Confronté à une avalanche de critiques après l'élimination du Sénégal de la Coupe du monde 2026 et la sortie médiatique du secrétaire général de la Fsf, Abdoulaye Saydou Sow, le président de la Fédération sénégalaise de football a rompu le silence. Durant plus de trois heures, Abdoulaye Fall a livré sa part de vérité sur les dysfonctionnements qui ont miné la préparation et la participation des Lions. Encadrement médical, choix logistiques, préparation, responsabilités du staff technique… Le président fédéral n'a éludé aucun sujet.
Comme annoncé, Abdoulaye Fall a fait face à la presse pour donner sa position sur la débâcle des Lions et les responsabilités. «J'ai jugé nécessaire de venir devant vous parce que beaucoup de choses ont été dites. Certaines sont vraies, d'autres sont complètement fausses. Je ne suis pas venu accuser qui que ce soit. Je suis venu expliquer les faits. »
«Le docteur Fédior est gynécologue de formation»
Très attendu sur la composition du staff médical, Abdoulaye Fall a commencé par expliquer les raisons qui ont conduit la Fédération à recruter le docteur Jean-Marc Sène, médecin sénégalais exerçant en France et reconnu pour son expérience auprès des sélections françaises de rugby et de football féminin. Selon lui, cette décision répondait d'abord aux attentes exprimées par les cadres de la sélection nationale. «Le capitaine nous fait régulièrement remonter les préoccupations des joueurs avant les grandes compétitions. Parmi les demandes qui nous avaient été formulées figurait le renforcement de l'encadrement médical. Nous avons donc recherché un profil capable d'apporter une expertise supplémentaire», dit-il. Puis le président de la Fédération lâche une révélation surprenante. «En réalité, notre problème, c'est que le médecin titulaire n'avait pas le profil académique adapté pour suivre des sportifs de haut niveau. Je l'ai découvert tardivement. Le docteur Fédior est gynécologue de formation. Je ne remets pas en cause ses compétences de médecin, mais la médecine du sport est une spécialité à part entière».
Abdoulaye Fall poursuit en expliquant que plusieurs internationaux avaient fait part de leurs inquiétudes. « Avec les retours que nous avions eus, certains joueurs n'étaient pas totalement rassurés. La santé des joueurs passe avant toute autre considération. Nous avons donc décidé de renforcer le staff médical avec une compétence supplémentaire». Pour lui, cette décision n'était dirigée contre personne. «Il ne s'agissait pas d'humilier qui que ce soit. Notre seule préoccupation était le bien-être des joueurs», laisse-t-il entendre.
«Nous n'avons jamais reçu un programme complet de préparation»
Le président de la Fsf enchaîne ensuite sur un autre sujet sensible : la préparation du Mondial. Là encore, il ne cache pas sa déception. « Je vais être très clair. La Fédération n'a jamais reçu un programme complet de préparation de la part du staff technique. Habituellement, on reçoit un document détaillant les stages, les matchs amicaux, les besoins logistiques, les déplacements. Cette fois-ci, cela n'a pas été le cas». Face à cette situation, explique-t-il, la Fédération a dû prendre les devants.
«Nous avons commencé les discussions depuis plusieurs mois»
Abdoulaye Fall tient d'abord à rétablir ce qu'il considère comme la chronologie exacte des faits. «Beaucoup pensent que nous avons attendu la Coupe du monde pour discuter du contrat. C'est faux. Les échanges ont commencé plusieurs mois auparavant. Il y a eu plusieurs projets de contrat, plusieurs observations et plusieurs contre-propositions. Nous avons travaillé pendant des mois pour essayer de trouver un accord.» Ainsi, il précise que la Fédération a fait preuve de patience. «Chaque fois que nous recevions des remarques, nous reprenions le document. Nous pensions avancer vers un compromis. Mais, à chaque étape, de nouvelles exigences apparaissaient». Le président révèle que certaines clauses proposées par le sélectionneur posaient de sérieuses difficultés. «Il y avait notamment une disposition prévoyant que son salaire évolue automatiquement en fonction de l'inflation. Nous avons estimé que cette clause n'était pas compatible avec les règles de gestion de la Fédération. Nous ne pouvions pas accepter une telle instabilité financière», souligne-t-il.
