C’est sûr : Senghor est en train de retourner dans sa tombe. Sous son magistère, cela ne serait certainement jamais arrivé. Le Directeur des Ressources humaines d’une association aussi soliden cruciale et liquide que l’Agence de gestion des routes (Ageroute) a fait face à la presse pour s’en prendre directement au Directeur général nommé il y a 5 mois environ. En effet, Cheikh Ahmed Tidiane Thiam, lors d’une rencontre avec la presse, mercredi 13 mai 2026, a vertement critiqué la gestion de Moustapha Fall. Si la forme est à déplorer, le fond mérite des investigations. En effet, ses propos dessinent le portrait d’une agence «au bord du gouffre» où la gestion des moyens et des hommes serait devenue arbitraire.
Aussi loin que pointent les archives, c’est la première fois que cela arrive. Ni sous le magistère de Léopold Sédar Senghor (1960-1980), ni celui de Abdou Diouf (1980-2000), ni celui de Abdoulaye Wade (2000-2012) encore moins celui de Macky Sall (2012-2024), il ne serait venu à l’idée d’un Directeur des Ressources humaines de faire une sortie publique pour dénoncer la gestion de son Direcdteur général. C’est pourtant ce qui est arrivé avant-hier mercredi 13 mai. Le Directeur des Ressources humaines de l’Agence de gestion des routes (Ageroute) a rencontré la presse pour dénoncer la gestion du Directeur général Moustapha Fall. Le Directeur des Ressources humaines, encore en fonction, est allé jusqu’à divulguer des actes de gestion de la boîte par son ancien subordonné devenu son patron.
Les dénonciations tout aussi graves sil elles sont vraies
Au centre des dénonciations figure la question hautement symbolique du patrimoine roulant de l’agence. Le Drh a fustigé l’usage immodéré de ressources publiques pour le confort de la Direction. Il a ainsi affirmé que « le Directeur général dispose de deux V8, dont un à usage familial », précisant même que l'un de ces véhicules de luxe « amène parfois son enfant à l'école ». Pour l'intervenant, cette situation est d'autant plus inacceptable que le Dg « perçoit une indemnité forfaitaire mensuelle, alors que normalement il n'a plus droit à une voiture ». Ces révélations mettent en lumière une résistance présumée aux décrets récents visant à supprimer les voitures de fonction pour les remplacer par des indemnités, une réforme clé du président Bassirou Diomaye Faye.
Des anomalies financières et contractuelles de grande ampleur
Cheikh Ahmed Tidiane Thiam a évoqué aussi un protocole financier se chiffrant à 4 milliards de francs Cfa, un montant astronomique qui aurait été engagé dans des conditions opaques. Selon lui, ce document aurait été « signé sans avoir reçu l'aval préalable du ministère de tutelle », court-circuitant ainsi les mécanismes de contrôle indispensables à la transparence des marchés publics. Cette façon de faire démontre une gestion autonome et risquée des deniers de l’État au sein d'une structure qui est pourtant le principal maître d'ouvrage des infrastructures routières du pays, dit-il.
Un management humain qualifié de déshumanisé
La gestion du personnel constitue le troisième pilier de cette charge médiatique. En sa qualité de responsable des Rh, M. Thiam a décrit un climat délétère marqué par ce qu’il nomme « des dérives managériales et des violations flagrantes ». Il a notamment critiqué le sort réservé à certains cadres régionaux, affirmant que des directeurs se sont retrouvés « sans affectation officielle ni note de service pendant plusieurs mois ». Ces mesures sont perçues comme une forme de marginalisation injustifiée de cadres « compétents et intègres », au profit d'un système de nomination basé sur d'autres critères que l'excellence professionnelle.
L’impératif de reddition de comptes
Enfin, l'affaire prend une tournure légale avec le rappel des obligations de transparence. Le Drh a martelé que le respect des délais pour la déclaration de patrimoine était impératif, notant que les échéances du 27 mars 2026 sont désormais dépassées. En déclarant qu'à « situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle », Cheikh Ahmed Tidiane Thiam assume sa posture de lanceur d'alerte.
Ces révélations s'inscrivent dans un contexte de fortes tensions internes au sein de l’Ageroute. Le Drh y dénonce des pratiques qu’il juge contraires aux règles de bonne gouvernance et à la gestion rigoureuse des ressources publiques.
Samba THIAM












