Longtemps confrontée à de fortes résistances, la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations-Unies semble enregistrer plusieurs avancées diplomatiques majeures. Révélations de Madiambal Diagne.
A Dakar que les lignes semblent bouger. Selon Madiambal Diagne, le 7 juillet, Umaro Sissoco Embaló, ancien président de la République de la Guinée Bissau et proche de Macky Sall, a été reçu par le Président Bassirou Diomaye Faye. Il s’est ensuite entretenu avec le Président gambien Adama Barrow. Selon Diagne, la candidature de l’ancien président sénégalais au secrétariat général des Nations-Unies figurait parmi les principaux sujets abordés lors de ces échanges.
Selon le fondateur du Groupe Avenir Communication, ces consultations, qui interviennent dans un contexte politique totalement nouveau, sont susceptibles de changer la ligne de Dakar sur le dossier. Selon nos sources, le principal obstacle au soutien officiel de Dakar ne se situait pas à la présidence de la République, mais à la Primature.
Alors tout puissant Premier ministre et président de Pastef, Ousmane Sonko se serait donc fermement opposé à toute initiative visant à soutenir Macky Sall. Les mêmes sources affirment qu’il avait pesé de tout son poids politique pour empêcher le Sénégal d’endosser la candidature de l’ancien président, dans un contexte de forte rivalité entre les deux hommes.
Bassirou Diomaye Faye aurait ainsi été contraint de composer avec cet équilibre politique, alors que le pouvoir reposait sur un tandem exécutif dont Ousmane Sonko constituait la principale force politique. «La vérité est que c’est Ousmane Sonko qui s’opposait au soutien de Dakar à la candidature de Macky Sall. Le Président Bassirou Diomaye Faye, lui, souhaitait le soutenir, mais il n’a pas jugé nécessaire de mettre en péril sa relation avec Pastef, qui constituait alors son principal, voire son unique soutien politique», indique une source au fait des discussions. La rupture désormais consommée entre les deux hommes change cependant la donne.
Toujours selon ces mêmes sources, le chef de l’État dispose aujourd’hui d’une plus grande liberté d’appréciation sur les grands dossiers diplomatiques. L’éloignement politique d’Ousmane Sonko ferait disparaître le principal verrou qui empêchait jusqu’ici Dakar d’apporter son soutien à Macky Sall.
Cette lecture est confortée par l’intensification des contacts diplomatiques observés ces derniers jours. Les démarches d’Umaro Sissoco Embaló apparaissent comme une tentative de consolider un consensus régional autour de la candidature de l’ancien président sénégalais, tandis que plusieurs informations font état d’un prochain déplacement de Macky Sall à Dakar et à Banjul afin de poursuivre ces consultations.
Si ce rapprochement devait déboucher sur un soutien officiel du Sénégal, il constituerait l’un des tournants les plus importants de cette campagne internationale. Au-delà de la portée symbolique, l’appui de son pays d’origine renforcerait considérablement le poids diplomatique de Macky Sall auprès des États appelés à participer au choix du futur secrétaire général des Nations-Unies.
Mais, au-delà du seul dossier onusien, un éventuel soutien de Bassirou Diomaye Faye à la candidature de Macky Sall pourrait ouvrir une nouvelle séquence politique au Sénégal.
Vers un rapprochement politique ?
Dans les cercles politiques de Dakar, certains s’interrogent déjà sur les conséquences d’un tel geste. Constituerait-il le prélude à un rapprochement entre le président de la République, qui a récemment annoncé la création de sa propre formation politique, et l’Alliance pour la République (Apr) de son prédécesseur ?
Si cette hypothèse demeure, à ce stade, hautement spéculative, plusieurs observateurs estiment qu’une convergence d’intérêts entre le chef de l’État, sa future formation politique, l’Apr et ses alliés pourrait profondément rebattre les cartes du paysage politique sénégalais. Une telle recomposition donnerait naissance à un bloc politique susceptible de concurrencer sérieusement Pastef sur le terrain électoral et de modifier durablement les rapports de force en vue des prochaines échéances.
En attendant, c’est Macky Sall qui marque des points importants dans le cadre de sa campagne. En effet, entre le signal envoyé depuis Washington par Donald Trump, les initiatives diplomatiques conduites en Afrique de l’Ouest et la recomposition des rapports de force au sommet de l’État sénégalais, la candidature de Macky Sall semble ainsi entrer dans une nouvelle phase. Longtemps handicapée par les réticences de Dakar, elle pourrait désormais bénéficier d’un contexte politique beaucoup plus favorable, au moment où les grandes manœuvres s’intensifient autour de la succession d’António Guterres.
Sidy Djimby NDAO
Correspondant permanent en France












