Deux ans après l’adoption du Pacte pour l’avenir, Bassirou Diomaye Faye a profité de la première évaluation africaine pour ramener le débat à une difficulté immédiate : comment financer le développement lorsque le service de la dette absorbe une part croissante des budgets ? Devant ses homologues, le président en exercice de la Cedeao a réclamé une réforme de l’architecture financière mondiale et une place plus importante pour l’Afrique dans les instances de décision.
Invité, mardi, à la réunion de haut niveau sur la mise en œuvre du Pacte pour l’avenir en Afrique, Bassirou Diomaye Faye a choisi de concentrer son intervention sur le coût du financement et le poids de la dette. L’événement était organisé au siège des Nations-Unies par la Namibie, la Zambie, l’Union Africaine et l’Onu et devait mesurer les avancées réalisées depuis l’adoption du Pacte, le 22 septembre 2024. Pour le président sénégalais, le temps n’est cependant plus à la définition de nouveaux engagements. « À travers le Pacte pour l’avenir, la communauté internationale a fixé un cadre clair et cohérent. Il nous appartient désormais de le mettre en œuvre », a-t-il déclaré.
Le financement comme point de blocage majeur
Le Pacte couvre la paix, la sécurité, le développement durable, le numérique, la jeunesse et la réforme de la gouvernance mondiale. Mais, dans son discours, Bassirou Diomaye Faye s’est essentiellement arrêté sur ce qui conditionne la réalisation de toutes ces ambitions : l’accès aux ressources financières. Il a décrit des économies africaines toujours confrontées au déficit d’infrastructures, à la sous-industrialisation, au chômage et à des besoins de financement largement supérieurs aux moyens disponibles. « En dépit des progrès accomplis, les États africains restent confrontés à des obstacles structurels qui freinent leur développement économique », a-t-il souligné.
Le chef de l’État a fait remarquer que les pays africains disposent de moins de ressources au moment où leurs besoins augmentent. Faute de financements concessionnels suffisants, plusieurs d’entre eux sont contraints d’emprunter sur les marchés internationaux, à des taux plus élevés et pour des maturités souvent moins favorables que celles accordées aux économies développées.
La dette au détriment des investissements sociaux
Pour Diomaye Faye, ces conditions de financement enferment progressivement les pays africains dans un cercle vicieux. L’endettement contracté pour répondre aux besoins immédiats finit par réduire les moyens disponibles pour financer le développement. « La majeure partie des ressources financières sont consacrées au service de la dette, dans des proportions exorbitantes, au détriment d’investissements essentiels dans des secteurs clés tels que l’éducation, la santé et les infrastructures », a-t-il déploré.
Selon lui, le problème ne se limite donc plus au niveau de la dette. Il concerne également son coût et l’utilisation des recettes publiques. Plus les intérêts et les remboursements augmentent, plus les gouvernements disposent de marges réduites pour financer les écoles, les hôpitaux, l’énergie ou les infrastructures nécessaires à la croissance. Dans ce contexte, le Président sénégalais considère que le financement du développement doit redevenir une priorité et faire l’objet d’un « engagement renouvelé » de la communauté internationale.
Réformer les institutions et le système fiscal mondial
Son plaidoyer ne porte toutefois pas uniquement sur la mobilisation de nouveaux fonds. Bassirou Diomaye Faye demande également une modification des rapports de force au sein des institutions qui définissent les règles financières mondiales. Il a appelé l’Afrique à travailler avec les pays du Sud global et ses autres partenaires pour obtenir une réforme effective de l’architecture financière internationale. Celle-ci devrait garantir « une meilleure représentativité des pays du continent dans les organisations internationales, y compris au sein des instances de décision ». Cette revendication vise notamment les institutions dans lesquelles les pays africains restent minoritaires, malgré le poids de leurs décisions sur la dette du continent, son accès au financement et ses politiques économiques.
Le chef de l’État a également soutenu les négociations en cours autour de la convention-cadre des Nations-Unies sur la coopération internationale en matière fiscale. « La mobilisation plus conséquente des ressources financières pourrait également trouver une impulsion à travers un système fiscal international plus juste et plus équitable », a-t-il estimé. La future convention doit notamment permettre aux pays africains de mieux défendre leurs intérêts fiscaux, de renforcer la mobilisation de leurs ressources intérieures et de combattre plus efficacement les flux financiers illicites.
La Zlecaf comme levier africain
Le chef de l’État a parallèlement insisté sur les responsabilités propres au continent. Il a présenté la Zone de libre-échange continentale africaine comme un instrument susceptible de réduire la fragmentation des marchés, de stimuler les échanges intra-africains et de soutenir l’industrialisation. Cette référence à la Zlecaf complète son plaidoyer : l’Afrique demande une réforme du système international, mais doit également renforcer son intégration économique et mettre en œuvre des politiques capables de transformer les ressources mobilisées en investissements productifs.
Ahmadou KANE
(Correspondant permanent à New York)












