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LES COMMER9ANTS RÄLENT «L'entreprise sénégalaise étouffe entre la concurrence déloyale, les ‘’rackets au Port’’ et l’absence de l’État»




 
 
Face aux conditions de vie déjà difficiles des Sénégalais, le secteur privé, pourvoyeur d’emplois et de recettes pour l’Etat est en train de vivre des jours sombres. C’est le tableau peint par l’Unacois, l'Acis et le Collectif des entreprises et acteurs du transport et de la logistique du commerce sénégalais, qui ont déploré, face à la presse, une concurrence déloyale des grands groupes étrangers, la situation du port de Dakar, devenu un lieu de racket organisé et un déficit de dialogue entre le privé et le public.
 
 
 
 
 
«L’entreprise nationale est étouffée» ! C’est le constat sans appel dressé par l’Unacois, l’Association des commerçants et industriels du Sénégal (Acis) et le Collectif des entreprises et acteurs du transport et de la logistique du commerce sénégalais (Ceatlcs), en conférence de presse conjointe sur le thème : «Sauver l’entreprise sénégalaise face à la concurrence déloyale et au chaos». De l’avis du Directeur exécutif de l’Unacois Jappo, Ousmane Sy Ndiaye, l’entreprise sénégalaise est prise en étau entre plusieurs fléaux dont la concurrence déloyale qui, à l’en croire, transforme le marché en une véritable jungle. «Le marché sénégalais est devenu un marché sans règle. L’invasion de produits subventionnés et sous-facturés, des conteneurs entiers qui entrent dans le marché national défiant toute concurrence loyale, nos industries ferment les unes après les autres. C'est ensuite des positions dominantes écrasantes. Certains grands groupes étrangers bénéficient d’avantages fiscaux, fonciers et logistiques exorbitants non accessibles aux Pme sénégalaises ; ils imposent leurs prix, leurs délais et leurs conditions de travail. C'est également le commerce non contrôlé. Une économie parallèle non fiscalisée détenue par des non-Sénégalais s'approvisionne en dehors de tout circuit de contrôle et casse les prix dans nos marchés», dénonce Ousmane Sy Ndiaye qui en déduit que ce n’est pas une concurrence déloyale, mais une destruction organisée de notre tissu de Pme. «Chaque entreprise qui ferme sacrifie 10 à 50 emplois directs. Et ce sont des prix qui, paradoxalement, augmentent toujours pour le consommateur final avec l'effet de monopole qui s'installe de jour en jour», déplore le Directeur exécutif de l’Unacois qui exige l'activation immédiate de mesures de sauvegarde et la création d'une autorité de la concurrence indépendante dotée de pouvoirs et de sanctions claires.
 
Le port, un lieu de racket organisé, selon Ousmane Sy Ndiaye
 
Un autre fléau déploré tire ses racines au port de Dakar. «Le port de Dakar passe d'un goulot d'étranglement à un lieu de racket organisé. Le port de Dakar qui devait être notre principal atout de compétitivité est devenu le principal facteur de surcoût et de non-compétitivité de l'économie sénégalaise. La chaîne de traitement des marchandises est gangrenée par des dysfonctionnements et des pratiques abusives que nous dénonçons depuis plus de 5 ans», charge Ousmane Sy Ndiaye qui en veut pour preuve ce qu’il appelle la «facture de la honte», faisant allusion aux tracasseries de toutes sortes et les coûts cachés sur un conteneur de 40 pieds. Il s’agit de l’absence de régulation des frais avec les aconiers comme Dp World et les compagnies maritimes qui fixent leurs tarifs de manière unilatérale et sans aucune transparence. En plus des frais de manutention, de relevage et de stationnement qui, regrette-t-il, explosent sans justification. Concernant les surestaries et les détentions abusives, il explique qu’un importateur peut voir son conteneur bloqué 15 à 21 jours pour des contrôles non coordonnés. « Chaque jour de retard lui est facturé 150.000 à 300.000 francs Cfa par la compagnie maritime. C'est une double peine », s’indigne M. Ndiaye qui n’a pas occulté le traitement dégradant des marchandises, marqué par l'ouverture de conteneurs sans présence de l'importateur, etc.
 
Un audit des coûts portuaires et la création d’une autorité de régulation
 
En plus des tracasseries récurrentes de Orbus/Gaïndé 2000/Orbus Infinity. En lieu et place d'une solution automatisée, dit-il, dans le cadre d'un guichet unique que nous avions appelé de tous nos vœux, Orbus, regrette Ousmane Sy Ndiaye, ne génère que des tracasseries qui sont source de surcoût pour les importateurs. Pire, il fait remarquer que les coûts logistiques et parafiscaux représentent jusqu’à 45% de la valeur des marchandises entre le prix Fob d’une marchandise et son prix de sortie du port de Dakar. Face à cette situation, les trois organisations demandent un audit général et indépendant de la chaîne de coûts portuaires, le plafonnement et la publication officielle de tous les tarifs portuaires et une réforme en profondeur de la gouvernance de l'espace portuaire portant entre autres sur la création d'une autorité de régulation de la concurrence.
 
Le déficit de dialogue entre l’Etat et le prive déploré
 
En outre, les trois organisations ont déploré le déficit du dialogue public-privé. « Nous sommes convoqués pour être informés des décisions prises, jamais pour les co-construire. On nous annonce de nouvelles taxes, une nouvelle restriction à l'import, de nouvelles réglementations fiscales par voie de circulaire, sans étude préalable d'impact sur les Pme, et quand nous alertons, on nous répond que la mesure est déjà en vigueur. Un dialogue où l'État parle et le secteur privé écoute n'est pas un dialogue, c'est un monologue. Le résultat est là. L'État perd des recettes fiscales car les entreprises ferment et le secteur privé perd confiance et n'investit plus », sérine Ousmane Sy Ndiaye qui précise que l’Unacois et ses alliés ne veulent plus de rencontres de circonstance. « Nous exigeons l'institutionnalisation d'un dialogue public-privé structuré autour de tous les secteurs d'activité, avec un mécanisme de coordination localisé auprès du Premier ministre et une instance d'arbitrage de haut niveau placée sous la haute autorité du chef de l'État. Ce dispositif de dialogue public-privé se réunit tous les trimestres avec un ordre du jour co-défini et des décisions qui sont contraignantes et évaluées », préconise M. Ndiaye.
 
Ces conditions pour sauver les emplois et les outils de production
 
Devant ces tracasseries qui plombent l’essor du secteur privé, Ousmane Sy Ndiaye rappelle que le secteur privé ne demande pas l’aumône, mais des règles de jeu équitables. « Le secteur privé demande qu'on mette fin à la concurrence déloyale ; le secteur privé demande un port qui fonctionne en conformité, qui est efficace et avec des coûts prévisibles ; le secteur privé demande une place autour de la table du dialogue public-privé où se décide son avenir. Ces trois conditions devront être réunies dans les meilleurs délais pour sauver les emplois qui peuvent encore l'être, préserver nos outils de production qui nous restent et promouvoir la stabilité et la paix sociale telles que préconisées par le Pacte national de stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable », préconise Ousmane Sy Ndiaye.
 
M. CISS
 
 
 
 
 
 
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