Fraîchement diplômé de la Licence Pro obtenue en Asie en 2025, Malick Dione, plus connu sous le sobriquet "Blindé", fait partie du cercle très restreint des techniciens sénégalais ayant atteint ce niveau d’excellence. Dans cet entretien sans détour, il revient sur la portée de ce diplôme, analyse la nomination controversée du Directeur technique national au sein de la Fédération sénégalaise de football, décrypte les critères d’éligibilité à ce poste stratégique et s’inquiète de la structuration actuelle du football local. Il se prononce également sur le litige opposant la Fsf à la Confédération africaine de football et à la Fédération royale marocaine de football, dénonçant un manque de leadership à l’échelle continentale.
Les Echos : Vous disposez d’une Licence Pro. Comment avez-vous vécu ce moment d’avoir décroché le plus haut niveau en tant que technicien ?
Malick Dione : C’est avant tout une immense fierté, mais aussi une responsabilité. La Licence Pro n’est pas un simple diplôme, c’est le plus haut niveau de compétence dans notre métier. J’ai eu la chance d’être footballeur professionnel et international sénégalais, donc j’avais déjà une base solide et une vraie connaissance du terrain. Mais dans le football moderne, le vécu seul ne suffit plus. Il faut de la rigueur, de la méthode et une vision claire. Obtenir cette licence dans une fédération reconnue pour son exigence est une validation forte de mon parcours. Cela montre que je ne me suis pas reposé sur ma carrière de joueur, mais que j’ai fait le choix de me former au plus haut niveau. Aujourd’hui, je me sens légitime, mais surtout engagé. Parce que derrière ce diplôme, il y a une mission : transmettre, structurer et contribuer au développement du football avec sérieux et exigence.
Comment analysez-vous la situation actuelle avec la nomination du nouveau Dtn Souleymane Diallo, dont certains pointent des manquements ?
Pour être honnête, cette nomination ne m’a pas surpris. J’avais déjà alerté sur ce type de situation à travers mes prises de parole, notamment pour sensibiliser les acteurs du football et les jeunes entraîneurs. Le problème ici dépasse une personne. Il s’agit avant tout du respect des critères et des standards techniques qui doivent encadrer des postes aussi stratégiques que celui de Directeur technique national. Aujourd’hui, lorsqu’on analyse objectivement les exigences du métier, il apparaît clairement que tous les critères ne sont pas réunis pour occuper une telle fonction. Le poste de Dtn demande un très haut niveau de qualification, d’expertise et de légitimité, notamment à travers les diplômes d’entraîneur reconnus au niveau international. Dans les grandes fédérations, il est établi qu’un instructeur doit au minimum être titulaire de la Licence A. Or, lorsque ces bases ne sont pas respectées, cela fragilise toute la chaîne de formation. Le football repose sur une hiérarchie claire de diplômes : Licence C, B, A et Pro. Il n’existe pas d’alternative à ce parcours. C’est cette rigueur qui garantit la qualité, la crédibilité et le développement du football. Mon inquiétude est simple : si nous ne respectons pas ces exigences, nous risquons de compromettre durablement la formation des entraîneurs et, par conséquent, l’avenir de notre football.
Dans ce cas, selon vous, qui est réellement habilité à être Directeur technique national ?
Le poste de Directeur technique national ne s’improvise pas. Il répond à des critères précis, reconnus au niveau international, et qui garantissent la qualité du pilotage technique d’un football national. On peut identifier plus de vingt critères essentiels, répartis en plusieurs domaines : les qualifications, les compétences personnelles, les compétences sociales et les compétences managériales. D’abord, sur le plan des qualifications, il est fondamental d’être titulaire au minimum d’une Licence A, voire d’une Licence Pro. C’est une base incontournable pour comprendre et structurer le développement technique. À cela s’ajoute idéalement une expérience en tant qu’ancien joueur ayant évolué dans un environnement professionnel, car le vécu du terrain reste un atout important. Ensuite, il y a les compétences personnelles : la vision, la rigueur, la capacité d’analyse et la cohérence dans les décisions. Un Dtn doit être capable de définir une véritable politique technique sur le long terme. Les compétences sociales sont tout aussi importantes. Il doit savoir communiquer, fédérer, transmettre. Enfin, les compétences managériales sont essentielles. Un Directeur technique national dirige, organise et encadre toute une structure.
Une hiérarchie avec un Dtn adjoint a été aussi évoquée. Qu’en pensez-vous ?
Dans une organisation sérieuse, la hiérarchisation de la Direction technique doit être définie dès le départ. Créer un poste de “directeur technique adjoint” n’a aucun fondement dans les standards internationaux du football. Soyons clairs : soit ce poste est créé pour des raisons politiques, soit pour caser quelqu’un. Dans les deux cas, cela nuit à la crédibilité et à l’efficacité du système. Une Direction technique moderne repose sur une structure claire, organisée autour de trois grands départements : administratif, Éducation, Développement
Ces départements peuvent contenir des sous-structures, mais ils doivent répondre à une logique technique et non à des arrangements.
À ce rythme, peut-on espérer un avenir radieux pour le football sénégalais ?
Un avenir radieux pour le football local, je ne pense pas, à ce rythme où les coachs sont sans information dans une Direction technique clandestine dirigée par des gens sans qualification ni programme.
Parlons d'une autre actualité ! Que vous inspire le litige entre la Fsf, la Caf et la Frmf ?
Franchement, cette décision montre ce que beaucoup savent mais n’osent pas dire : le football africain souffre d’un manque de leadership et de responsabilité. Diriger la Confédération africaine de football, c’est bien plus que signer des papiers ou appliquer des règlements obsolètes. C’est avoir la vision, la rigueur et la pertinence pour anticiper les problèmes, encadrer les équipes, et moderniser nos textes pour que de tels scandales ne se reproduisent plus. Aujourd’hui, on voit que certains dirigeants préfèrent se cacher derrière des règlements dépassés plutôt que de prendre leurs responsabilités. Le résultat ? Des titres perdus, une image ternie, et des talents frustrés. Le football africain mérite mieux : des dirigeants courageux, capables de réformer, d’innover et de diriger avec intelligence. C’est ça, le vrai rôle d’un leader.











