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CRISE POLITIQUE AU SOMMET DE L’ETAT ET POSITIONNEMENT DANS LA MAJORITÉ : Moustapha Guirassy affiche son soutien sans ambiguïté à Diomaye et appelle au sursaut national




 
 
 
Ancien allié très proche d’Ousmane Sonko, avec lequel il a cheminé dans le combat politique ayant conduit à l’alternance de 2024, Moustapha Guirassy affiche désormais sans ambiguïté son soutien à Bassirou Diomaye Faye. Dans un entretien accordé à Dakaractu, le ministre de l’Éducation nationale reconnaît l’existence d’un blocage institutionnel après le rejet de la Loi de finances rectificative, défend les arbitrages budgétaires du gouvernement et annonce la mobilisation de son parti, le Set, dans la mouvance présidentielle. Sans renier son passé politique, il dénonce la «fabrication de l’ennemi» et lance un appel pressant au dépassement des clivages.
 
 
Moustapha Guirassy n’a visiblement plus envie de laisser planer le doute sur son positionnement politique. Dans un contexte marqué par les tensions persistantes au sommet de l’État et les divergences entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le ministre de l’Éducation nationale a choisi de parler clairement. Son soutien au chef de l’État est total et il entend désormais mobiliser sa formation politique, le Set, pour accompagner cette dynamique. Une clarification qui prend un relief particulier lorsqu’on connaît la proximité politique qui l’a longtemps lié à Ousmane Sonko.
Dans un entretien avec Dakaractu, Guirassy ne cherche d’ailleurs pas à effacer cette histoire. Il la revendique. Il rappelle les combats menés, les risques pris et les sacrifices consentis dans la perspective de l’alternance de 2024. Mais pour lui, la fidélité à un engagement politique ne signifie pas nécessairement rester attaché aux mêmes alliances, quelles que soient les circonstances. Sa boussole, assure-t-il, demeure la défense de la République, le combat contre l’injustice et la préservation de l’intérêt général.
Cette prise de parole intervient au lendemain du rejet de la Loi de finances rectificative (Lfr) 2026 par l’Assemblée nationale. Un épisode qui, à ses yeux, révèle un malaise institutionnel profond. «Il y a forcément une crise, un blocage. Ça ne marche pas comme cela devrait et le Sénégal subit la chose», reconnaît-il. Le ministre estime que les conséquences de cette situation ne se limitent pas à un affrontement entre l’Exécutif et le Parlement. Elles touchent directement les populations, notamment lorsque les programmes que l’État entend mettre en œuvre risquent d’être ralentis ou compromis.
Il dit n’avoir jamais vécu une telle situation au cours de son parcours, malgré les crises politiques dont il a entendu parler, notamment celle de 1962. Son inquiétude est d’autant plus grande qu’il inscrit les tensions actuelles dans une séquence qui remonte à 2021. Cinq années, déplore-t-il, durant lesquelles l’instabilité a progressivement installé un climat de peur, d’incertitude et de méfiance. Même sans violences physiques, les tensions laissent des traces dans les esprits et dans l’économie.
 
 
«Il y a forcément une crise, un blocage. Ça ne marche pas comme cela devrait et le Sénégal subit la chose»
 
 
C’est sans doute sur la question de sa cohérence politique que Moustapha Guirassy livre les explications les plus attendues. Sa proximité passée avec Ousmane Sonko et son engagement aux côtés de Pastef ont longtemps fait de lui un allié identifié à ce combat politique. Aujourd’hui membre du gouvernement de Bassirou Diomaye Faye, il est interrogé sur la manière dont il concilie ce parcours avec son positionnement actuel.
Sa réponse prend la forme d’un retour sur son itinéraire. Il évoque son engagement en indépendant en 2017, lorsqu’il a réussi à faire élire des députés malgré la domination de l’Alliance pour la République, puis sa candidature à la présidentielle de 2019, finalement interrompue par le processus de validation des candidatures. Il rappelle également son engagement politique à partir de 2021, avant son compagnonnage avec Pastef, Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye et d’autres alliés dans le combat contre ce qu’il considérait comme des injustices.
Il insiste sur les sacrifices et les risques assumés pendant cette période. Mais il refuse que son soutien actuel au président de la République soit présenté comme une contradiction avec son passé. «Je n’ai pas de problème de cohérence», affirme-t-il.
Pour lui, la cohérence ne consiste pas à être éternellement dans l’opposition ou à demeurer systématiquement dans la majorité. Elle suppose plutôt de conserver ses principes, quelle que soit sa position. «Le principe, c’est la République. Le principe, c’est combattre l’injustice. Le principe, c’est être vrai», enseigne-t-il.
Une manière de répondre à ceux qui pourraient voir dans son positionnement actuel un éloignement de son ancien compagnon de lutte. Guirassy assure assumer son passé, ses relations et son parcours. Mais il estime que les circonstances politiques ne doivent pas empêcher un acteur de prendre ses responsabilités face à une nouvelle situation.
 
