La réaction est ferme et sans équivoque. Le Comité pour la protection des journalistes (Cpj) a exprimé sa vive inquiétude après le renvoi, au 20 mars prochain, du procès du chroniqueur Abdou Nguer, poursuivi pour « diffusion de fausses nouvelles » et maintenu en détention à l’issue de l’audience. Dans une publication partagée sur les réseaux sociaux, l’organisation internationale de défense de la liberté de la presse estime que cette situation constitue un précédent dangereux pour l’ensemble des médias sénégalais.
Le Cpj dit partager les préoccupations soulevées par les avocats du commentateur, qui dénoncent une privation de liberté injustifiée à la suite du report du procès. Pour l’organisation, « l’affaire dépasse largement le cas individuel d’Abdou Nguer et soulève des interrogations fondamentales sur le droit des journalistes et des chroniqueurs à commenter librement des affaires d’intérêt public. Détenir un commentateur pour ses remarques sur des procédures judiciaires d’intérêt public envoie un message intimidant à toute la presse sénégalaise », a déclaré Moussa Ngom, représentant du Cpj pour l’Afrique francophone. Selon lui, « l’usage récurrent de l’infraction de diffusion de fausses nouvelles dans des contextes de débat public risque d’instaurer un climat d’autocensure incompatible avec les principes démocratiques ».
Dans la même déclaration, le Cpj exhorte les autorités à revoir leur position. « Les autorités sénégalaises doivent cesser d’utiliser des accusations de fausses informations pour priver les journalistes de leur droit de commenter librement les affaires publiques et libérer Abdou Nguer », a insisté Moussa Ngom, appelant à un strict respect des engagements internationaux du Sénégal en matière de liberté d’expression.
Abdou Nguer a été placé sous mandat de dépôt le mercredi 18 février, à l’issue de son face-à-face avec le procureur de la République. Son interpellation fait suite à plusieurs prises de position publiques dans lesquelles il critiquait le communiqué officiel du parquet relatif aux circonstances du décès de l’étudiant Abdoulaye Ba, inscrit en deuxième année de médecine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad).
Selon les autorités judiciaires, ces déclarations ont été jugées contraires à la version officielle des faits et susceptibles de troubler l’ordre public. Le maître des poursuites avait ainsi ordonné l’interpellation du « chroniqueur », estimant que certaines de ses critiques dépassaient le cadre admissible du commentaire et relevaient d’une diffusion de fausses informations.
Lors d’un point de presse tenu le mardi 17 février, le procureur de la République a affirmé que l’étudiant Abdoulaye Ba était décédé à la suite d’une « chute du quatrième étage du pavillon F du campus social de l’Ucad ». Une version que le parquet présente comme établie à l’issue des premières investigations. C’est précisément cette communication officielle qu’Abdou Nguer avait publiquement remise en question, suscitant un débat intense sur les réseaux sociaux et dans l’opinion.
Pour de nombreux observateurs, cette affaire ravive le débat sur la frontière entre la lutte contre la désinformation et la protection de la liberté d’expression. Les organisations de défense des droits humains rappellent que la critique des institutions, y compris judiciaires, constitue un pilier du débat démocratique, tant qu’elle ne repose pas sur des appels à la violence ou à la haine.
BAYE Modou SARR











