C’est une découverte particulièrement grave faite par la nouvelle Direction générale de la Lonase. À la faveur des vérifications engagées dans le cadre de l’audit du personnel, deux agents du Centre médical du travail ont été identifiés comme ne détenant pas les diplômes ni les titres correspondant aux qualifications professionnelles qu’ils exerçaient. L’un se présentait comme médecin et dirigeait le centre médical, tandis que l’autre intervenait comme infirmier d’État. « Les Échos » a obtenu copie de la note interne signée par le Directeur général, qui annonce des mesures conservatoires et n’exclut pas une saisine de la justice.
La nouvelle Direction générale de la Loterie nationale sénégalaise (Lonase) vient de mettre au jour une situation pour le moins préoccupante au sein du Centre médical du travail. En effet, à son arrivée à la tête de la société, la nouvelle équipe dirigeante a engagé des vérifications sur le personnel, dans le cadre d’un audit actuellement en cours. Ces diligences ont permis de faire une découverte particulièrement sensible : deux agents exerçant dans le dispositif médical de la société ne disposent pas des qualifications correspondant aux fonctions qu’ils occupaient.
L’information ressort d’une note interne signée par le Directeur général Abdourahmane Baldé, dont « Les Échos » a obtenu copie. « Les incidents récemment survenus, ainsi que les diligences effectuées dans le cadre de l’audit du personnel en cours, ont fait apparaître que le Directeur du Centre médical du travail qui a déclaré exercer en qualité de médecin, et l’agent intervenant en qualité d’infirmier d’État, ne détiennent ni les diplômes, ni les titres correspondant aux qualifications professionnelles dont ils se prévalent », indique le document.
Une découverte faite à la faveur de l’audit
Les faits n’émanent donc pas d’une simple rumeur interne. Ils résultent des vérifications entreprises par la nouvelle Direction générale dans le cadre de l’audit du personnel. La découverte concerne directement le Centre médical du travail, une structure destinée à assurer la prise en charge médicale des agents de la Lonase et de leurs familles.
Le premier cas est particulièrement interpellant. Il s’agit du directeur même du Centre médical du travail, qui déclarait exercer en qualité de médecin. Or, les vérifications effectuées dans le cadre de l’audit ont établi qu’il ne détenait pas les diplômes ou titres correspondant à cette qualification.
Le second agent intervenait, pour sa part, en qualité d’infirmier d’État. Là également, les vérifications effectuées par la nouvelle direction ont établi l’absence des diplômes et titres correspondant à cette qualification.
Des mesures conservatoires immédiates
Face à ces découvertes, la nouvelle Direction générale n’a pas attendu la fin de l’audit pour prendre des mesures. « Dans un souci de prévention et de sécurisation de la prise en charge des agents et de leurs familles, des mesures conservatoires ont été immédiatement prises à l’égard des agents concernés », précise la note.
La nature de ces mesures n’est pas détaillée dans le document interne. Mais la Direction générale a parallèlement décidé de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, le recours au Centre médical du travail pour les consultations des agents. « Afin d’assurer la continuité de la prise en charge, les agents sont invités pour leurs besoins de consultation médicale, à s’adresser aux structures médicales partenaires de la Lonase, jusqu’à nouvel ordre », informe-t-elle.
Une décision qui témoigne de la volonté de la nouvelle équipe dirigeante de sécuriser immédiatement la prise en charge sanitaire du personnel et de leurs familles.
Une affaire qui pose de sérieuses questions
Cette découverte soulève naturellement de nombreuses interrogations sur les conditions dans lesquelles les deux agents ont pu accéder à leurs fonctions et les exercer au sein du Centre médical du travail. Elle interroge également les procédures de vérification des diplômes et des qualifications professionnelles mises en œuvre avant l’arrivée de la nouvelle Direction générale.
Comment un agent ne disposant pas des titres correspondant à la profession de médecin a-t-il pu prendre la direction d’un centre médical ? Comment un autre a-t-il pu intervenir comme infirmier d’État sans détenir les qualifications correspondantes ?
Autant de questions auxquelles l’audit du personnel devrait permettre d’apporter des réponses. D’autant que les fonctions exercées par ces deux agents impliquaient potentiellement un contact direct avec les travailleurs et leurs familles dans le cadre de consultations et de soins.
La justice pourrait être saisie
La nouvelle Direction générale entend également donner des suites aux découvertes faites lors de ses vérifications. « La Direction générale entend donner aux faits constatés toutes les suites qu’ils appellent et se réserve, à cet effet, la faculté de saisir les autorités compétentes, notamment judiciaires, et d’engager toute action ou procédure que la réglementation en vigueur permettrait de mettre en œuvre », annonce la note.
La balle est donc désormais dans le camp de la Direction générale, qui pourrait transmettre le dossier aux autorités compétentes, notamment judiciaires. Cette perspective donne une dimension supplémentaire à une affaire déjà particulièrement sensible.
Le contexte Toussaint Manga
La découverte intervient dans un contexte particulier. La Lonase était précédemment dirigée par Toussaint Manga, médecin de formation. C’est désormais une nouvelle équipe qui, après son arrivée à la tête de la société, a engagé un audit du personnel et procédé à des vérifications dont les premiers résultats viennent de révéler cette situation au sein du Centre médical du travail.
Il serait toutefois prématuré d’établir un lien de responsabilité entre l’ancienne direction et les faits révélés par l’audit sans connaître les conditions précises de recrutement, de nomination ou de contrôle des qualifications des deux agents concernés.
La nouvelle Direction générale devra désormais déterminer comment cette situation a pu se produire, depuis combien de temps elle durait et quelles ont été les conséquences éventuelles sur la prise en charge médicale des agents et de leurs familles.
En attendant les suites de l’audit et les éventuelles procédures qui pourraient être engagées, une mesure est déjà effective : les agents de la Lonase sont invités à se tourner vers les structures médicales partenaires de la société pour leurs consultations.
Sidy Djimby NDAO












