Le maire de la commune de la Médina, Bamba Fall, est monté au créneau contre le pouvoir lors du meeting organisé par les femmes de la Nouvelle Vision de la Médina. Face à une foule acquise à sa cause, l’édile de la Médina a livré une lecture politique explosive du projet de modification des articles L29 et L30 du Code électoral, actuellement au cœur du débat politique national.
Dans un discours offensif et ponctué de révélations, Bamba Fall a accusé le régime du Président Bassirou Diomaye Faye de manœuvrer autour de cette réforme pour des intérêts politiques précis, tout en mettant en garde contre les conséquences qu’elle pourrait produire sur la scène politique nationale, notamment à Dakar. Devant des militants chauffés à blanc, le maire de la Médina a d’abord dénoncé ce qu’il considère comme « une dérive politique alimentée par des contrevérités et des règlements de comptes internes au sein du pouvoir », dit-il d’emblée. « Si vous racontez des contrevérités au point de se voir éjecter du bureau exécutif de son parti et du palais présidentiel, c’est honteux », a-t-il déclaré, dans une allusion qui a suscité de nombreuses réactions parmi les militants présents, en réponse à Ousseynou Ly, responsable de Pastef Médina limogé récemment du poste de porte-parole de la présidence de la République.
Sans citer directement de nom, Bamba Fall a laissé entendre que « certaines tensions internes au sommet de l’État seraient liées aux débats actuels autour de la réforme électorale et aux repositionnements politiques en cours dans la perspective des prochaines échéances électorales ». Le maire de la Médina s’est ensuite attaqué à la question d’une éventuelle délégation spéciale à la mairie de Dakar, une hypothèse agitée depuis plusieurs semaines dans les rangs de l’opposition. Selon lui, certains responsables proches du pouvoir évoqueront cette possibilité par crainte des conséquences politiques de la nouvelle loi en discussion. « Comme il y a certains qui ont la peur au ventre au point de parler de délégation spéciale… », a-t-il lancé avant d’enchaîner avec une phrase qui a provoqué les applaudissements et les éclats de voix. « Que Dieu nous épargne de l’Aser qui est une malédiction ». Par cette déclaration, Bamba Fall a clairement affiché son rejet « de toute perspective de mise sous tutelle de la mairie de Dakar ou de nomination administrative qui viendrait remplacer des exécutifs élus ». Mais c’est surtout sur le contenu même de la réforme électorale que le maire de la Médina a livré les déclarations les plus marquantes.
Dans une prise de parole particulièrement suivie, Bamba Fall a affirmé que la modification des articles L29 et L30 du Code électoral pourrait bouleverser totalement les équilibres politiques actuels, notamment dans la capitale. « Je vous dis, prions que cette nouvelle loi votée à l’Assemblée nationale ne passe pas », a-t-il déclaré. Selon lui, « les conséquences seraient majeures si le texte était définitivement adopté. Ça sera l’hécatombe si cette loi passe », a averti le maire de la Médina. Dans son analyse, « cette réforme profiterait directement au Premier ministre Ousmane Sonko et aurait des effets immédiats sur certaines figures politiques jusque-là écartées de certaines fonctions électives. Si elle passe, c’est à l’avantage de Sonko mais pas de celui de l’actuel maire de la ville de Dakar », a-t-il affirmé devant les militants.
Le maire de la Médina a ensuite avancé ce qu’il présente comme l’une des conséquences majeures de cette réforme, « le retour politique de Barthélemy Dias ». Selon Bamba Fall, le caractère rétroactif du texte pourrait permettre à Barthélemy Dias de retrouver ses anciennes fonctions. « Elle est rétroactive. Elle prend aussi en compte Barthélemy Dias. Du coup, Barthélemy Dias retourne à la mairie de ville et à l’Assemblée nationale comme député », a-t-il déclaré.
À travers cette sortie, Bamba Fall laisse entendre que la bataille autour de la réforme du Code électoral dépasse largement le simple cadre juridique et s’inscrit dans une lutte politique autour du contrôle de Dakar et des grandes collectivités locales du pays. « C’est précisément cette éventualité qui pousserait certains responsables à accélérer les discussions autour d’une délégation spéciale. C’est la raison pour laquelle ils s’empressent de parler de délégation spéciale », a-t-il soutenu. « Le pouvoir chercherait à anticiper les effets politiques d’une éventuelle validation de la réforme électorale » fait-il savoir.
Toutefois, Bamba Fall s’est voulu offensif et confiant quant à l’avenir politique de l’opposition. Devant ses partisans, il a promis une reconquête électorale d’envergure lors des prochaines consultations locales. « En tout état de cause, je vous promets que l’opposition récupérera les 19 communes de la ville de Dakar ainsi que les grandes villes et communes de l’intérieur du pays », a-t-il affirmé avec assurance. Pour appuyer cette conviction, l’édile de la Médina a cité les récentes élections des conseils de la jeunesse, qu’il considère comme un signal fort du rejet du régime par une partie de la population. « Les élections des conseils de la jeunesse en sont une parfaite illustration », a-t-il déclaré.
Cette sortie intervient dans un contexte politique déjà tendu autour de la proposition de loi modifiant les articles L29 et L30 du Code électoral. Un texte qui continue de provoquer de vives controverses entre pouvoir et opposition, chacun y voyant des implications politiques majeures à l’approche des futures échéances électorales.
Fatou DIOP












