L’examen du projet de Loi de finances rectificative (Lfr) 2026 a donné lieu à une vive controverse autour du rapport de la commission des Finances et du Contrôle budgétaire. Cheikh Diba, ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, et Bassirou Sarr, ministre chargé du Budget, ont demandé plusieurs rectifications, estimant que certains passages ne restituaient pas fidèlement les échanges en commission. Une démarche contestée par Amadou Ba, député de Pastef, tandis qu’Abdou Mbow est allé jusqu’à mettre en cause la fiabilité du travail de la commission, en évoquant une falsification du rapport.
Ce qui devait être une étape de l’examen du projet de Loi de finances rectificative (Lfr) 2026 s’est transformé en une confrontation autour du rapport de la commission des finances. À l’Assemblée nationale, hier, les observations formulées successivement par deux membres du gouvernement sur ledit rapport ont ouvert un débat qui a rapidement dépassé les simples questions de forme. En toile de fond : la fidélité du compte-rendu des discussions, mais aussi les rapports entre l’Exécutif et le Législatif.
Premier à ouvrir le chapitre des rectifications, Cheikh Diba, ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, a relevé trois points qui, selon lui, ne reflètent pas correctement les échanges intervenus en commission. Le premier concerne les projets hospitaliers de Bakel, Saint-Louis, Mbour, Ziguinchor et Kaolack.
Sa deuxième réserve porte sur les fonds spéciaux. Cheikh Diba estime que le rapport prête aux commissaires des propos qui n’ont pas été tenus, notamment sur une éventuelle volonté d’introduire, dans une loi organique, une référence à un autre texte législatif pour encadrer certaines matières financières.
Bassirou Sarr pointe des erreurs de retranscription
Dans la foulée, Bassirou Sarr, ministre chargé du Budget, a également fait état de plusieurs anomalies. Il a distingué deux catégories de problèmes : des propos du gouvernement attribués aux commissaires et des passages qui, selon lui, ne correspondent pas aux discussions réellement tenues. À la page 14, il relève notamment une confusion dans la présentation de la dotation initiale de 250 milliards de F Cfa destinée au secteur de l’énergie. Selon lui, le paragraphe attribue aux commissaires des explications qui relevaient en réalité du gouvernement.
Autre point de désaccord : la référence à l’importance d’un accord avec le Fonds monétaire international pour faciliter l’accès aux financements concessionnels. Bassirou Sarr affirme ne pas se souvenir que des commissaires aient défendu cette position.
Le ministre demande également des corrections sur plusieurs autres passages. Il s’agit notamment de la référence à l’axe ferroviaire Tambacounda-Kidira, de la formulation relative à la modification de la fiscalité sur les transferts d’argent et de la contribution de solidarité économique, ainsi que de la mention d’un nouvel engagement de transmission d’un mémorandum. Sur ce dernier point, il affirme qu’aucune promesse de cette nature n’a été faite en commission.
Amadou Ba : «on ne peut pas dénaturer vos propos. Ne vous permettez pas de dénaturer les nôtres»
Mais ces réserves ministérielles n’ont pas été accueillies sans réaction dans l’hémicycle. Amadou Ba, député de Pastef, a vivement contesté la démarche des deux membres du gouvernement. Pour lui, les observations formulées ne peuvent pas conduire à remettre en cause, sans vérification, la restitution des débats parlementaires.
Le député a rappelé notamment que les travaux de la commission ont été enregistrés et que les vidéos peuvent permettre de vérifier la teneur exacte des échanges. Sur les projets hospitaliers de Mbour, Kaolack, Bakel, Ziguinchor et Saint-Louis, il soutient que les préoccupations des parlementaires ont été exprimées à plusieurs reprises.
Sur les fonds spéciaux, le député apporte également sa propre lecture des échanges. Face aux contestations ministérielles, Amadou Ba a tenu à rappeler que le respect des propos des uns devait aller de pair avec celui des positions des autres. «On ne peut pas dénaturer vos propos. Ne vous permettez pas de dénaturer les nôtres», a-t-il lancé aux membres du gouvernement.
Abdou Mbow : «nous avons une Assemblée nationale qui falsifie des rapports»
La controverse a également donné lieu à une intervention d’Abdou Mbow. Celui-ci a porté le débat sur un terrain institutionnel, en s’interrogeant sur les conséquences des contestations gouvernementales pour l’indépendance de l’Assemblée nationale.
Estimant que les observations des ministres sur le rapport révèlent un problème plus profond, il a mis en cause la manière dont la commission a rendu compte de ses travaux. «Les observations faites sur le rapport par le ministre montrent à satiété aux Sénégalais que nous avons aujourd’hui une Assemblée nationale qui est en train de falsifier des rapports», a-t-il déclaré, avant de mettre en garde contre une situation qu’il juge dangereuse pour l’institution parlementaire.
Pour Abdou Mbow, les contestations du gouvernement ne relèvent donc pas uniquement de corrections de forme. Elles soulèvent, selon lui, la question de la capacité de l’Assemblée nationale à produire et à défendre ses propres documents sans subir de pression de l’Exécutif.
Nd. Kh. D. F













