es économies africaines les plus développées, qui disposent déjà de bases industrielles établies et de performances logistiques relativement bonnes, sont les mieux positionnées pour tirer profit de la politique du « zéro tarif douanier » offerte par la Chine à l’Afrique.
Les économies africaines les plus développées pourraient tirer l’essentiel des bénéfices du traitement tarifaire nul que la Chine prévoit d’appliquer sur ses importations en provenance du continent, au détriment des pays les moins avancés, selon une analyse publiée le jeudi 12 mars par Lauren Johnston, une chercheure au China Studies Centre rattaché à l’Université de Sydney, dans la revue The Conversation.
Intitulé « China’s new tariff‑free regime for Africa : the potential upside and downside », l’article rappelle que le président chinois Xi Jinping avait annoncé, le 14 février dernier, que son pays supprimera les droits de douane sur toutes ses importations en provenance des pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques à partir du 1er mai 2026, tout en notant que cette initiative contribuera à « créer de nouvelles opportunités pour le développement de l’Afrique ».
Ce démantèlement tarifaire avait été annoncé pour la première fois en juin 2025, dans un contexte marqué par une déstabilisation du commerce mondial, due aux tarifs douaniers imposés par l'administration Trump. Le gouvernement chinois n’avait pas alors évoqué la date d’entrée en vigueur de la nouvelle mesure visant à rééquilibrer les échanges commerciaux avec le continent, qui sont caractérisés par un grand excédent en faveur de Pékin.
L’exemption généralisée des droits de douane sera offerte par la Chine à tous ses partenaires commerciaux africains à l’exception de l'Eswatini (anciennement Swaziland), le dernier allié de Taïwan sur le continent. Jusqu’ici, 33 pays du continent seulement bénéficient déjà du traitement tarifaire nul offert par Pékin aux pays les moins avancés (PMA). Les pays à revenu intermédiaire ont été exclus des préférences commerciales. A titre d’exemple, l'Afrique du Sud a continué à être soumise à des droits de douane allant de 10 à 25 % sur la plupart de ses exportations vers l’empire du Milieu, notamment les fruits, le vin et les produits alimentaires transformés.
Des chaînes d’approvisionnement régionales pour équilibrer les gains
Avec la nouvelle politique « Zéro tarif », les pays africains à revenu intermédiaire bénéficieront pour la première fois d'un accès au vaste marché en franchise de droits de douane.
Toutefois, cette mesure risque d'entraîner une concentration de la production destinée au marché chinois dans les économies africaines les plus développées, comme l’Afrique du Sud, le Maroc ou le Kenya, avertit l’auteure. Dotés de bases industrielles plus solides et de meilleures performances logistiques, ces pays sont mieux placés pour accroître leurs exportations une fois les droits de douane supprimés. À l’inverse, les pays les moins avancés pourraient perdre l’avantage lié au « statut spécial » dont ils bénéficiaient dans l’ancien régime tarifaire et rester handicapés par des obstacles structurels, notamment le manque de fiabilité de l'approvisionnement électrique, le déficit des infrastructures portuaires et les difficultés liées au respect de certaines normes commerciales.
L’article estime toutefois que les gains inégaux escomptés du traitement tarifaire nul proposé par la Chine à ses partenaires africains pourraient être corrigés à travers la mise en place de chaînes d'approvisionnement transnationales et intra-régionales basées sur les avantages comparatifs. Ces chaînes d'approvisionnement permettraient aux exportateurs africains issus des PMA et des pays à revenu intermédiaire d'atteindre la taille et la compétitivité nécessaires pour développer leurs propres exportations vers la Chine, qui seront bientôt exemptées de droits de douane.
Ainsi, les pays les moins avancés n'auraient plus besoin d'exporter directement vers la Chine. Ils n'auraient plus qu'à rejoindre les chaînes d'approvisionnement commerciales régionales pour profiter de la nouvelle politique tarifaire chinoise et soutenir, dans le même temps, le processus d'intégration commerciale en Afrique.
ecofine












