La délégation du Sénégal devant le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale des Nations-Unies s’est voulue catégorique concernant les remarques faites sur l’existence de discriminations relevées au Sénégal. Les textes interdisent toute discrimination et il n’y a pas de discrimination dans la pratique, tranche la délégation dirigée par Alioune Ndiaye, secrétaire général du ministère de la Justice.
Suite aux interpellations et aux préoccupations tous azimuts des experts du Cerd des Nations-Unies, la délégation sénégalaise a apporté des réponses. Au Sénégal, explique la délégation, il n’y a pas de discrimination, car tous les groupes de la population sont mélangés avec des citoyens qui ont tous des liens de cousinage. «Les textes interdisent toute discrimination et il n’y a pas de discrimination dans la pratique. Il est impossible de trouver quelque chose qui n’existe pas», a-t-elle affirmé. S’agissant des castes, la délégation rappelle que les castes sont de l’ordre de la tradition, avant d’ajouter que les traditions sénégalaises permettent de vivre en harmonie. L’Etat, ajoute la délégation, a pris toutes les mesures pour se prémunir d’éventuels cas de discrimination. Concernant le Comité sénégalais des droits de l’homme, la délégation a souligné qu’il faisait la fierté du pays. Cette institution nationale des droits de l’homme jouissait du statut A (de pleine conformité aux Principes de Paris) jusqu’en 2012 et c’est à partir de cette date-là qu’il y a eu des problèmes, s’agissant de sa situation financière et de son indépendance. La délégation a assuré de la volonté du gouvernement sénégalais de faire en sorte que l’institution retrouve son statut A grâce à un nouveau projet de loi qui est discuté en ce moment au niveau de la Primature et qui a été élaboré en coopération avec les organisations de la société civile. Aujourd’hui, même si la loi n’a pas encore été adoptée par le Parlement, l’institution fonctionne et a vu son budget doubler cette année, a ajouté la délégation. Sur l’exploitation des ressources, la délégation a indiqué que toutes les dispositions sont prises par le Sénégal pour satisfaire les communautés locales. Pour chaque projet, il y a aujourd’hui une consultation de ces communautés, a-t-elle assuré.
La délégation remet en cause les 30 morts et l’usage excessif de la force par les Fds sur les manifestants
Concernant la migration, la délégation précise que toutes les zones côtières africaines sont touchées par ce phénomène, avant de rappeler que la migration relève d’un choix individuel. Il n’est pas possible de faire le lien entre la migration et certaines activités industrielles qui ont nécessité le déplacement de pêcheurs, a soutenu la délégation. Les forces de l’ordre sont poursuivies dans les cas d’utilisation excessive de la force, a ensuite affirmé la délégation. Aucun chiffre ne fait mention du nombre de 30 morts évoqué par un membre du comité, a-t-elle en outre déclaré. La délégation a par la suite indiqué qu’elle était circonspecte par rapport aux mots utilisés évoquant un «usage excessif de la force». Elle a déclaré que les forces de l’ordre ont fait leur travail correctement et ont fait preuve de retenue, conformément aux principes de proportionnalité et de légitimité. La délégation a remis en cause les sources qui ont fait état d’un «usage excessif de la force». Il faut prendre en compte le fait que de nombreux bâtiments publics et privés ont été détruits lors de «manifestations illégales», a souligné la délégation, déplorant l’usage de pierres et de cocktails Molotov durant ces évènements.
Restrictions sur les réseaux sociaux pour limiter les activités terroristes
S’agissant des restrictions imposées sur les réseaux sociaux, la délégation a indiqué qu’il s’agissait de mesures temporaires pour limiter les «activités terroristes» au Sénégal, notamment durant des manifestations. S’agissant de la situation en Casamance, la délégation a déclaré qu’il n’y avait pas de problèmes ethniques dans cette région. En Casamance, le problème n’est pas ethnique mais géographique, a-t-elle précisé. La délégation a, d’autre part, souligné que les mineurs en conflit avec la loi sont soumis à une justice pour mineurs qui leur est spécialement dédiée. Par ailleurs, une stratégie nationale a été adoptée pour lutter contre toutes les formes de violence à leur encontre, a ajouté la délégation. Une stratégie a en outre été mise en œuvre afin de sortir les enfants de la rue et de la mendicité. A ce jour, la moitié de l’objectif des 10.000 enfants a déjà été sortie de la rue depuis la mise en œuvre de cette stratégie, a précisé la délégation. S’agissant des enfants talibés, la délégation a fait savoir que la justice prend en main de nombreux enfants en situation de mendicité. Un grand nombre d’enfants se retrouvent dans les écoles coraniques en raison de la prolifération de ces écoles au Sénégal, a-t-elle souligné. Toutes les plaintes pour violences ou abus à l’encontre des enfants font l’objet d’une enquête, a assuré la délégation. Elle a par ailleurs indiqué que de nombreux enfants en situation de rue au Sénégal sont des migrants.
L’expulsion de Guinéens
Évoquant l’expulsion de Guinéens, la délégation a expliqué que dans le cadre de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), il est prévu que s’il y a un risque de troubles à l’ordre public, un pays peut reconduire à la frontière certains des ressortissants d’un autre pays de l’organisation. La délégation a ajouté qu’il s’agissait en l’espèce d’un petit groupe d’individus qui participaient aux manifestations.
M. CISS










