Lors du Conseil des ministres de ce mercredi, le Premier ministre Ousmane Sonko a livré une communication stratégique et structurante, plaçant le logement social et l’investissement immobilier au cœur de l’Agenda national de Transformation, Sénégal 2050. Face à un déficit chronique de logements et à une urbanisation rapide souvent mal maîtrisée, le chef du Gouvernement a décliné une série d’orientations majeures, annonçant des réformes profondes destinées à refonder durablement la filière du logement au Sénégal.
D’emblée, le Premier ministre a souligné que la filière du logement social constitue l’un des secteurs à plus fort effet d’entraînement sur l’économie nationale. Dans la vision portée par Sénégal 2050, le logement n’est plus perçu comme un simple bien de consommation, mais comme un instrument structurant de compétitivité économique, de cohésion sociale et d’aménagement équilibré du territoire.
Un diagnostic sans complaisance du déficit de logements
Le Premier ministre a mis en exergue le déficit structurel de logements, alimenté par un déséquilibre persistant entre l’offre et la demande, une urbanisation galopante et des inégalités profondes dans l’accès au logement et aux services urbains. Selon lui, la production de logements formels reste largement concentrée entre Dakar et Thiès, laissant de vastes régions en marge des politiques publiques de l’habitat. À cela s’ajoutent des contraintes majeures qui freinent l’essor du secteur : difficultés d’accès au foncier pour les promoteurs privés, les coopératives et les opérateurs publics, lenteurs administratives, insuffisance de financements adaptés et durables, faible accompagnement des coopératives d’habitat et des promoteurs privés, marginalisation des acteurs du secteur informel et prise en charge insuffisante de certaines catégories sociales, notamment des fonctionnaires. Face à ces constats, le Chef du Gouvernement a appelé à la définition urgente d’une véritable Stratégie nationale du logement, adossée à la nouvelle politique de l’habitat. Cette stratégie devra reposer sur des piliers clairs, «sécurisation foncière, législation adaptée, mécanismes de financement durables et équité sociale et territoriale dans l’accès au logement», lit-on dans le communiqué.
Pour Ousmane Sonko, «il ne s’agit plus d’ajuster à la marge», mais «de neutraliser les goulots d’étranglement qui paralysent la filière». Il a pointé notamment «l’accès au foncier, les lenteurs dans les procédures administratives et les limites du modèle financier dominant, largement fondé sur le crédit hypothécaire bancaire, peu accessible à une grande partie des ménages». C’est dans ce contexte qu’il a annoncé des réformes structurantes, dont le projet emblématique des «Cités de la Transformation», appelé à incarner un nouveau modèle d’habitat, «inclusif, productif, intégré aux pôles territoriaux et capable de générer de l’activité économique locale».
Réorganiser l’aménagement urbain et renforcer les institutions
Le Premier ministre a demandé l’élaboration du Schéma d’Aménagement et d’Urbanisme du Grand Dakar (SAUDAK), outil stratégique destiné à mieux encadrer la croissance de la capitale et de sa périphérie. Il a également instruit l’accélération du Plan d’Aménagement intégré couvrant la Nouvelle Ville de Thiès, la ZAC de Thiès et le Pôle urbain de Daga Kholpa, considérés comme des espaces clés pour la déconcentration urbaine et le développement de nouveaux pôles d’habitat. Le Chef du Gouvernement a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités d’intervention de la SAFRU, d’accélérer la mise en œuvre du programme de logements sociaux en s’appuyant fortement sur l’auto-construction encadrée, de redynamiser les coopératives d’habitat et de renforcer de manière significative les moyens institutionnels du Bureau d’assistance aux collectivités pour l’habitat social (Bahso).
La Diaspora, nouvel acteur stratégique de l’immobilier
La communication du Premier ministre a également porté sur un levier stratégique : «la mobilisation de la Diaspora sénégalaise au service de l’investissement immobilier». A cet effet, Sonko a évoqué la création d’un Fonds Immobilier de la Diaspora-Sénégal. Le Chef du Gouvernement a rappelé que les transferts de fonds de la Diaspora représentent près de 10% du Pib, soit environ 2200 milliards de F Cfa par an, principalement orientés vers la consommation. L’ambition affichée est désormais de transformer une partie de ces flux en investissements productifs et durables. Parlant du concept de Fonds commun de placement immobilier – Diaspora Sénégal (Fcpi-DS), qui viserait à financer des projets immobiliers locatifs, Sonko a indiqué que ce mécanisme permettrait de générer des revenus réguliers pour les familles, de constituer un patrimoine durable pour les Sénégalais de l’extérieur et de soutenir le développement du secteur immobilier national, sans recourir à l’endettement public.
Fatou DIOP












