin, l’immigration et les conditions d’inscription sur les listes électorales. Le dossier Coulibaly s’inscrit dans une série de poursuites annoncées le 18 septembre par le département de la Justice contre 16 personnes dans 7 États américains.
Ahmadou KANE
(Correspondant permanent à New York)













