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Zahra Iyane Thiam à coeur ouvert: "nous avons à dakar des contradictions, mais"




Ancienne secrétaire général du parti Uds/innovation, Zahra Iyane Thiam chemine depuis 2012 avec le Président Macky Sall. Sa formation politique fusionnée à l'Apr, elle s'investit corps et âme dans les activités du parti, ce qui lui a valu d’ailleurs les nombreux postes qu'elle a eu à occuper et continue d’occuper au sein du parti présidentiel, mais aussi au sein de Benno Bokk Yakaar. Ministre de la Microfinance, de l’Economie sociale et solidaire, Mme Diop estime que son département a un important rôle à jouer dans la mise en œuvre du plan d’urgence pour l’emploi et l’insertion socio-économique des jeunes pour endiguer le chômage dans notre pays. Sur le volet politique, Zahra Iyane Thiam regrette que nous ayons une opposition politicienne qui, bien qu’elle ne soit pas prête à aller aux élections locales, continue de crier au scandale à propos du report des joutes électorales, qu'elle a elle-même provoqué.
 
 
Les Échos : Les événements de mars dernier ont secoué toutes les branches de la République, comment les avez-vous vécus et quelle lecture en faites-vous ?
 
Zahra Iyane Thiam : Il faut avant tout s’incliner devant la mémoire des personnes disparues, mais également déplorer le fait que ces événements qui sont issus d’un problème privé nous aient menés à cela, parce qu'on a voulu en faire une affaire d’État. Comme on le dit, à quelque chose malheur est bon, ces évènements nous ont permis de prendre encore conscience  de la force de nos institutions qui ont été durement éprouvées, mais qui ont survécu, mais aussi de cette forte cohésion sociale qui nous a maintenus debout malgré tout. Des pays ont été complètement déstabilisés face à des événements de cette envergure. Il faut maintenant en tirer les enseignements. Ce qui a été fait par rapport aux nouvelles orientations qu’il fallait prendre pour les jeunes.
 
Ces évènements ont remis la question de l’emploi des jeunes sur la table. Et le chef de l’Etat a convoqué le Conseil national de la jeunesse à lui exposer ses attentes, en tant que produit dudit conseil, comment appréciez vous ce forum ?
 
Lors de ce Conseil présidentiel qui a validé l’emploi et l’insertion socioprofessionnelle des jeunes, nous avons assisté à une participation de qualité de toutes ces voix regroupées au sein du Conseil national de la jeunesse qui regroupe toutes les catégories socioprofessionnelles. Les jeunes présidents de conseils régionaux qui ont parlé, chacun pour sa localité, ont fait le diagnostic de leurs régions avec les atouts, les faiblesses et même les potentialités de la ressource humaine jeune. Ils ont même donné leurs propres solutions. Ces recommandations se sont rajoutées aux différentes orientations du chef de l'Etat par rapport à sa politique pour les jeunes dont le Pse Jeunesse 2035, sa première grande initiative pour les jeunes. Il a renforcé le système de la formation professionnelle avec plusieurs mécanismes, notamment avec le 3FPT, la contribution forfaitaire totalement mise à la disposition de la formation qualifiante des jeunes, compte non tenu des mécanismes d’accompagnement financiers.
 
 
En tant que ministre de la Microfinance, de l’Économie sociale et solidaire, comment comptez-vous jouer votre partition dans ces engagements pris par le Président auprès des jeunes ?
 
Le secteur de la microfinance, de l’économie sociale et solidaire est transversal. Il ne  s’occupe pas de catégories mais d’acteurs. Si l’on sait que plus de 70% de notre population ont moins de 35 ans, il nous faut avoir des emplois innovants mais qui peuvent absorber un maximum de ressources humaines. C’est pourquoi le modèle des coopératives est intéressant et l’agriculture en est une parfaite illustration. Nous nous évertuerons à inciter plus de jeunes à adopter le modèle de l’économie sociale et solidaire, un modèle qui vous permet, au-delà de l’aspect économique de votre activité, d’être engagé dans la prise en charge des problèmes sociaux de votre localité. L’élément important dans l’économie solidaire, c’est qu’elle lutte contre l’exode rural qui est aujourd’hui un problème majeur. Tous les jeunes que l’on voit avec des emplois précaires, dont les marchands ambulants, les laveurs de véhicules, sont le plus souvent ces jeunes qui ont quitté leur terroir à la quête d’un mieux-être ailleurs. L’économie sociale et solidaire peut avoir une part importante dans la prise en charge de cette question.
 
Comment comptez-vous résoudre ce problème de l’exode rural dont vous parlez avec la microfinance ?
 
Il s’agira plutôt d’avoir une démarche pédagogique, mais surtout séquencée. Le but ce n’est pas de dire : venez retournons, mais d’offrir des opportunités qui puissent répondre à des besoins. Nous avons un programme dénommé Promesse (Programme de promotion de l’économie sociale et solidaire) qui prend en charge ces questions-là. Il y a aussi la formalisation de l’économie solidaire avec des mécanismes financiers comme le Fonamif (Fonds national de la microfinance) qui à terme doit mettre en place les conditions les plus avantageuses pour l’accès au crédit, puisque le secteur de la microfinance concentre plus de 3,5 millions de personnes et cela constitue l’économie réelle. Avec la pandémie, nous avons constaté, si besoin en est encore, le poids de l’économie informelle dans l’économie de notre pays. Nous pensons qu’il faut mieux encadrer ce secteur et leur trouver des services mieux adaptés à leurs réalités.
 
N’était-il pas plus pertinent d’auditer et de renforcer les mécanismes déjà existants pour l’emploi des jeunes au lieu de dégainer 450 milliards pour en créer un autre ?
 
