Le député non-inscrit conteste la légitimité du groupe parlementaire Pastef à engager l’Assemblée nationale et la commission des Finances dans les négociations avec le gouvernement sur la loi de finances rectificative (Lfr) 2026. S’il se dit optimiste quant à l’issue des discussions entre l’Exécutif et le Parlement, il dénonce des démarches qu’il juge irrégulières, informelles et dangereuses pour l’indépendance de l’institution parlementaire.
Le bras de fer autour de la loi de finances rectificative (Lfr) 2026 ne se limite plus aux divergences entre le gouvernement et les députés sur le contenu du texte budgétaire. Il soulève désormais une controverse sur les règles de fonctionnement de l’Assemblée nationale et la légitimité de ceux qui prétendent parler en son nom. Interrogé ce mardi sur la demande de renvoi en commission formulée par le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, le député non-inscrit Tafsir Thioye a vivement critiqué la démarche du groupe parlementaire Pastef, qu’il accuse d’engager l’institution parlementaire sans mandat. « On ne peut pas prendre une institution comme l’Assemblée nationale comme le siège d’un parti politique. Je pèse mes mots », a-t-il martelé, dénonçant ce qu’il considère comme une « violation continue des lois du pays » et une « vassalisation » des institutions de la République.
Pour Tafsir Thioye, le problème réside d’abord dans la confusion entre les prérogatives d’un groupe parlementaire et celles de l’Assemblée nationale elle-même. Selon lui, les décisions prises au cours des travaux en commission ne sauraient engager l’ensemble de l’institution sans une procédure régulière. « Personne, je dis bien personne, ne peut engager l’Assemblée nationale », a-t-il insisté, rappelant que celle-ci délibère en séance plénière et que ses décisions sont exécutées par le Bureau.
Le député non-inscrit remet également en cause le cadre dans lequel se déroulent les discussions entre les représentants du Parlement et le gouvernement. À l’en croire, les échanges engagés jusqu’ici l’ont été sur la base du groupe parlementaire Pastef, et non d’un mandat régulièrement délivré par la commission des Finances.
Il affirme que cette dernière n’a jamais autorisé son président, ni le groupe parlementaire, à négocier en son nom. Il qualifie ainsi les discussions de « purement informelles » et estime que le report de deux jours annoncé dans le cadre de la procédure ne repose pas davantage sur une décision formelle du Bureau de l’Assemblée nationale.
Tafsir Thioye s’est notamment insurgé contre la communication faite autour de la demande de prolongation des discussions. Selon son récit, alors qu’il était question d’une démarche attribuée au président de la commission des Finances auprès du ministre, un communiqué aurait ensuite présenté cette demande comme émanant de l’Assemblée nationale elle-même, sans que les députés concernés en aient été informés. « Ce n’est pas possible », a-t-il protesté, contestant également le communiqué publié la veille. À ses yeux, ce document ne saurait être considéré comme une expression collective des députés, mais plutôt comme une prise de parole de quelqu’un qui prétendrait s’exprimer en leur nom. « Il n’en a pas le droit. Même le président ne peut pas engager l’Assemblée nationale sur ces questions », a-t-il ajouté.
« Si certains ont des problèmes politiques, qu’ils les règlent ailleurs »
Face à ce qu’il considère comme une dérive institutionnelle, le député interpelle directement le président de l’Assemblée nationale ainsi que ses collègues. Il les invite à préserver l’autonomie du Parlement et à éviter que les divergences politiques ne prennent le dessus sur les règles de fonctionnement de l’institution. « On ne doit pas jouer avec l’institution parlementaire. Si certains ont des problèmes politiques, qu’ils les règlent ailleurs », a-t-il lancé, jugeant « désolant » que des intérêts ou des différends partisans puissent être portés au nom d’une institution de la République.
Le parlementaire ne conteste toutefois pas le principe même d’une demande de renvoi du texte en commission. Il reconnaît que le ministre peut solliciter une telle procédure sur le fondement de l’article 84, mais considère que les motifs avancés dans le cas présent sont « erronés ». Pour lui, l’existence d’une majorité parlementaire ne dispense personne du respect des règles. « Vous pouvez avoir la majorité, j’en conviens, mais discutez-en ailleurs, sans engager l’Assemblée nationale », a-t-il insisté.
Le précédent de la dette bancaire…
Au-delà de la procédure, Tafsir Thioye entend également mettre en lumière les contradictions qu’il dit observer dans les positions défendues par le groupe parlementaire Pastef au fil des débats sur la Lfr 2026.
Annonçant qu’il reviendra sur ces divergences en séance plénière, il rappelle avoir déjà défendu sa position au sein de la commission. Selon lui, le groupe parlementaire ne peut aujourd’hui soutenir des arguments qu’il avait rejetés hier, au risque de donner l’impression de changer de position au gré des circonstances.
Il cite notamment sa propre demande de renvoi du texte en commission, motivée par la question de l’intégration de la dette bancaire dans le budget, qui avait alors été rejetée par le groupe parlementaire. Or, déplore-t-il, les mêmes arguments seraient désormais mobilisés par ce dernier pour justifier sa démarche actuelle. « Aujourd’hui, ce sont ces mêmes arguments qui sont utilisés par le groupe », a-t-il regretté. Malgré ses critiques, le député se dit optimiste quant à l’issue des discussions entre l’Exécutif et le Parlement.
Nd. Kh. D. F