«Je ne peux pas être membre d’un gouvernement et être dans l’opposition»
 
Sur son soutien à Bassirou Diomaye Faye, le ministre ne laisse aucune place à l’interprétation. Il parle d’un soutien «total et indéfectible» et estime que son appartenance au gouvernement lui impose une responsabilité politique claire : défendre le bilan du chef de l’État et travailler à la réalisation des engagements pris devant les Sénégalais. «Je ne peux pas naturellement être membre d’un gouvernement et être dans l’opposition», déclare-t-il. Il annonce, dans la foulée la mobilisation de son parti, le Set, de ses militants, de ses compétences et de son énergie pour accompagner le président de la République dans la mouvance présidentielle.
 
La «fabrication de l’ennemi», une dérive qui l’inquiète
 
Mais Moustapha Guirassy ne s’en tient pas à cette clarification. Il exprime aussi une profonde tristesse face à la tournure prise par le débat politique. Il dénonce ces discours qui transforment les divergences en accusations de trahison et finissent par opposer des acteurs qui ont pourtant partagé les mêmes combats. Il estime que certains récits sont construits avec méthode pour désigner des personnalités comme des traîtres et installer contre elles une hostilité grandissante. Il rappelle que l’histoire africaine a connu des situations où des dirigeants ont été victimes de récits savamment fabriqués contre eux. À ses yeux, les réseaux sociaux contribuent à amplifier ce phénomène, en donnant une résonance considérable aux accusations et aux procès d’intention. « C’est triste ce que nous sommes en train de vivre », confie-t-il.
Le ministre refuse notamment que toute évolution politique soit automatiquement assimilée à un reniement. «Évoluer ne veut pas dire renier», insiste-t-il. Une conviction qui semble également justifier son propre cheminement politique : il entend rester fidèle à ses principes tout en assumant les choix que lui impose sa responsabilité actuelle.
 
«Cinq années de tensions et une économie qui paie le prix»
 
Au-delà des querelles politiques, Guirassy s’inquiète des conséquences concrètes de cette instabilité sur la vie des Sénégalais. Il raconte les inquiétudes qu’il entend chez les entrepreneurs, les restaurateurs et les chauffeurs de taxi. Partout, rapporte-t-il, revient le même sentiment : les affaires deviennent difficiles et l’avenir paraît incertain. Il évoque des partenariats résiliés, des investisseurs étrangers qui hésitent et un secteur privé fragilisé par le manque de visibilité. Pour lui, le Sénégal ne peut continuer à vivre dans cette atmosphère de tension permanente depuis 2021.
Son appel s’adresse à toutes les sensibilités politiques. Il reconnaît le droit de s’opposer, de défendre une autre vision et de porter des convictions différentes. Mais il estime que les intérêts partisans doivent, à un moment donné, céder devant l’intérêt général. «Le pays a besoin d’un sursaut», lance-t-il. Il invite les responsables à faire preuve de souplesse, de lucidité et de capacité d’adaptation pour sortir de cette situation. Le ministre reconnaît d’ailleurs ne pas savoir précisément comment les protagonistes parviendront à dépasser le blocage actuel. Il espère simplement que le Sénégal retrouvera rapidement un climat plus apaisé.
 
 
Nd. Kh. D. F
 
 
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