Le Premier ministre Ahmadou Al Amine Lo a annoncé, jeudi à Dakar, l'accélération de la construction de la Bibliothèque nationale et de la Maison des Archives. Lors de l'ouverture de la 18e Fildak, il a fait de la préservation de la mémoire une « exigence fondamentale de souveraineté » et appelé à la restitution des biens culturels emportés hors d'Afrique, dont la bibliothèque d'El Hadj Oumar Tall.
« La Bibliothèque nationale et la Maison des Archives seront réalisées. Le gouvernement en accélérera la concrétisation », a déclaré le chef du gouvernement, qui représentait le Président Bassirou Diomaye Faye, à l'ouverture de la 18e Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (Fildak), au Centre international du commerce extérieur de Dakar (Cices). Il a précisé que des instructions ont été données au ministre chargé de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique pour structurer les deux projets, et que le foncier nécessaire est disponible.
Placée sous le thème « Bibliothèque, Transmission, Souveraineté », cette édition met à l'honneur les Nouvelles Éditions africaines du Sénégal (Neas). L'Égypte, pays invité d'honneur, est représentée par une délégation conduite par son vice-ministre de la Culture, Omar Selim. La cérémonie s'est ouverte dans le deuil, avec une minute de silence en hommage à Cheikh Hamidou Kane, décédé le 3 octobre à 98 ans.
« La souveraineté ne se proclame pas. Il faut la vivre »
Pour le Premier ministre, protéger la mémoire nationale est « une exigence fondamentale de souveraineté ». Il a rappelé qu'une partie importante de l'histoire du Sénégal doit encore être cherchée dans des institutions étrangères. Il a pris son propre exemple : pour ses recherches sur la bataille de Niomré, au XIXe siècle, il a dû consulter la Bibliothèque nationale de France. Il a aussi souligné les limites des sources écrites quand elles ne sont pas confrontées aux traditions orales. « Ce sont ces histoires-là qu'il nous faut sauvegarder », a-t-il insisté, en invitant chercheurs et sociologues à travailler avec l'État à la réécriture de l'histoire nationale.
Il a également regretté que les documents conservés aux Archives nationales soient en partie trop récents. Selon lui, « l'histoire du Sénégal ne saurait être réduite aux périodes couvertes par les fonds documentaires actuellement disponibles ». D'où l'appel à renforcer les capacités du pays en matière de collecte, de conservation et de valorisation du patrimoine historique. « La souveraineté ne se proclame pas. Il faut la vivre », a-t-il lancé.
Restitution : « on nous rend des biens volés »
Abordant les biens culturels emportés hors du continent, Ahmadou Al Aminou Lo a réaffirmé la volonté du Sénégal d'agir avec les autres États africains pour obtenir leur restitution. Il a cité la bibliothèque d'El Hadj Oumar Tall, dont le retour constitue, a-t-il dit, « un enjeu de justice patrimoniale ». Il a ajouté : « ce n'est pas du tout une faveur qu'on nous fait. On nous rend des biens volés et il faut l'appeler ainsi. »
Le Premier ministre a aussi invité les acteurs du livre à poursuivre un dialogue responsable avec les pouvoirs publics. Il a promis la poursuite du maillage du territoire en bibliothèques et en centres de lecture et d'animation culturelle. Il a appelé élèves et étudiants à venir nombreux à la foire, avant de la déclarer ouverte.
Une leçon inaugurale sur l'héritage des bibliothèques africaines
Avant lui, le Pr Ibrahima Wane, directeur du laboratoire Littérature, Langues et Sociétés d'Afrique à l'Ucad et président du Conseil d'administration du Musée des Civilisations noires, a prononcé la leçon inaugurale. Il a rappelé que la loi du 9 avril 1976 dispose que « les bibliothèques sont des dépositaires du patrimoine culturel de la nation », puis retracé l'histoire des bibliothèques africaines, d'Alexandrie à Tombouctou, en passant par l'école de Pir Saniakhor.
Il a évoqué le sort de la bibliothèque d'El Hadj Oumar Tall, saisie à Ségou en 1890 : un fonds de 518 volumes se trouve toujours à Paris. « La place naturelle de cette précieuse possession est ici, en Afrique, au milieu des siens », a-t-il affirmé. Le Pr Wane a plaidé pour une Bibliothèque nationale qui conserve les œuvres en langues africaines comme le patrimoine oral, et s'ouvre au numérique. Il a conclu : « la bibliothèque de l'avenir est celle qui nous parle ».
18ᵉ Fildak : Les temps forts du rendez-vous du livre à Dakar
Du 15 au 19 octobre 2026, le Cices de Dakar va vibrer au rythme de la 18ᵉ Foire internationale du livre et du matériel didactique (Fildak). L'événement qui s’est ouvert hier sous le signe de l'hommage à l'écrivain Cheikh Hamidou Kane, marqué par la leçon inaugurale du professeur Ibrahima Wane sur la transmission et la souveraineté, ainsi que par l'allocution du Premier ministre, représentant président de la République.
La journée de vendredi mettra l'accent sur l'économie créative et les nouveaux défis de la chaîne du livre en Afrique à l'ère de l'intelligence artificielle. En perspective des Jeux olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026, plusieurs panels associeront également sport, culture et trajectoires d'excellence.
Le samedi donnera un coup de projecteur à l'Égypte, pays invité d'honneur, tout en célébrant plus de cinquante ans d'édition panafricaine avec les Nouvelles éditions africaines du Sénégal (Neas). Enfin, la journée du dimanche sera entièrement consacrée à la promotion des langues nationales, rythmée par la présentation du décret sur le wolof, des séances de lecture et une dictée collective, avant de conclure cette 18ᵉ édition en musique avec l'Orchestre national.
Samba THIAM












