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DÉMARRAGE ET OUVERTURE TARDIVE DU MARCHÉ FLAMBANT NEUF TILÈNE DE ZIGUINCHOR : Les commerçants montent au créneau et interpellent l’Etat




 
 
 
Sept ans après l’incendie qui a ravagé une partie du marché Tilène, à Ziguinchor, les commerçants sinistrés continuent de vivre et de travailler dans des conditions indignes. Malgré la reconstruction achevée depuis des mois, l’infrastructure reste close, alimentant frustration, désespoir et mobilisation. Samedi 12 juillet, un nouveau cri du cœur a retenti : les vendeurs exigent l’ouverture immédiate du marché et une reconnaissance de leurs souffrances accumulées.
 
Ziguinchor, 12 juillet 2025, le soleil est haut dans le ciel, mais c’est un vent de colère qui souffle sur les abords du marché Tilène. Devant les grilles fermées de cette structure flambant neuve, commerçants, jeunes vendeurs, mères de famille et représentants du collectif des sinistrés crient leur ras-le-bol. Sept ans, jour pour jour, après le drame du 11 août 2018, ils réclament justice, dignité et la réouverture sans délai de leur lieu de travail, reconstruit mais toujours inaccessible.
Le 11 août 2018, un violent incendie avait consumé une large partie du marché Tilène, le deuxième plus important de Ziguinchor. Plus de 600 cantines détruites, des pertes estimées à plus d’un milliard de francs Cfa et 615 commerçants brutalement jetés à la rue. L’émotion avait été vive, les promesses officielles immédiates : reconstruction rapide, relogement provisoire, soutien aux sinistrés. Mais, depuis, ces promesses sont restées lettre morte pour beaucoup. « Cela fait sept ans que nous vivons dans la rue », dénonce Ousmane Faye, surnommé « Boy Sérère », président du collectif des commerçants. Sa voix tremble de fatigue et de colère. « On nous avait promis un délai de sept mois pour reconstruire le marché. Aujourd’hui, sept ans après, nous sommes toujours à la belle étoile. »
Autour de lui, les slogans fusent, « Justice pour Tilène », « Dignité pour les commerçants », « Libérez le marché ». La scène ressemble à une manifestation de trop, mais elle témoigne d’un ras-le-bol grandissant. Car selon les commerçants, le chantier est terminé. Les bâtiments sont debout, les étals installés, les allées dallées. Mais les grilles restent fermées, les clefs du marché introuvables dans les méandres administratifs.
 
 
Une précarité insoutenable
 
 
 
Depuis sept ans, les commerçants vendent comme ils peuvent aux abords du marché. Par tous les temps, sous le soleil brûlant ou dans la boue des pluies d’hivernage, ils improvisent leurs étals, reconstruisent des abris de fortune après chaque tempête. Les pertes économiques sont récurrentes, les conditions de sécurité inexistantes. « Les femmes commerçantes sont les plus touchées », alerte Ami Diop Ndiaye, présidente des femmes du marché. « Nous sommes épuisées. Depuis décembre dernier, nous avons même été déplacées de nos emplacements devant les maisons. Certaines passent des semaines sans pouvoir vendre. » Installées dans un ravin, certaines femmes se retrouvent avec de l’eau jusqu’aux genoux pendant la saison des pluies. Leurs produits pourrissent, leurs abris s’effondrent, leur dignité s’érode.
 
 
 
Un marché stratégique à l’arrêt
 
 
 
Le marché Tilène ne se résume pas à une structure de vente. C’est un nœud économique régional, un pôle commercial incontournable de la Casamance. Sa fermeture prolongée a entraîné des conséquences en cascade : congestion des autres marchés comme Boucotte, Banéto ou Grand-Dakar, hausse de l’insécurité, baisse des recettes fiscales locales, désorganisation des circuits d’approvisionnement. « Tilène, c’est le marché de toute la région. Son blocage pénalise toute l’économie locale », souligne Ousmane Faye. Il alerte aussi sur l’état critique des autres structures : « Le marché Saint-Maur de Boucotte est une poudrière. Celui de Banéto est en ruine. Nous avons besoin de l’ouverture de Tilène pour relâcher la pression. »
 
 
 
Un appel aux autorités nationales
 
 
 
Le samedi 12 juillet, lors de leur nouveau rassemblement, les commerçants ont solennellement interpellé les plus hautes autorités de l’État. Le Président Bassirou Diomaye Faye, le Premier ministre Ousmane Sonko, le ministre du Commerce, le maire de Ziguinchor… Tous ont été appelés à sortir de leur silence. « Nous ne voulons plus de discours. Nous voulons les clés », martèle Ousmane Faye. « Il n’y a plus rien qui justifie cette attente. Si le marché est terminé, ouvrez-le ! » Selon les commerçants, seule une inertie administrative ou un blocage politique pourrait expliquer ce retard. Ils exigent non seulement l’ouverture immédiate, mais aussi des compensations pour les pertes subies depuis 2018, ainsi qu’un recasement digne pour ceux qui ne retrouveraient pas leur place à l’intérieur.
 
 
 
Une urgence sociale et économique
 
 
 
À travers cette mobilisation, les commerçants de Tilène ne défendent pas seulement leurs intérêts individuels. Ils plaident pour une vision plus large : celle d’un redressement économique par la valorisation des infrastructures commerciales. « Ouvrir le marché, c’est recréer de l’emploi, sécuriser les échanges, attirer les clients, augmenter les recettes de la mairie. Tout le monde y gagne », affirme M. Faye.
Aujourd’hui, sept ans après les flammes, les cendres du marché Tilène ne brûlent plus, mais la colère, elle, est bien vivante. La réouverture du marché n’est plus une option : c’est une urgence sociale, une exigence de justice et une condition pour que les acteurs économiques retrouvent leur dignité et leur autonomie.
Le message des commerçants est clair : ils ne peuvent plus attendre.
Baye Modou SARR
 
 
 
 
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