Le Réseau des cadres du mouvement Sénégal Bi Ñu Bokk est monté au créneau pour exprimer ses vives inquiétudes face aux récentes opérations d’endettement de l’État du Sénégal. Dans un communiqué rendu public, ses membres alertent sur des pratiques financières jugées « complexes, coûteuses et insuffisamment transparentes », susceptibles, selon eux, de compromettre la stabilité économique du pays.
Au cœur de la controverse, une levée de fonds estimée à près de 650 millions d’euros en 2025 auprès d’institutions financières internationales. Le Réseau des cadres souligne que « ces financements auraient été structurés à travers des instruments peu courants pour un État, notamment des ‘’total Return Swaps’’, généralement utilisés dans des contextes de tensions de trésorerie ». Une orientation qui, à leurs yeux, traduit une situation financière plus fragile qu’annoncée. Selon eux, derrière la technicité de ces montages, les cadres du mouvement évoquent une réalité préoccupante. « Le Sénégal aurait mobilisé ses propres obligations souveraines pour obtenir des liquidités immédiates, dans des conditions qui restent largement inconnues du public comme des investisseurs. Le problème n’est pas la hiérarchie entre créanciers, qui est normale en finance, mais l’absence totale de visibilité sur les engagements pris », martèle le communiqué.
Une crédibilité financière en jeu
Cette « opacité » pourrait, selon le Réseau des cadres, « affecter la confiance des marchés ». En effet, « les détenteurs actuels de titres sénégalais ignorent si leur position a été modifiée ou fragilisée par ces nouveaux accords ». Une incertitude jugée « dangereuse » dans un environnement financier international où la transparence constitue un pilier fondamental. Les auteurs du texte attirent également l’attention sur le coût potentiel de ces opérations. Ils évoquent des mécanismes de décote ou de garanties excessives, qui auraient conduit l’État à engager davantage d’actifs que les liquidités réellement obtenues. « Cela revient à payer très cher une solution d’urgence », dénoncent-ils, pointant un risque d’alourdissement durable de la dette.
Des risques à moyen terme
Au-delà du coût immédiat, le Réseau des cadres met en garde contre « les pénalités associées à ces accords, notamment à l’horizon 2028 ». En cas de difficultés de remboursement, le Sénégal pourrait être exposé à une « cascade de pénalités financières » difficilement soutenable. Cette situation est d’autant plus préoccupante, selon eux, qu’elle intervient dans un contexte de discussions avec les partenaires techniques et financiers, notamment le Fonds monétaire international. « Tout manque de transparence pourrait fragiliser ces relations et renchérir les conditions d’accès au financement extérieur », alerte le réseau dans son communiqué de mise au point. Les cadres de Sénégal Bi Ñu Bokk élargissent également leur analyse à l’échelle sous-régionale. Dans l’espace Uemoa, rappellent-ils, la perception du risque souverain d’un pays majeur comme le Sénégal peut influencer l’ensemble de la zone. « Toute zone d’ombre sur notre dette est susceptible d’impacter la confiance des investisseurs dans toute la région », préviennent-ils.
Un appel à la transparence
Face à ce qu’ils considèrent comme un « mur de dette » entre 2026 et 2028, les signataires du communiqué estiment que « la multiplication de montages financiers complexes pourrait aggraver la situation budgétaire du pays ». Ils dénoncent enfin une contradiction politique, rappelant que « les autorités actuelles avaient fait de la transparence sur la dette un axe majeur de leur discours à leur arrivée au pouvoir ».
En somme, le Réseau des cadres de Sénégal Bi Ñu Bokk formule plusieurs exigences. « La publication intégrale des termes des opérations d’endettement, la clarification des garanties engagées, la transparence sur leur coût réel, ainsi que l’information complète de l’Assemblée nationale et des citoyens », avant de préciser que « l’avenir économique du Sénégal ne peut être engagé dans l’ombre », conclut le communiqué, insistant sur le droit du peuple sénégalais à être pleinement informé sur la gestion de la dette publique.
Fatou DIOP