«Même le président de la République est intervenu»
Le président de la Fédération raconte ensuite comment les discussions ont fini par dépasser le seul cadre fédéral. Compte tenu des implications financières du contrat, le ministère des Sports a été associé aux négociations. «La rémunération du sélectionneur relève de l'État. J'ai donc demandé à Pape Thiaw de poursuivre les discussions avec Madame la ministre des Sports». Mais les blocages persistent. Face à cette situation, le chef de l'État est entré dans la danse. «Le président de la République s'est personnellement impliqué pour que nous trouvions une solution. Il a estimé qu'une rémunération globale de 30 millions de francs Cfa était acceptable».
«Il voulait les avantages, mais pas les objectifs»
Le président de la Fsf affirme cependant que le véritable désaccord ne portait pas uniquement sur les montants. Selon lui, les objectifs sportifs fixés par le ministère constituaient un autre point de blocage. «Les objectifs avaient été arrêtés par le ministère. Ils étaient clairs. Ce que nous ne comprenions pas, c'est que Pape Thiaw souhaitait bénéficier de tous les avantages financiers tout en refusant les objectifs qui les accompagnaient». Abdoulaye Fall insiste : «nous ne pouvions pas signer un contrat dans lequel les obligations ne concernaient qu'une seule partie. Une convention doit protéger tout le monde». Le président précise que la Fédération avait pourtant accepté plusieurs concessions. «Nous avons supprimé certaines clauses. Nous avons accepté une prime exceptionnelle. Nous avons fait beaucoup d'efforts pour parvenir à un accord». Malgré cela, les négociations n'ont pas abouti.
«J'ai compris que la confiance était rompue»
Pour Abdoulaye Fall, les difficultés contractuelles ont fini par dégrader profondément les rapports humains. Il raconte avoir découvert, à quelques heures d'un match, que le sélectionneur refusait de conduire normalement l'équipe tant que son contrat n'était pas définitivement régularisé. «À ce moment-là, j'ai compris que quelque chose s'était cassé. Il n'y avait plus la confiance qui doit exister entre un employeur et son entraîneur.» Le président ne cache pas son amertume. Il l’exprime en ses termes. «Pape Thiaw n'avait plus confiance en nous. Cela se ressentait dans ses attitudes, dans ses réactions et dans sa manière de travailler avec la Fédération». Selon lui, cette situation n'a pas tardé à se répercuter sur le groupe.
«Il y avait des problèmes dans la tanière»
Sur le ‘’cas’’ Pape Guèye, Abdoulaye Fall se veut clair : «Pape Guèye a parlé du staff technique. Il y avait effectivement des problèmes dans la Tanière». Puis il détaille. «Il y avait des joueurs que le coach n'osait pas sortir, d'autres qu'il n'osait même pas faire entrer en jeu. Certains joueurs ne voulaient plus être rappelés, tandis que d'autres faisaient l'objet de discussions permanentes au moment des convocations. Tout cela traduit un fonctionnement qui n'était plus normal».
Le Directeur technique national mis à l'écart
Autre constat dressé par le président : plusieurs cadres techniques de la Fédération ont été tenus à l'écart durant la préparation de la compétition. «Même le Directeur technique national n'a pas été véritablement impliqué dans cette Coupe du monde. Les superviseurs non plus. Pourtant, ils disposent d'une expertise qui aurait pu être utile».
Cheikhou Kouyaté, Teddy, Eyman… les précisions du président
Face aux nombreuses interrogations sur la composition du staff, Abdoulaye Fall apporte plusieurs clarifications. « Teddy et Eyman ont intégré le staff à la demande expresse du sélectionneur. C'était son choix ». Même précision concernant Cheikhou Kouyaté. « Cheikhou Kouyaté était un invité. Il ne faisait pas partie de la délégation officielle. Sa présence répondait à une demande formulée par Pape Thiaw ». S'agissant de Mayacine Mar, le président évoque une mission d'observation. « Nous voulions qu'il accompagne le nouveau Directeur technique national afin qu'il établisse un rapport indépendant sur notre participation. Ce document est d'ailleurs d'une grande qualité et servira de base aux réformes que nous allons engager » informe M. Fall.
