À quelques heures de l'examen de la proposition de loi portant révision de la Constitution par l'Assemblée nationale, le député de Pastef, Amadou Bâ, est longuement revenu sur les principales innovations du texte. Lors d'une conférence de presse organisée ce dimanche, le parlementaire a dénoncé ce qu'il considère comme une campagne de manipulation autour de la réforme, tout en détaillant les dispositions relatives à la famille, aux ressources naturelles, à la Cour constitutionnelle, aux pouvoirs du président de la République et du Premier ministre. Pour lui, les critiques formulées par une partie de l'opposition et de la société civile cachent souvent des intérêts menacés par les changements envisagés.
Face aux appels à suspendre l'examen du texte et à organiser de nouvelles concertations, Amadou Bâ a invité les Sénégalais à se concentrer sur le fond plutôt que sur les polémiques politiques. « Nous invitons les Sénégalais à ne pas se laisser manipuler par l'aspect politique sur l'importance des réformes », a-t-il déclaré d'emblée.
«Le vrai débat n'est pas le référendum, mais le contenu des réformes»
Le député estime que le débat public s'est éloigné de l'essentiel. « Le référendum de 2016, il n'y avait qu'environ 1.300.000 voix sur une population de plus de 16 millions d'habitants. Ce n'est pas cela le vrai débat. Le vrai débat, c'est le contenu des réformes et les changements qu'elles apportent dans le fonctionnement de nos institutions », a-t-il soutenu.Selon lui, la réforme actuellement soumise au vote des députés ne sort pas ex nihilo. «Cette réforme a ses racines dans les travaux de la Cnri, dans les Assises nationales, dans les dialogues politiques successifs et dans le programme de Pastef depuis 2017 et 2019. Elle a également été reprise dans les engagements du président de la République. Nous ne sommes pas en train d'inventer quelque chose aujourd'hui», a-t-il expliqué.
Pour Amadou Bâ, certaines critiques ne sont pas motivées par la défense de la démocratie. «Ceux qui dénigrent cette réforme voient leurs intérêts personnels menacés. Certains acteurs qui s'agitent aujourd'hui sont directement concernés par plusieurs dispositions contenues dans cette réforme», a-t-il lancé.
Ressources naturelles, «les contrats ne seront plus signés dans l'opacité»
Le député de Pastef a également insisté sur les innovations relatives à la gouvernance des ressources naturelles. «À partir de cette réforme, les engagements concernant les ressources naturelles seront davantage soumis au contrôle des institutions. Nous voulons renforcer la transparence et empêcher les pratiques qui ont longtemps caractérisé la gestion de nos richesses nationales», a-t-il déclaré. Pour lui, cette disposition constitue un progrès majeur dans la lutte pour la souveraineté économique.
«On ne peut pas être président et chef de parti»
Le parlementaire a également longuement défendu l'interdiction du cumul de la fonction présidentielle et la direction d'un parti politique. «Le ministre de la Justice avait introduit un amendement pour retirer cette disposition. Nous avons estimé qu'il fallait rester cohérents avec nos engagements. Lorsque nous demandons des réformes depuis des années, nous devons avoir le courage de les appliquer une fois au pouvoir», a-t-il indiqué.
«Nous avons défini la haute trahison»
Amadou Bâ a également souligné les avancées relatives à la responsabilité du chef de l'État. « La notion de haute trahison a été clarifiée et définie. Nous avons voulu sortir du flou juridique qui existait jusqu'ici afin que chacun sache exactement ce que recouvre cette notion.»
«Nous ne voterons jamais une loi contre le peuple»
En conclusion, le député a rejeté les accusations de passage en force formulées contre la majorité parlementaire. «Nous avons accepté plusieurs amendements. Cela démontre que nous ne sommes pas dans une logique de blocage. » Puis il a lancé un message destiné à rassurer l'opinion. «On ne votera jamais une loi contre le peuple sénégalais. Toute loi portée par l'exécutif et qui prend en charge les préoccupations des Sénégalais sera votée. Nous avons reçu un mandat du peuple et nous entendons l'exécuter dans le respect de nos engagements», explique l’ancien ministre de la Culture et du Tourisme.
Fatou DIOP












