Le Sénégal est passé par toutes les émotions durant cette phase de groupes. De la déception à l'espoir, de la fébrilité à l'euphorie. En trois matchs, les Lions ont montré deux visages : celui d'une équipe capable de rivaliser avec les meilleurs mais aussi celui d'une formation qui se met elle-même en difficulté par manque de maîtrise.
Face à la France (1-3), les Lions ont longtemps donné l'impression d'être un cran en dessous du très haut niveau mondial. Les Lions ont affiché de l'envie, mais ils ont souvent couru derrière le ballon et payé au prix fort la moindre erreur. Quelques jours plus tard, contre la Norvège (2-3), ils ont laissé filer un match qui semblait pourtant à leur portée. Trois buts encaissés, des approximations défensives, des moments d'absence et surtout cette incapacité à gérer les temps faibles, les Lions se sont retrouvés au bord du précipice.
À ce moment-là, beaucoup voyaient déjà les Lions faire leurs valises. Mais c'est souvent lorsque tout semble perdu que le vrai caractère de l’équipe du Sénégal se montre.
Face à l'Irak, ils ont livré leur match le plus abouti du tournoi. Pressing agressif, jeu rapide, efficacité devant le but, solidarité collective, tout ce qui avait manqué lors des deux premières journées est apparu comme par enchantement. Le large succès (5-0) n'est pas seulement une victoire comptable, il est le symbole d'un sursaut d'orgueil. Les Lions ont joué avec la rage de ceux qui refusent de mourir.
Cette qualification parmi les meilleurs troisièmes doit toutefois être analysée avec lucidité. Le Sénégal est qualifié, certes, mais il a aussi montré ses limites. À ce stade de la compétition, les erreurs défensives ne pardonnent plus. Les espaces laissés derrière, les pertes de balle évitables et les baisses de concentration peuvent coûter une élimination immédiate.
Pour poursuivre l'aventure américaine, les Lions devront retrouver leur ADN, une équipe compacte, disciplinée et difficile à manœuvrer. Le talent offensif existe, comme l'ont montré les cinq buts inscrits contre l'Irak. Mais le véritable défi sera d'équilibrer l'équipe. Les individualités devront également se mettre davantage au service du collectif, car les matchs à élimination directe se gagnent rarement sur le seul talent.
Les champions d’Afrique ont évité la sortie de route, une humiliation continentale au moment où des équipes que personne n’attendait au tournant obtiennent leur ticket pour les 16èmes de finale. Désormais, il lui faut transformer ce miracle sportif en véritable ambition. La qualification a été obtenue dans la douleur.
Sur le plan tactique, le Sénégal devra éviter de s'exposer inutilement. La tentation de se projeter massivement vers l'avant a parfois laissé des boulevards derrière les latéraux. Le bloc devra être plus resserré, avec un milieu capable de protéger la défense et de casser les transitions adverses. La maîtrise des temps faibles sera également essentielle. Une équipe qui aspire à atteindre les quarts ou les demi-finales doit savoir souffrir sans se désorganiser.
Le sélectionneur devra aussi faire des choix forts. Dans un tournoi aussi relevé, les statuts comptent moins que la forme du moment. Les joueurs les plus performants durant cette phase de groupes doivent être privilégiés, même si cela implique de bousculer certaines hiérarchies. La concurrence doit devenir un levier de performance et non une source de confort.
Chamsidine Sané
Journaliste sportif












