Les députés de Pastef ont dû faire parler leur majorité pour que le projet de loi N°05/2026 modifiant l'article 319 de la loi N°65-60 du 21 juillet 1965 puisse soit examiné, puisque Abdou Mbow et Tafsir Thioye ont chacun demandé l’ajournement des débats. Le député de Takku-Wallu a brandi trois « tromperies » sur ledit projet de loi. Tandis que le député non-inscrit évoque une irrégularité à cause du remplacement du ministre de la Justice par celui de l’Intérieur.
Après la lecture du rapport, Abdou Mbow, s’appuyant sur l’article 83 du règlement intérieur, alinéa 2, fait valoir son droit à une proposition de question préalable pour stopper la procédure. « Il n’y a pas lieu de délibérer, parce que ce projet de loi porte trois graves tromperies. D’abord, la criminalisation promise par le Pastef telle que annoncée par votre guide des illusions, qui se débine en nous notifiant que nous ne l’avions pas fait en notre temps, alors que nous, nous ne nous étions pas engagés à criminaliser. Ne pas tenir cet engagement, c’est se renier, comme du reste de la promesse que vous aviez faite d’abroger la loi sur l’amnistie », tacle Abdou Mbow, qui poursuit : « la deuxième tromperie avec cette loi, c’est de dire aux Sénégalais que la peine de 10 ans peut être prononcée comme en matière criminelle. C’est archifaux, les 10 ans sont le maximum de la peine en matière délictuelle, il est rare que le juge aille au-delà de ce plafond pour un délit. La troisième tromperie, c’est que sous prétexte de punir la délation, on protège dans ce projet de loi les homosexuels. On se met à punir celui qui l’a dénoncé, comme pour faire peur à l’opinion et rendre difficile la dénonciation du délit. La vérité, c’est qu’on a rendu l’homosexualité permissive au Sénégal», assure Abdou Mbow, qui se fait siffler par ses collègues après un lapsus. «Vous ne pouvez guère me perturber. Macky Sall avait bien dit que tant qu’il sera président du Sénégal, l’homosexualité ne serait pas légalisée et il a tenu parole ; contrairement à votre guide des illusions qui avait invité Mélenchon, l’un des plus grands défenseurs des homosexuels, pour dire à la face du monde que nous tolérons l’homosexualité. Et pourtant, tous ceux qui osent dire que Sonko a des amis homosexuels sont arrêtés», fulmine-t-il.
Abdou Mbow : «il n’y a pas lieu de délibérer parce que ce projet de loi porte trois graves tromperies»
Le président de la Commission des lois, à qui il incombait d’intervenir à la suite de cette question préalable, n’a pas raté Abdou Mbow. «Je viens de me rendre compte qu’il ne suffit pas de faire quatre mandats parlementaires pour ne pas demeurer une honte parlementaire. Il a semblé tout à l’heure faire un lapsus, c’en n’était pas un, Dieu est tellement juste. Si cela ne tenait qu’à votre régime, on allait assister même à des mariages homosexuels. Heureusement que les Sénégalais ont bien fait de vous dégager pour choisir les véritables sentinelles pour défendre l’intégrité de nos valeurs sociétales», déclare Me Tall, qui rend hommage à And Samm Jikko Yi. Par rapport à la promesse de criminalisation de l’homosexualité, Me Abdoulaye Tall explique que c’est un choix purement rationnel. «La criminalisation de l’homosexualité aurait pu être une entrave à l’objectif poursuivi. Il y a certains délits dont la criminalisation a créé plus de problèmes qu’elle n’en a réglé», assure-t-il.
Me Tall : «si cela ne tenait qu’à votre régime, on allait assister même à des mariages homosexuels»
Abdou Mbow de revenir à la charge. «130 haut-parleurs ne me feront pas plier. J’insiste, on connaît ceux qui ont des amis homosexuels, ceux qui ont permis à leur ami homosexuel de se sauver aussi, nous les connaissons. Il y en a qui ont été arrêtés pour acte contre-nature et qui ont été libérés, dites aux Sénégalais qui les a fait libérer et pourquoi ?», fulmine-t-il avant de tancer And Samm Jikko Yi.
Dès qu’il est descendu du pupitre, Tafsir Thioye demande lui aussi à présenter sa question préalable. «J’ai introduit cette question pour demander qu’on ajourne le débat parce que nous ne sommes pas dans les conditions de délibérer ; qu’on nous présente le décret qui présente le ministre de l’Intérieur assurant l’intérim du ministre de la Justice», dit-il avant de se faire rassurer par El Malick Ndiaye sur l’existence du document.
Nd. Kh. D. F












