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Le Sénégal a enchaîné trois révisions exceptionnelles de son fichier électoral en deux années environ. D’abord pour les élections municipales qui se sont tenues en janvier 2022, puis les législatives du 31 juillet et enfin celle programmée pour la prochaine présidentielle qui aura lieu le 25 février 2024. Si l’on compare les délais des ces trois révisions exceptionnelles, les 30 jours retenus par le Président à travers son décret pour la tenue de la prochaine présidentielle sont relativement justes, selon certains acteurs politiques et experts électoraux.
Le décret fixant les délais de la révision exceptionnelle des listes électorales en vue de l’élection présidentielle de 2024 a été publié ce 9 mars. Le Président Macky Sall a retenu ainsi la période du 6 avril au 6 mais 2023 pour un toilettage du fichier électoral en vue de la prochaine présidentielle de 2024. Un délai qui a suscité quelques interrogations chez certains experts électoraux et des acteurs politiques.
Ndiaga Sylla a été l’un des premier à évoquer le sujet sur sa page Facebook. L’expert électoral s’est d’abord demandé le pourquoi de ce délai très court pour une élection aussi importante que la présidentielle. Et ensuite, quel est « précisément le délai (15 jours ou 72 heures) dont dispose l’électeur pour la saisine du président du Tribunal d’Instance dans le cadre du contentieux prévu à l’article 12 du décret précité ? ».
Alioune Souaré : «j’estime que le délai d’un mois est extrêmement court»
Quelques heures après, la coalition Yewwi Askan Wi, lors de son point de presse et à travers Déthié Fall, a encore relevé la justesse de la période définie pour la révision exceptionnelle des listes électorales. Si Ndiaga Sylla s’est limité à un questionnement, Déthié Fall lui accuse ouvertement le Président Macky Sall de vouloir éliminer les primo votants qui ont manifestement choisi le camp de l’opposition.
Alioune Souaré lui se désole d’abord que l’on ne respecte pas du tout les révisions annuelles des listes électorales. Et pire encore, pour une élection aussi décisive que la présidentielle, l’on fixe juste un délai d’un mois pour la révision du fichier électoral. Pour l’ancien député, il est clair qu’il y aura des répercussions sur le résultat. «Entre les demandes d’inscriptions, les modifications, les changements de statuts et tout ce qui suit, j’estime que le délai d’un mois est extrêmement court», renseigne-t-il. Avant d’enchaîner : «si la révision annuelle prévue par la loi peut durer 6 mois, la révision exceptionnelle qui précède les élections devrait durer elle aussi 6 mois ou plus ».
Déthié Faye : «on aurait pu éviter ce délai court s’il avait programmé ladite révision en janvier»
Embouchant la même trompette, Déthié Faye des non-alignés parle lui aussi de délai court et développe. «Il est vrai que le délai pour la révision exceptionnelle en vue des élections législatives était moins d’un mois, mais il faut noter que quelques mois auparavant, une révision exceptionnelle en vue des élections municipales s’est opérée entre le 31 juillet et le 14 septembre 2021. Donc c’est normal que la révision exceptionnelle pour les législatives qui devait a priori prendre plus en compte les primo votants ne dure que du 7 au 31 mars 2022», explique Déthié Faye.
Si l’on en croit M. Faye, «entre la dernière révision du fichier électoral et maintenant, c’est une durée assez longue ; donc les concernés sont plus importants. Il n’y a pas que les primo votants à prendre en compte», dit-il. Le plénipotentiaire des non-alignés pense que l’on aurait dû avoir un délai plus large, mais il aurait fallu que ladite révision soit programmée plutôt. «Il est vrai que la fixation de la date de la révision exceptionnelle des listes électorales relève du pouvoir discrétionnaire du président de la République, mais il aurait pu éviter ce délai jugé court par tout le monde s’il avait programmé ladite révision au mois de janvier 2023. Cela aurait pu donner le temps aux acteurs de sensibiliser leurs militants pour les inscriptions, mais aussi à l’administration chargée de gérer les modalité », renseigne Déthié Faye qui précise encore une fois que les enrôlements ne dureront pas 30 jours puisque la période des contentieux est prévue dans le délai du 6 avril au 6 mai.
Ndèye Khady DIOUF