De la pelouse aux instances dirigeantes, Alassane Ndour n’exclut aucune perspective. Inspiré par le parcours de Samuel Eto’o, l’ancien international sénégalais se dit ouvert à l’idée de présider un jour la Fédération sénégalaise de football. Au Dakar Sport Summit, il a également livré une analyse sans détour de la non-qualification des U20 à la Can, dénoncé le cumul des fonctions dans l’encadrement technique et affiché sa confiance quant aux chances du Sénégal devant le Tas.
Accroché lors de la troisième édition du Dakar Sport Summit, ce mercredi à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Alassane Ndour n’a éludé aucune question. De son admiration pour Samuel Eto’o à son éventuelle ambition de diriger un jour la Fédération sénégalaise de football, en passant par l’élimination des U20, le cumul des fonctions techniques et le dossier de la Can 2025 devant le Tribunal arbitral du sport (Tas), l’ancien international sénégalais livre sa lecture du football national.
«L’appétit vient en mangeant»
Ancien international sénégalais, Alassane Ndour ne ferme pas la porte à une éventuelle candidature à la présidence de la Fédération sénégalaise de football (Fsf). Inspiré par le parcours de Samuel Eto’o, aujourd’hui à la tête de la Fédération camerounaise de football, il reconnaît que cette perspective ne lui est pas étrangère, même s’il assure ne pas en faire une priorité immédiate. «J’ai une relation particulière avec Samuel. C’est un ami, un frère. Il est aussi très inspirant. Il a fait une très belle carrière et tout le monde la reconnaît. Aujourd’hui, il se retrouve président de la Fédération camerounaise de football. Je pense que c’est quelque chose d’extraordinaire et d’inspirant», confie-t-il.
L’ancien Lion assume alors son ambition, tout en prenant soin de ne pas brûler les étapes. « Personnellement, je ne dirai pas non à l’idée de devenir un jour président de la Fédération sénégalaise de football. Bien sûr que oui, forcément, quand on voit des figures comme Samuel, cela peut toujours nous inspirer. Mais je n’en fais pas non plus un objectif immédiat. Cela passera par des échéances et par un parcours.»
Pour lui, la transition entre la carrière de joueur et les responsabilités dirigeantes mérite d’être mieux préparée sur le continent. « C’est important de passer du terrain à la gouvernance. Avec l’expérience acquise sur le terrain, mais aussi la validation des acquis que l’on peut aller chercher pour se préparer, il est possible de devenir un bon dirigeant. C’est à ce niveau-là que je me vois. » Avant de conclure avec une formule qui en dit long sur ses ambitions : «Comme on dit, l’appétit vient en mangeant.»
Élimination des U20 pour la Can : « il faudra revoir cette situation »
La non-qualification du Sénégal à la prochaine Coupe d’Afrique des nations U20 reste en travers de la gorge d’Alassane Ndour. Convaincu du potentiel de cette génération, il estime que cet échec doit conduire à une remise en question profonde, notamment sur le plan de la gouvernance. «C’est vrai qu’on était déçu. Personnellement, j’ai été déçu parce que je sais qu’on avait une belle équipe. Je sais qu’on a une bonne équipe, parce que j’ai la chance d’assister régulièrement à ces tournois, notamment les U17 et les U20, grâce aux invitations que je reçois en tant que Directeur général», explique-t-il.
Au-delà du résultat sportif, l’ancien international pointe du doigt certaines pratiques organisationnelles, en particulier le cumul des fonctions entre les clubs et les sélections nationales de jeunes. «Je pense qu’il y a beaucoup de choses, beaucoup de points à revoir, surtout sur le plan de la gouvernance. Cette question du cumul de fonctions a, selon moi, eu un impact. C’est certainement l’une des explications.»
Alassane Ndour rappelle également que cette problématique avait déjà été prise en compte par le passé. « En 2020, je crois que l’ancien président de la Fédération avait mis fin à ce problème de cumul. Revenir en 2026 et reproduire les mêmes erreurs, ce n’est pas une bonne chose. Il faudra rapidement faire le point sur ce qui s’est passé.»
Pour lui, l’absence du Sénégal à cette compétition continentale est d’autant plus difficile à accepter que le pays a acquis une réputation de sérieux dans la formation des jeunes footballeurs. «C’est difficile de croire que le Sénégal ne participera pas à la Can de la catégorie en hiver. Pour moi, c’est inconcevable aujourd’hui, parce que nous faisons partie des pays qui réalisent un bon travail dans les petites catégories. Les U20 constituent l’antichambre de l’équipe nationale A. Il est donc essentiel pour le Sénégal de se qualifier pour les prochaines Can.»