Le vol spécial, «j'ai appelé le Premier ministre»
Autre épisode ayant suscité de nombreuses critiques, le retard du vol spécial devant ramener les Lions au Sénégal. Le président de la Fsf revient en détail sur les circonstances. «Beaucoup pensent que la Fédération n'avait pas prévu le retour de la délégation. Ce n'est pas vrai. Le problème est venu des transactions bancaires internationales». Selon lui, la société chargée d'affréter l'appareil n'avait pas reçu à temps les garanties financières nécessaires. «Les banques américaines avaient des difficultés à valider les virements. Nous étions confrontés au décalage horaire, puis au jour férié de l'Independence Day, avant l'arrivée du week-end. Tout cela a considérablement retardé les opérations». Face à cette situation, Abdoulaye Fall affirme avoir sollicité les plus hautes autorités de l'État. «J'ai personnellement appelé le Premier ministre. Je tiens d'ailleurs à le remercier. Il est immédiatement intervenu afin que les procédures soient accélérées et que les justificatifs de paiement soient transmis à la compagnie aérienne».
Ainsi, dans l'attente du déblocage, la Fédération a laissé le choix aux membres de la délégation. «Certains souhaitaient rentrer immédiatement. Nous leur avons acheté des billets sur des vols commerciaux. D'autres avaient prévu de rester quelques jours aux États-Unis avec leurs familles. Nous avons respecté le choix de chacun».
«Sur l'affaire du chef cuisinier, nous avons coopéré avec la police américaine»
Le moment le plus délicat de cette conférence intervient lorsqu'un journaliste de la BBC interroge Abdoulaye Fall sur les accusations de harcèlement à caractère sexuel ayant visé le chef cuisinier de la délégation. Le président accepte d'aborder le sujet. « J'étais à Mexico lorsque le secrétaire général m'a informé de la situation. Je lui ai immédiatement demandé d'aller rencontrer le chef cuisinier afin de comprendre exactement ce qui s'était passé ». Selon les explications recueillies, tout serait parti d'une discussion avec une employée d'un restaurant prénommée Marta. «Le chef cuisinier a reconnu avoir échangé avec cette dame. Il a expliqué qu'il s'agissait d'une conversation amicale. Il a toujours nié toute intention déplacée». Le président confirme ensuite l'intervention des autorités américaines. «Oui, la police américaine est venue. Nous avons pleinement collaboré avec elle. Nous n'avons jamais cherché à dissimuler quoi que ce soit». Abdoulaye Fall précise toutefois que la Fédération n'a reçu aucune plainte officielle. «Nous avons reçu le rapport de la police américaine. À ce stade, aucun élément factuel ne permet d'étayer les accusations qui ont été portées contre lui. Pour moi, cet incident est clos», explique-t-il.
« Les accusations contre les Lions sont un manque de respect »
Abdoulaye Fall se montre particulièrement ferme lorsqu'il évoque les rumeurs ayant circulé autour de la délégation sénégalaise. « J'ai été profondément choqué par certaines accusations. Elles constituent un manque de respect envers nos joueurs, envers les membres de la délégation et envers le Sénégal ». Pour démontrer l'impossibilité de certains faits évoqués, il détaille le dispositif de sécurité mis en place autour des Lions. « Il existait plusieurs niveaux de sécurité. Autour de l'hôtel, personne ne pouvait entrer sans badge. À l'intérieur, la Brigade d'intervention polyvalente travaillait avec la police américaine. La Fifa contrôlait également tous les accès aux étages. À chaque ascenseur, il y avait des agents. Personne ne pouvait circuler librement ». Il estime que plusieurs accusations relèvent d'une campagne organisée. « Je considère qu'il y a eu une véritable entreprise de désinformation destinée à ternir l'image de notre football.»
«Nous allons saisir le procureur»
Face à cette situation, le président annonce une riposte judiciaire. «L'image du Sénégal a été atteinte. Celle de la Fédération également. Nous allons saisir le procureur afin que toute la lumière soit faite sur l'origine de ces accusations et sur ceux qui les propagent». Pour Abdoulaye Fall, il est désormais indispensable de protéger les institutions sportives contre ce qu'il qualifie de « manipulation».
«La présence de ma famille n'a privé personne de voyager»
Interrogé sur sa présence à bord du vol spécial avec son épouse et ses deux enfants, le président assume totalement. «L'avion comptait 287 places. La présence de ma famille n'a privé personne de voyager. À chaque Coupe d'Afrique des nations, j'ai l'habitude de voyager avec ma famille. Il n'y a rien de caché». Il réfute également toute idée d'enrichissement personnel. «Je n'ai perçu ni prime, ni indemnité, ni prise en charge particulière dans cette Coupe du monde. Je n'ai reçu aucun franc. Après trente-cinq ans de service dans l'administration, je n'ai pas besoin de cette fonction pour m'enrichir. Je suis là pour servir le football sénégalais».
Fatou DIOP













