
Jugé hier mercredi devant la chambre criminelle de Dakar pour viol présumé commis sur son ancienne domestique, Sitor Ndour a réfuté les faits tout en arguant un complot ourdi contre sa personne. Les débats vont se poursuivre lundi prochain parce qu'après la déposition de la plaignante, de sa mère et des témoins à la barre, le juge a décidé de suspendre l'audience.
Lorsqu'il a quitté le box des accusés pour comparaître pour des faits de viol présumé commis sur sa domestique de 17 ans, c'est un homme faible qui marchait tout droit vers la barre, la mine fatiguée. L'ex président du Conseil d’administration de la Société d’aménagement et d’exploitation des terres du Delta (Saed), Sitor Ndour, tout de blanc vêtu, avec un masque, s'est présenté face à sa victime qu'il regardait avec mépris. L'homme âgé de 63 ans aux cheveux tout blanc semblait bien affecté par les affres de la détention dont il se plaignait. Car, il ne cessait de poser sa main sur l'une de ses hanches. À la demande du juge, il déclare qu'il souffrait d'arthrose. Chose qui a fait que la permission lui a été donnée de s'asseoir au cours des débats.
La victime présumée, A. Thiaw, a été la première à être entendue devant la barre. Et elle a maintenu ses accusations contre lui. «Le jour des faits, après avoir fini mon travail vers 17h, Sitor Ndour m'a ordonné d'aller dans ma chambre qui se trouvait en bas. C'est là qu'il est venu et m'a révélé son intention de coucher avec moi, mais j'ai refusé. Il m'a jetée sur le lit avant de me violer. Je portais un bas et un cuissard mais il a réussi a enlevé une partie de ce que je portais comme dessous. J'ai crié de toutes mes forces mais personne ne m'a entendue alors qu'il y avait ses filles mineures en haut. C'était la première fois que j'entretenais des rapports sexuels avec quelqu'un. Quand je me débattais, il m'a occasionné des bleus sur ma main gauche. Comme j’avais mal, il y a mis du baume», a expliqué cette victime avant de préciser qu'il portait une culotte rouge et un caleçon blanc avec des rayures vertes.
Mais le juge lui a signifié que le médecin, après consultation, a conclu des déchirures hyménales anciennes.
Même si le tribunal a relevé quelques différences sur les rayures du caleçon de Sitor évoqué par les deux parties, il a réfuté la description que son ancienne bonne en a fait. «Quand je montrais mon caleçon aux gendarmes, elle était présente et il n'y avait rien dessus. Elle a voulu juste leur faire croire qu'il en existait un autre. Le caleçon dont elle fait état n'existe pas dans ma garde-robe», s'est-il défendu. Sur le viol qu'elle lui reproche, Sitor parle de complot. «Ce jour-là, je suis resté dans la maison jusqu'aux environs de 16h et c'est là que j'ai brusquement entendu la porte de ma chambre s'ouvrir. Elle est venue en pleurs devant moi et je lui ai demandé ce qui se passait. Elle m'a confié qu'elle s'était blessée à la main. J'ai pris une pommade avec laquelle je soulage mes arthroses en lui mettant une partie dessus. Elle voulait une proximité pour voir si je la désirais. Elle ne faisait que me charmer», a-t-il expliqué.
Malgré ses dénégations, l'enregistrement audio dans lequel on entend la mère de la victime et Sitor Ndour échanger l’a enfoncé. Dans ledit enregistrement diffusé à l’audience, on pouvait entendre Sitor Ndour supplier la mère de la plaignante d'étouffer l'affaire. «Je suis disposé à vous donner tout ce que vous voulez. Je voudrais qu'on laisse tomber cette affaire puisque je suis une autorité dans ce pays. Si le public est au courant de l'affaire, ma vie va basculer. Même si je n'ai pas ce que vous me demandez comme dédommagement, j'irai le chercher. Je ne voudrais pas que la presse soit au courant. Il faudrait discuter avec le père de Adama. Je te supplie aussi de discuter avec les proches parents qui sont au courant de l'affaire pour qu'ils laissent tout tomber», disait dit Sitor.
Interrogé sur l’enregistrement, Sitor a essayé de rectifier ces aveux dans ses audios. «Cet enregistrement dont la mère de la fille fait état a été transcrit par les policiers. Ils veulent prendre cet enregistrement comme preuve alors que je n'ai rien fait. Je leur ai juste dit que je n'avais rien fait. Et comme je suis une autorité dans ce pays, je leur ai demandé de venir pour qu'on négocie. Je pouvais dire que c'était un faux enregistrement et que ce n'était pas ma voix, mais je ne l'ai pas fait. J'ai nié dans l'audio et je précise que je n'ai jamais demandé pardon», dit-il.
Seulement, il a été contredit par la mère de sa victime. «Quand les faits ont éclaté, Sitor a appelé Gnilane, la cousine de ma fille et cette dernière me l'a passé au téléphone. Comme je voulais des preuves, je l'ai enregistré. Il m'a dit qu'un individu l'avait appelé au téléphone et informé des accusations portées sur sa personne et du sperme retrouvé sur ma fille après consultation. C'est ainsi qu'il m'a suppliée de lui pardonner en me promettant de me donner tout ce qu'on demandait comme dédommagement. Il m'a même proposé de l'argent pour ne pas que cette affaire atterrisse en justice», a affirmé la dame qui persiste en soulignant que si Sitor Ndour n'avait rien à se reprocher, il n'allait pas réagir de cette manière.
Après les débats d’audience, le juge a décidé de suspendre pour lundi prochain à 10h pour le réquisitoire et les plaidoiries des avocats.
Fatou D. DIONE