Cumul des fonctions : « on ne peut pas courir deux lièvres à la fois »
Sur la question du cumul entre les responsabilités en club et celles de sélectionneur d’une équipe nationale de jeunes, Alassane Ndour se montre catégorique. À ses yeux, cette organisation favorise la dispersion et peut ouvrir la voie à des conflits d’intérêts. «Pour moi, il faut mettre fin à ces cumuls de fonctions et confier les équipes à des entraîneurs pleinement concentrés sur leurs missions. Cela peut éviter la dispersion et prévenir les conflits d’intérêts. Ce sont des choses que le football n’aime pas.»
L’ancien international s’interroge également sur la capacité d’un technicien engagé simultanément dans deux missions à assurer un suivi rigoureux des talents évoluant dans les différents clubs du pays. «Comment l’entraîneur peut-il avoir le temps d’aller observer tous ces joueurs, alors qu’il doit également s’occuper de son équipe en club ? C’est déjà un problème. Il y a une dispersion de l’énergie : on ne peut pas courir deux lièvres à la fois.»
Génération Foot : le débat sur la sélection des jeunes
La place accordée aux joueurs de Génération Foot dans les sélections nationales de jeunes soulève également des interrogations chez Alassane Ndour. S’il reconnaît le rôle majeur de cette académie dans la formation des footballeurs sénégalais, il estime que le cumul des fonctions peut nourrir des suspicions quant aux choix opérés. «Oui, Génération Foot est aujourd’hui ce qui se fait de mieux au Sénégal dans le domaine de la formation. On a vu ce que cela nous a apporté. Encore une fois, dans les petites catégories, on retrouve beaucoup de joueurs issus de Génération Foot », reconnaît-il.
Toutefois, l'ancien international appelle à une vigilance accrue dans le processus de sélection, sans prétendre se prononcer sur les choix sportifs qu'il n'a pas directement suivis. «Je ne suis pas entraîneur et je n’ai pas suivi en détail le processus de sélection. Mais je peux dire que cette situation peut donner lieu à des conflits d’intérêts.»
Pour sortir de cette situation, il invite la Direction technique nationale (Dtn) et les instances dirigeantes à prendre leurs responsabilités. «L’entraîneur d’un club doit rester entraîneur de club, et le sélectionneur d’une équipe nationale de jeunes doit se consacrer à sa sélection. Je pense que si nous procédons ainsi, nous éviterons ce genre de problèmes.»
Une prise de position ferme, alors que l’échec des U20 relance le débat sur l’organisation et la gestion des équipes nationales de jeunes.
Can 2025 : «le Sénégal a ses chances devant le TAS»
Sur le dossier opposant le Sénégal au Maroc à la suite de la finale de la Can 2025, Alassane Ndour affiche son optimisme. Sans prétendre anticiper la décision du Tribunal arbitral du sport, il dit croire au travail des représentants sénégalais. «Le Sénégal a ses chances, bien sûr. Nous restons optimistes et confiants. Maintenant, nous ne sommes pas le TAS. C’est à lui de se prononcer sur ce dossier. Nous sommes impatients de connaître sa décision.»
L’ancien international s’appuie notamment sur le travail effectué par les avocats et les personnes chargées de défendre les intérêts du Sénégal dans cette affaire. «Nous restons tout de même optimistes au regard du travail de nos avocats et des personnes qui représentent le Sénégal dans cette affaire, qui est très importante pour nous.»
Vieira attendu au tournant
Concernant Patrick Vieira, Alassane Ndour souhaite voir le nouveau sélectionneur faire mieux que ses deux prédécesseurs. Pour lui, les performances du technicien français doivent avant tout être évaluées à l'aune des résultats obtenus par les Lions. «Je souhaite à Patrick Vieira de faire mieux que les deux précédents sélectionneurs. Parce que s’il y parvient, c’est le Sénégal qui en sortira gagnant. Ce qui nous intéresse, c’est que le Sénégal gagne. »
Interrogé sur les conséquences de la retraite internationale d’Édouard Mendy, l’ancien international salue le parcours du portier sénégalais, qu’il considère comme une référence majeure dans l’histoire de la sélection. «Édouard Mendy, on le sait, est un gardien exceptionnel. Je pense que c’est le meilleur gardien de l’histoire du Sénégal. Mais aucun joueur n’est indispensable dans une équipe. Il y a toujours une relève qui se prépare et qui est en train de prendre ses marques.»
Alassane Ndour appelle ainsi à accompagner cette transition tout en maintenant des exigences élevées envers Patrick Vieira. S’il reconnaît que le jeu proposé par les Lions n’est pas encore aussi flamboyant qu’espéré, il retient avant tout les résultats obtenus lors des premières sorties du technicien. «Il a bien commencé. Pour l’instant, le jeu n’est pas aussi flamboyant qu’on l’attendait, mais les résultats comptables sont là. Nous continuons à le soutenir afin qu’il puisse atteindre les objectifs fixés.»













