Le débat s’installe durablement dans l’espace public sénégalais. Depuis plusieurs mois, l’éventualité d’une candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations-Unies alimente discussions et prises de position. L’hypothèse a pris une tournure officielle avec la lettre adressée le 5 février 2026 au président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, sollicitant son soutien.
Dans une correspondance rendue publique, plusieurs organisations de la société civile, centrales syndicales et partis politiques demandent solennellement au chef de l’État et à son gouvernement d’appuyer cette candidature. Pour les signataires, l’enjeu dépasse largement les clivages partisans, mais il s’agit d’une «cause nationale».
Un appel au dépassement des clivages politiques
«Soutenir Macky Sall, ce n’est pas soutenir un camp politique, mais soutenir le Sénégal et l’Afrique», écrivent les organisations dans leur lettre adressée au Président Faye. Elles estiment que le poste de secrétaire général des Nations-Unies, «le plus haut et le plus prestigieux rang diplomatique mondial», représente une opportunité historique pour le pays.
Parmi les signataires figurent notamment Afrikajom Center, représenté par son président Alioune Tine; la Confédération nationale des Travailleurs du Sénégal (Cnts) dirigée par Mody Guiro; la Cnts/Force du Changement conduite par Cheikh Diop; la Confédération des syndicats autonomes du Sénégal (Csa) avec Elimane Diouf; l’Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (Unsas) représentée par Marie Yvette Keita; le Cadre unitaire des centrales syndicales (Cucs) coordonné par Ndèye Bakhaw Ndiongue; la Fédération des enseignants du Sénégal (Feder) avec Papa Ndiaga Niang ainsi que le Front pour la défense de la démocratie et de la République (Fdr) coordonné par Oumar Sarr. En unissant leurs voix, ces structures affirment vouloir inscrire le débat sur le terrain de l’intérêt supérieur de la nation.
Un enjeu de prestige et de soft power
Dans le document de motivation joint à leur demande, les organisations développent plusieurs arguments. Elles considèrent qu’«avoir un Sénégalais à la tête des Nations-Unies constituerait un immense prestige diplomatique et historique, mais aussi un levier d’influence durable». À leurs yeux, «un secrétaire général sénégalais renforcerait le soft power du pays et offrirait un atout stratégique pour plusieurs années. Le Sénégal, déjà perçu comme un pays de dialogue et un médiateur crédible sur le continent, verrait sa position consolidée sur l’échiquier international», tentent-ils de convaincre le Président Diomaye Faye qui a, depuis ce jour, choisi le mutisme dans ce dossier. Mais les signataires estiment qu’«un tel leadership pourrait transformer Dakar en hub diplomatique majeur, capable de peser davantage dans les négociations internationales, qu’il s’agisse de paix et sécurité, de climat ou de développement», lit-on dans les documents exploités.
Un levier pour le développement national
L’argumentaire met également en avant les retombées potentielles pour le développement du pays. Selon les « avocats» de la candidature de Macky Sall auprès du Président Diomaye Faye, «l’élection d’un Sénégalais au poste de secrétaire général favoriserait une meilleure visibilité des grands projets nationaux, faciliterait l’accès aux financements multilatéraux et renforcerait le soutien aux priorités stratégiques du Sénégal». Ils précisent qu’il ne s’agirait nullement de favoritisme, mais d’un effet indirect d’image et de crédibilité. «Tous les pays qui ont eu un secrétaire général ont bénéficié, à des degrés divers, de cette visibilité accrue», soutiennent-elles.
Un test de maturité politique pour le Président Faye
Au-delà de la dimension internationale, la coalition place le Président Bassirou Diomaye Faye face à un choix symbolique. Soutenir la candidature de son prédécesseur, «malgré les divergences politiques, enverrait un message fort de maturité démocratique». Un tel geste confirmerait, écrivent les signataires, que «l’intérêt national prime sur les querelles partisanes et renforcerait l’image d’homme d’État du chef de l’État sur la scène internationale. Il prolongerait également l’image positive laissée par l’alternance pacifique de mars 2024, saluée à travers le monde», plaident-ils et d’évoquer aussi le rôle du Premier ministre Ousmane Sonko, président du parti Pastef, estimant qu’«un soutien conjoint de l’exécutif consacrerait la continuité de l’État et la primauté des institutions».
Une fierté nationale et continentale
Les organisations signataires vont plus loin pour comparer «l’impact symbolique d’une telle élection aux grandes victoires sportives nationales, évoquant le sentiment de fierté suscité par les succès à la Coupe d’Afrique des nations». À leurs yeux, «voir un Sénégalais accéder à la tête des Nations-Unies renforcerait la cohésion nationale, inspirerait la jeunesse et consacrerait le génie sénégalais sur la scène mondiale». Ils soulignent également la dimension africaine de la candidature. «Le continent pourrait accéder à son troisième secrétaire général, et le monde à son premier titulaire francophone et musulman à ce poste. Le Sénégal, fort de sa tradition diplomatique et de sa neutralité reconnue, serait un porte-étendard crédible pour l’Afrique» attestent-ils.
Un capital d’expérience à valoriser
Enfin, les signataires insistent sur l’expérience accumulée par Macky Sall au cours de ses années à la tête du pays et de ses responsabilités internationales, notamment au sein d’organisations régionales et continentales. Ils estiment qu’«un tel capital diplomatique serait un atout majeur pour diriger l’organisation mondiale dans un contexte international marqué par les crises sécuritaires, climatiques et économiques».
Toutefois, la coalition dit nourrir «l’espoir que le Président Bassirou Diomaye Faye accédera à cette demande et apportera un soutien officiel à la candidature», conclut le texte.
Fatou DIOP












