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MADANA KANE, PRESIDENT DU PARTI DUND «Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est la conséquence d'une mauvaise gouvernance, de mauvais choix politiques, de mauvais choix économiques…»




 
 
 
 
Pour le président du parti Dund, Madana Kane, les difficultés que vivent les Sénégalais ne sont que les conséquences d'une mauvaise gouvernance, de mauvais choix politiques, de mauvais choix économiques qui ont été pris ces deux dernières années, par le duo fraternel, devenu des adversaires politiques. Il est aussi revenu sur les risques qu’encourt le Sénégal en cas de blocage de la Lfr aujourd’hui par les députés. Déjà, il est persuadé que le pays se trouve dans un cercle vicieux et si le Fmi ne vient pas à la rescousse, le Sénégal risque le défaut de paiement. 
 
 
 
 
 
 
 
A la suite des communications opposées entre le parti Pastef et le gouvernement, relatives à la Lfr, c’était hier au tour du président du parti Dund, Madana Kane, de faire face à la presse pour se prononcer sur le budget et les tiraillements nés de cette adversité politique entre l’exécutif et législatif. Une occasion pour Madana Kane de faire des prédictions sombres en cas de blocage de la Lfr par deux pouvoirs tout aussi responsables de ces difficultés auxquelles les Sénégalais sont confrontés. Pourtant, de l’avis de Madana Kane, tous les ingrédients étaient réunis avec l’arrivée du duo fraternel au pouvoir en 2024. Une nouvelle ère politique marquée par la rupture, qui avait suscité, dit-il, l’espoir auprès des populations, mais aussi auprès des investisseurs et des bailleurs - dans un contexte de découverte de pétrole et de gaz. « Malheureusement, très vite, 2024 s'est retrouvé être une année de déception », s’indigne le responsable politique qui se désole de constater que le pays est aujourd’hui, après deux ans, au bord du chaos économique et financier.
 
En période de crise, on ne taxe pas, on incite à l’investissement
 
Face à cette situation, il n’a pas manqué d’alerter depuis deux ans. « Nous leur avions déjà dit que leur Plan de redressement économique et social (Pres) n'était pas un plan qui allait relancer notre économie. Or, notre pays avait besoin d'être relancé. Nous leur avions dit que le Pres était un plan de redressement financier ou de redressement des comptes publics, qui allait plus prélever des taxes et autres prélèvements des populations qui, au contraire, avaient besoin de cet argent pour investir. J'avais dit à l'époque que pour que ce soit un plan de redressement économique, il fallait d'abord doper l'économie avec des mesures de dopage, mais qu'on ne taxait pas en période de crise. En période de crise, on ne taxe pas mais on incite à l’investissement », fait remarquer Madana Kane qui constate, à l’image des protagonistes, que le Pres n’a pas atteint ses objectifs. « Il ne pouvait pas en être autrement pour la bonne et simple raison que la plus belle femme ne peut te donner que ce qu'elle a. Pour la bonne et simple raison que l'économie doit fonctionner pour que l'État puisse collecter des taxes. Si l'économie ne fonctionne pas et que vous collectez néanmoins des taxes, vous êtes en train de tuer la production, vous êtes en train de tuer l'investissement et in fine, vous êtes en train d'essayer de régler un problème structurel avec des mesures conjoncturelles consistant à prélever de l'argent auprès des populations. Vous les faites souffrir et vous ne réglez pas vos propres problèmes », explique le responsable politique qui estime que le gouvernement a fait souffrir la population sans pourtant réussir à redorer les finances publiques.
 
Le gouvernement s’endette pour payer sa dette à des taux d’intérêts toujours plus élevés
 
Ce qui lui fait dire qu’on se retrouve dans la situation antérieure lorsque le gouvernement refusait de discuter avec ses créanciers pour remettre à plat la dette et nos relations avec le Fmi. En effet, même s’il peut concéder une situation catastrophique héritée, il avait suggéré aux tenants du pouvoir d'éviter d'emprunter pour repayer des dettes. Surtout emprunter cher, dit-il, pour repayer des dettes qui coûtaient moins cher. « Malheureusement, on nous a pas écouté jusqu'au moment où, il y a quelques temps, vous avez entendu le Premier ministre et le gouvernement décider de lancer un plan de traitement de la dette qui, même semble-t-il, aurait été validé par l'ancien Premier ministre à condition qu'on n'utilisât pas le terme restructuration. Si on avait suivi mes conseils, on n’en serait pas là aujourd’hui », lance le président de Dund persuadé que le Sénégal ne peut plus supporter la dette.  C’est pourquoi, ajoute M. Kane, le gouvernement s’endette pour payer sa dette à des taux d’intérêts toujours plus élevés. Ainsi, devant un scénario où les salaires servent à payer la dette, il est impossible pour l’Etat de faire des investissements ou d’alléger les difficultés des Sénégalais. « Nous sommes dans un cercle vicieux. Si le Fmi ne vient pas à la rescousse, on risque d’aller vers le défaut de paiement, le retour des coupures d’électricité et l’insécurité », prédit Madana Kane qui précise que le pays à besoin du Fmi.
 