D’aucuns pensent que le nombre de mécanismes mis en place pour l’emploi des jeunes est pléthorique, mais ces derniers sont différents avec chacun une mission bien précise. Ce qu’il faut, c’est une bonne harmonisation, une concertation et un fichier unique de toutes ces personnes qui sont financées pour permettre à la majorité d’y avoir accès. Avec plus de 10 millions de personnes qui ont besoin d’accès aux financements, il est clair qu’il y a encore des efforts à faire. Il nous faut mieux rationaliser pour une action mieux ressentie auprès des bénéficiaires.
 
Ce énième report des élections est perçu par l’opposition comme un besoin de la majorité de réajuster ses rangs parce qu’étant affaiblie par les derniers évènements de mars dernier, que répondez-vous à cela ?
 
Entre la réalité et ce que l’opposition veut faire croire aux gens, il y a un large fossé. Aujourd’hui, la réalité, c’est que de un, Benno Bokk Yakaar est une force politique, personne ne peut nier cela. De deux, c’est que la coalition sait gérer ses divergences et sa diversité. Et de trois, la réalité des élections locales est différente de toute autre. Elle est personnelle dans le sens où les populations choisissent leur propre maire. Il faut d’abord être proche des administrés. Et de ce point de vue-là, Benno Bokk Yakaar contrôlant plus de 500 collectivités territoriales, je ne vois pas en quoi repousser des élections pourrait nous être utile.
Ce qui est déplorable, par contre, c’est de constater au fur et à mesure que nous avons une opposition politicienne. Le report des élections locales est intervenu à la suite d’un consensus entre les acteurs politiques et ce consensus découlait d’une demande de l’opposition qui voulait s’assurer de la fiabilité du fichier avant d’aller aux élections, quand bien même nous sortions d’une révision du fichier après les législatives qui indiquait que le fichier était fiable à plus de 98%. Si aujourd’hui après une sélection internationale d’auditeurs indépendants qui font leur travail sur la base de TDR et de cahier de charges acceptés par tous de façon consensuelle et qu’on se permette de remettre en cause le résultat pour ensuite dénoncer un énième report, la seule conclusion à tirer, c’est que l’opposition n’est pas prête à aller aux élections locales.
 
Vous siégez au niveau des plus hautes instances de Benno et de l'Apr ; alors quelle lecture faites-vous de cette rébellion qui commence à gagner du terrain au sein de votre parti, mais aussi de Benno ?
 
Les ambitions sont légitimes parce qu’en politique, c’est la contradiction qui fait avancer les choses. Les divergences que nous notons, que ce soit au sein de l'Apr ou sein de la coalition, c’est tout à fait normal, parce qu’on a des responsables qui partagent une même aire et chacun voulant montrer ardeur et hargne à réaliser les objectifs qui lui sont assignés, on peut comprendre qu’il y ait ce choc d’ambitions. Mais cela ne peut pas déteindre sur l’intérêt général de la coalition. Les gens peuvent penser que nous ne sommes pas en accord, mais c’est l’expression légitime. Maintenant, c’est la manière dont cette expression là doit se faire qui peut choquer. Des fois cela se fait aux antipodes de ce que nous attendons d’un responsable politique,  ou avec une certaine mauvaise foi. Et à ce niveau, il convient de le déplorer et de nous engager à nous améliorer puisqu'aujourd’hui, les populations sont plus exigeantes. Il est vrai qu’au sein de l'Apr nous pensons à avoir cette même convergence,  mais nous espérons que d’ici les élections, nous viendrons à bout de toutes ces difficultés. La première difficulté, c’est de donner des réponses ou des signaux adaptés aux préoccupations des populations, notamment des jeunes.
 
 
Dakar reste un problème entier pour Benno comment comptez-vous vous y prendre ?
 
Dakar est une localité incontournable pour les élections à venir : d’abord c’est la capitale, ensuite c’est le premier département et forcément nous avons de nombreux défis à relever : celui de gagner toutes les 19 communes du département. Nous devons faire le maximum en étant mobilisés, régler nos contradictions au sein de Dakar, parce que nous en avons, avoir des convergences de vue sur ce que nous voulons faire et ou nous voulons aller, comment nous devons y aller.
 
Vous avez été candidate à la mairie de Sicap Liberté en 2014 sous la bannière de votre propre parti, maintenant que vous êtes de l'Apr, nourrissez-vous toujours les mêmes ambitions pour votre commune ?
 
A cette époque, je pouvais me permettre de donner toutes mes positions mais aujourd’hui, je suis dans l'Apr qui est au niveau da la coalition Benno Bokk Yakaar. Donc nous attendrons de voir quelle sera la décision de la conférence des leaders, mais déjà en notre sein, au niveau de la commune, nous avons un Benno Bokk Yakaar fort coordonné par le maire de la coalition Santi Sène Agne avec qui nous nous retrouvons régulièrement. Pour le moment, il n’y a aucune difficulté majeure. Mais comme je l’ai indiqué, nous sommes en politique et il y a toujours des frustrations.
 
Quels rapports entretenez-vous avec vos camarades de parti ?
 
Je suis un militant engagé et mon militantisme dépasse des individualités ou des personnes. Je me suis engagé pour un principe, pour la République et j’ai choisi comme leader le Président Macky Sall. Il n’y a pas de demi-mesure dans ce que je fais et tout ce que cela demande comme  comportement, action, dépassement, je le fais. Quand je suis en politique, je ne vois pas de visages. Je ne dissocie pas l’engagement politique de mon patriotisme.
Ndèye Khady DIOUF
 
 
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