Vingt-quatre ans après le naufrage du Joola, le Sénégal continue de porter la cicatrice d’une des plus grandes catastrophes maritimes de son histoire. À Ziguinchor, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a appelé à une responsabilité collective accrue et annoncé le renforcement du statut du Musée-mémorial « Le Joola ». Il a promis un Conseil interministériel consacré au Plan Casamance et donné des assurances sur le pont Émile Badiane et le second pont de Ziguinchor.
La commémoration du 24e anniversaire du naufrage du bateau « Le Joola », samedi 26 septembre à Ziguinchor, a été l’occasion pour le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô de rappeler que le drame de 2002 demeure une leçon actuelle. Pour le chef du gouvernement, la mémoire des victimes doit impérativement se traduire par une exigence permanente de sécurité, de responsabilité et de respect des règles. « Nous devons tous agir avec rigueur. Nous devons agir avec responsabilité et avec conscience. Mais aussi, les citoyens doivent faire respecter les règles », a déclaré le Premier ministre. «La leçon du Joola n’est pas derrière nous. Elle est encore sous nos yeux et elle restera sous nos yeux tant que les comportements qui ont amené cette tragédie ne sont pas annulés», a-t-il averti.
Le Mémorial élevé au rang de symbole national
Au cœur de l’intervention du Premier ministre, la question du Musée-mémorial « Le Joola » a occupé une place centrale. Le chef du gouvernement a insisté sur la nécessité de garantir l’ouverture permanente du Mémorial. «Nul ne devrait avoir à se recueillir devant une porte close. C’est pourquoi je voudrais vous annoncer que le statut de ce Mémorial fera l’objet d’un traitement avant la fin de l’année», a-t-il assuré. Pour le Premier ministre, le lieu doit être bien plus qu’un espace de recueillement. « Un sanctuaire pour les familles, un espace de recueillement pour les visiteurs et un lieu de transmission pour les générations futures », a-t-il déclaré.
Pont Emile Badiane : « nous ne dormons pas »
Le Premier ministre a par ailleurs apporté des précisions sur les infrastructures attendues en Casamance, notamment le pont Émile Badiane. « Oui, le pont Émile Badiane, nous ne dormons pas. Tout ce qui devait être fait a été fait en termes de marché », a-t-il assuré.
Concernant le démarrage effectif des travaux, il a indiqué que le gouvernement compte agir « dès que les premières marges de manœuvre budgétaires seront dégagées, peut-être avant la fin de l’année ». Il a précisé que « l’enveloppe budgétaire nécessaire est inscrite dans la Loi de finances initiale de 2027 », tout en laissant ouverte la possibilité d’anticiper le lancement des travaux si les conditions financières le permettent. Le chef du gouvernement a confirmé la réalisation d’un second pont à Ziguinchor. « Il en est de même du second pont de Ziguinchor. Oui, il y aura deux ponts », a-t-il affirmé.
Le « Joola », une tragédie qui demeure
Le naufrage du « Joola » est survenu dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002, au large des côtes gambiennes. Le bilan officiel rappelé dans les éléments de commémoration fait état de 1 863 morts et de 63 rescapés. Le navire, conçu pour environ 500 voyageurs, transportait une charge qui dépassait ses limites. Le drame demeure marqué par la lenteur de l’alerte et des secours car le bateau a sombré vers 23 heures, tandis que la Marine nationale n’aurait été alertée qu’à 7 heures et que les secours seraient arrivés à 18 heures. Vingt-quatre ans après, le gouvernement veut transformer le souvenir en exigence permanente. Le mémorial doit désormais porter cette double mission, « honorer les victimes et rappeler à la société les conséquences du non-respect des règles ». Et en réaffirmant que « la vie humaine n’a pas de prix », le Premier ministre entend inscrire la mémoire du « Joola » dans la durée. Une mémoire qui, selon lui, doit rester vivante, accessible aux familles et aux visiteurs, mais surtout servir de repère aux générations futures et à tous ceux qui exercent une responsabilité publique.
Fatou DIOP