En 2025, des coupes ont été opérées sur les investissements pour rationaliser le budget et personne ne s’en est ému
 
Au moment où l'Assemblée nationale menace de bloquer la loi de finances rectificative pour préserver le pouvoir d'achat des Sénégalais, Madana Kane préconise plutôt de rabaisser les taxes plutôt que d'appliquer la vérité des prix. Cependant, il ne manque pas de s’interroger sur la sincérité de cette posture ; puisque Pastef était au pouvoir pendant deux et ne l’a pas fait. « Pourquoi attendre aujourd'hui pour le faire ? C'est ce qui nourrit toutes les supputations et les préoccupations des Sénégalais quant aux véritables motivations de ces menaces de blocage », souligne le responsable politique, avant de poursuivre : « pendant que l'Assemblée nationale menace de bloquer le budget parce qu'on coupe des investissements, ils oublient de se rappeler que même pour la loi de finances rectificative de 2025, quand il a fallu la voter, ils ont également procédé à des coupes sur les investissements pour rationaliser le budget. En réalité, depuis deux ans, l'État n'investit pas. Donc pourquoi il y a deux ans, nous n'investissions pas et personne ne s'en est ému ? Pourquoi soudainement deux ans après, au moment où le Sénégal traverse une crise économique profonde qui affecte toutes les couches vulnérables et non vulnérables, même les couches aisées souffrent, qu’on veuille bloquer le budget ? », s’interroge M. Kane qui estime que le Sénégal recule en termes d'attractivité par rapport à l'investissement direct étranger. « Les gens préfèrent aller en Côte d'Ivoire, en Guinée, en Gambie plutôt que de venir au Sénégal. Donc le gouvernement, loin d'atteindre ses objectifs, au contraire, est en train de plomber davantage le pays. Et il est hors de question que nous pensions que la situation que nous vivons aujourd'hui est le fait simplement d'un gouvernement qui a été là pendant deux ans et d'un nouveau gouvernement qui vient qui serait exempt de tout reproche. Le gouvernement, c'est la collégialité, c'est la solidarité. Ce que nous vivons aujourd'hui, c'est la conséquence d'une mauvaise gouvernance, de mauvais choix politiques, de mauvais choix économiques qui ont été pris sur ces deux dernières années, malgré les nombreuses alertes qui ont été faites », explique le patron de Dund.
 
Le divorce politique ne doit pas servir de prétexte pour plomber le pays
 
En outre, le responsable politique a alerté sur les risques qu’encourt le Sénégal si la trajectoire des querelles politiciennes persiste. D’emblée, il invite les deux camps à revenir à la raison. A l’en croire, le vote de la Lfr donne confiance aux investisseurs. Cependant dans le cas où la Lfr n’est pas votée parce que les deux pouvoirs ne s’entendent pas, l'investisseur va décider d’observer et ne prendra pas le risque d’injecter son argent. « Le troisième scénario : le gouvernement dit : conformément à l'article 86 alinéa 6 de la Constitution, j'engage ma responsabilité pour que ce projet de loi de finances rectificative soit adopté sans qu'il y ait besoin de le discuter ou de le voter. La loi est adoptée, mais l'investisseur va préférer observer jusqu'à meilleure fortune. Quatrième scénario : le gouvernement dit : J'engage ma responsabilité pour qu'il n'y ait pas de vote, pour que la loi de finances soit adoptée. Que la loi soit adoptée, déclarée adoptée et que conformément aux prérogatives constitutionnelles de l'Assemblée nationale, le lendemain une motion de censure est déposée pour faire tomber le gouvernement », explique Madana Kane. Ainsi, même si le Président reconduit le gouvernement, le mal a été déjà fait du point de vue de l'objectif de relance de l'économie, car les bailleurs, dit-il, ne vont pas s’engager dans un tel contexte. « Vous allez vous retrouver dans une situation où dans les quatre scénarios, vous pouvez bloquer votre pays simplement parce qu'on a un désaccord sur des sujets pour lesquels, vous aviez des accords. Simplement parce que la donne a changé, on décide de bloquer. Mais en bloquant, vous êtes en train de bloquer l'État, vous êtes en train de bloquer le citoyen à qui appartient ce budget », regrette M. Kane. En effet, il est persuadé que le divorce politique ne doit pas servir de prétexte pour plomber le pays.
 
M. CISS
 
 
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