Les forces de l'ordre n'en ont cure des cartes de presse, écharpes de député ou encore d'un statut d'ancien maire de Dakar. En effet, malgré l'interdiction du préfet de Dakar de leur marche, des leaders de Yewwi Askan Wi ont tenté de forcer et de passer outre la décision de l'autorité ; mais ce fut une journée d'échec. Gazés, malmenés, repoussés, Malick Gakou, Khalifa Sall ou encore Birame Souleye Diop ont dû puiser dans leur second souffle pour échapper aux bombes lacrymogènes des forces de l'ordre. Une de nos consœurs a été acheminée à l'hôpital Principal.
Encore une journée d’échauffourées dans les artères de Dakar, plus particulièrement à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Tout a commencé vers les coups de 16 heures, quand les députés de Yewwi Askan Wi se sont donné rendez-vous au niveau du siège du Prp de Déthié Fall pour faire une conférence de presse. Mais c’était sans compter avec le dispositif mis en place par les forces de défense et de sécurité, qui avaient interdit l’accès à toute personne pour parer à tout regroupement, car la marche des leaders était la seule non autorisée.
Avec leurs écharpes, la bande à Birame Souleye Diop, accompagnée de Khalifa Sall, a dû faire face aux forces de l’ordre. Dès les premiers échanges entre députés et forces de l’ordre, le ton a commencé à monter. «Nous allons avancer vers le siège pour constater…». Birame Souleye Diop peut à peine terminer sa phrase que les policiers les repoussent légèrement.
Ce qui provoque la colère des députés, mais Khalifa Sall s’interpose entre les deux groupes et tente de négocier avec Déthié Fall. Finalement les députés décident de faire une déclaration non loin du siège. « Nous avions décidé de faire notre réunion dans ce siège qui est le quartier général de la coalition Yewwi Askan Wi. Seulement, nous avons trouvé les forces de l’ordre sur place qui nous refusent l’accès. Elles sont derrière nous. Si elles veulent charger ou nous lancer des bombes, qu’elles ne se gênent pas…», crie de rage Birame Souleye, dont les derniers mots sont comme qui dirait un signal de départ à l’intifada.
Sur le coup, avant même que l’ancien ministre Habib Sy ne prenne la parole, les forces de l’ordre tirent pour les disperser, ne faisant point de différence entre députés et journalistes. C’est le sauve-qui-peut. Certains leaders s’engouffrent dans leur voiture et s’éloignent des lieux. Députés et journalistes se regroupent à côté d’un marchand de fruits, le temps de reprendre leurs esprits. La journaliste Yacine du site Témoinweb, qui tentait de se frayer un chemin, sera heurtée par un véhicule. Couchée sur le sol, elle lance des cris qui font froid dans le dos quand les ambulanciers ont tenté de la mettre sur le brancard. Elle sera par la suite acheminée à l’hôpital Principal. Les témoins de l'accident racontent que la voiture l'a heurtée avant de faire marche arrière sur elle au niveau de sa cuisse.
«Voilà un exemple de non-assistance à une personne en danger»
Alors que la jeune journaliste ne cessait de se tordre de douleur sous le regard étonné de Khalifa Sall et Birame Souleye Diop, les journalistes pestent et lancent des piques aux forces de l'ordre. «Pourtant, ce sont eux qui disaient que les médecins ont fait un délit de non-assistance à une personne en danger, alors qu'une jeune femme est allongée devant eux, blessée, mais les forces de l'ordre sont occupées à gazer les députés. C’est grave, ce qui se passe dans le pays», déplore Birame Souley. «Boom !» Les forces de l'ordre chargent une nouvelle fois.
Certainement surpris par la détonation, les députés de Yewwi reprennent la poudre d'escampette avec des leaders comme Malick Gakou et Khalifa Sall ; certains se réfugient dans des abris d'occasion. «La situation du pays est devenue catastrophique. Comment des leaders qui sont à la rescousse d'une dame de la presse gravement blessée peuvent être gazés et chassés des lieux ? Nous souffrons mais nous allons faire face. Ce que Macky Sall veut faire dans ce pays ne passera pas. Nous n'avons pas peur et nous allons nous battre pour la démocratie», déplore Malick Gakou tout en sueur, le visage renfrogné.
Samba THIAM