Le gouvernement veut changer de paradigme. Fini un Sénégal concentré autour de Dakar. Avec l'Acte IV de la décentralisation et la création de huit pôles-territoires, l'État ambitionne de faire émerger de nouveaux moteurs économiques capables de doubler, d'ici dix à quinze ans, la contribution des régions au Produit intérieur brut (Pib). À Diamniadio, devant le président de la République Bassirou Diomaye Faye et les exécutifs territoriaux, le ministre de l'Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l'Aménagement des territoires, Moussa Bala Fofana, a dévoilé les contours d'une réforme qu'il présente comme le socle d'une nouvelle géographie économique du Sénégal.
Le gouvernement veut tourner définitivement la page d'un développement polarisé autour de la capitale. Pour Moussa Bala Fofana, l'avenir économique du Sénégal se construira désormais dans les territoires. « Notre objectif est d'augmenter la contribution des autres pôles au Produit intérieur brut dans les dix ou quinze prochaines années », a déclaré le ministre devant les élus territoriaux réunis au Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad). Aujourd'hui, rappelle-t-il, la région de Dakar concentre à elle seule près de 46% de la richesse nationale. « Nous voulons rééquilibrer cette situation en faisant des territoires les véritables moteurs de la croissance économique », a-t-il insisté.
Huit pôles pour transformer l'économie nationale
La réforme repose sur une nouvelle organisation du territoire national autour de huit grands pôles de développement. Chaque espace disposera d'une vocation économique clairement identifiée. Le pôle Nord sera appelé à devenir le principal grenier agricole du pays. Le pôle Diourbel-Louga misera sur l'industrie et le tourisme religieux. Le Nord-Est développera les phosphates, les engrais et l'élevage. Le Centre s'appuiera sur les agropoles et l'écotourisme. Le Sud-Est sera orienté vers l'écotourisme tandis que le Sud combinera agriculture, culture et tourisme.
Pour Moussa Bala Fofana, cette spécialisation permettra de mieux valoriser les avantages comparatifs de chaque région. « Nous voulons faire des pôles-territoires des moteurs de croissance et de développement. Aujourd'hui, nous pouvons parler d'un consensus des territoires, a-t-il affirmé. Le ministre s'est félicité des concertations engagées depuis plusieurs mois avec les collectivités territoriales. Il estime que les différents acteurs partagent désormais une même vision. « La décentralisation et la territorialité sont des instruments de localisation et de territorialisation de l'Agenda national de transformation », a-t-il expliqué.
Revenant sur les concertations, il ajoute : « nous avons relevé plusieurs défis : identifier les limites de l'Acte III, imaginer les innovations de l'Acte IV, faire des pôles-territoires des moteurs de croissance et surtout réussir la co-construction avec les élus. C'est ce qui nous permet aujourd'hui de parler d'un véritable consensus des territoires ». À l'issue du discours présidentiel, poursuit-il, « nous allons finaliser les textes de la réforme, toujours dans un esprit de collaboration avec les collectivités territoriales ».
Quinze axes de réforme, quatre priorités
Pour bâtir cette nouvelle architecture territoriale, le ministère a travaillé sur quinze axes de réforme. Les échanges avec les élus ont permis de dégager quatre priorités majeures. « Ces quinze axes nous ont permis d'identifier huit innovations majeures qui vont lancer le développement depuis les territoires », a souligné Moussa Bala Fofana. Le ministre souhaite également faire évoluer le rôle des collectivités territoriales. « Nous devons faire en sorte que nos municipalités puissent jouer un rôle important dans notre politique agricole, d'élevage et de pêche », a-t-il plaidé. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur l'intercommunalité.
Le ministre précise que « la coopération entre communes permettra de mutualiser les ressources, de porter des projets structurants et de renforcer la compétitivité des territoires. L'intercommunalité fera des municipalités de véritables leviers de transformation et de développement du pays », a-t-il assuré. Les futurs pôles-territoires seront dotés d'un établissement public chargé d'assurer leur gouvernance. « Cette structure exercera des missions de délibération, d'administration, d'exécution et de contrôle-évaluation. Chaque pôle disposera d'une stratégie de développement territorial, d'un schéma d'aménagement et d'urbanisme intégrant la cartographie des risques, ainsi que d'un dispositif spécifique de financement ». « Le lien entre l'État et les pôles-territoires s'organisera autour d'un contrat-plan annuel. L'État conservera ses missions régaliennes d'impulsion, de conception, d'orientation et de coordination. Les pôles-territoires, eux, agiront comme des espaces de conception et de production. »
Fatou DIOP












