Le Sénégal vient de se doter d’une nouvelle loi pour la régulation des médias. L’Assemblée nationale qui était chargée hier d’examiner ladite loi la certes validée, mais la quasi-totalité des députés, majorité et opposition confondues, ont émis des réserves sur le fonctionnement de cet organe de contrôle et de régulation. Leurs préoccupations sont relatives à l’application des sanctions contre les médias, le risque de politisation des actions du Conseil national de régulation des médias.
Pendant que certains applaudissaient et demandaient à Alioune Sall, ministre de la Communication, de prendre toutes les mesures pour assainir les programmes des médias, mais surtout les réseaux sociaux, d’autres députés affichaient leur inquiétude face aux risques de dérives du Cnrm dans son fonctionnement.
Cheikh Bara Ndiaye fait partie de ceux qui saluent l’initiative de la loi, mais émet des réserves. «Je vais voter cette loi et j’espère que tous les députés en feront de même, mais je tiens à signaler une chose auparavant : nous espérons que cette loi ne servira pas de moyen de répression au président de la République et certains ministres, à ceux qui oseront pointer du doigt leurs manquements», prévient-il.
Mouhamed Sall abonde dans le même sens pour demander au ministre de la Communication la vraie portée de la loi, surtout par rapport aux insulteurs qui vivent à l’étranger. «Ils détruisent des vies d’innocents citoyens parce qu’ils savent qu’ils ne risquent rien. Il faut voir comment y mettre un terme», dit-il.
Abdourahmane Diouf : «(…) une limite à la protection du secret professionnel des journalistes ?»
Pour Abdou Lahat Ndiaye, cette loi doit surtout régler le problème des intrus dans le journalisme. «Cette loi doit servir de garde-fou aux politiciens qui se disent journalistes et se donnent le droit d’attaquer ouvertement d’honnêtes personnes impunément», déclare-t-il.
Abdourahmane Diouf se demande si les pouvoirs de saisine et de sanctions conférées au Conseil national de régulation des médias (Cnrm), ne vont pas constituer une censure ou une limite à la protection du secret professionnel des journalistes, dans la protection de leur sources.
Ousmane Ciss relève : «des pouvoirs de sanctions disproportionnées»
Ousmane Ciss s’inquiète lui aussi des pouvoirs de sanction dudit conseil qu’il juge disproportionnés. «L’article 33 permet au Cnrm de suspendre un journal sans mise en demeure préalable en cas d’urgence ; et l’article 41 autorise le président, seul, sans délibération du collège, à prendre des mesures conservatoires d’arrêt immédiat de diffusion. Cette concentration de pouvoirs dans les mains d’un seul homme, même provisoire, ne serait-elle pas dangereuse, notamment en période électorale ? La presse en ligne est sous-régulée et sur-sanctionnée», fait-il remarquer.
Alioune Ndao : «il est temps d’assouplir les rapports entre l’Etat et les entreprises de presse»
Alioune Ndao lui pense qu’il est temps que l’Etat améliore ses rapports avec la presse. «Au-delà des patrons de presse, il y a les employés. Des pères de famille dont beaucoup ont perdu leur emploi à cause de rapports difficiles entre l’Etat et les entreprises de presse. Et pourtant, beaucoup d’entre eux ont voté pour le Pastef, mais c’est eux qui subissent de plein fouet le problème», indique-t-il.
Thierno Alassane Sall : «c’est plutôt un conseil de répression des médias»
Pour le leader de RV, il fallait nommer la structure conseil de répression des médias. «Au lieu de voir comment appuyer la presse pour le respect de ses nobles missions, vous ne pensez qu’à réprimer. Les sanctions prévues pour les organes quand un de ses invités tient un certain discours ne visent qu’à ôter la parole à l’opposition. À côté de cela, vous menez une guerre sans merci aux médias privés. Donc, ne nous parlez pas de régulation, vous avez simplement créé un conseil de répression des médias», clame Thierno Alassane Sall.
Abdoulaye Tall : «les auteurs des attaques et insultes sur les réseaux sociaux doivent être traqués»
Me Abdoulaye Tall, lui, est clair : «on ne peut certainement pas empêcher les gens de s’exprimer, mais on peut interdire les dérives dans les réseaux sociaux», affirme-t-il avant d’ajouter : «utiliser ses plateformes pour diffamer, dénigrer et insulter d’honnêtes gens sans être inquiété, cela doit cesser», fulmine-t-il avant de lâcher: «mettre la photo d’une personne avec une légende sadique, l’exposer et le faire insulter, c’est trop, les auteurs doivent être traqués».
El Hadji Fall : «le Cnrm peut, s’il est mal conçu, fragiliser la démocratie»
El Hadji Ousmane Fall croit que le Cnrm peut protéger la démocratie, mais il peut aussi, s’il est mal conçu, la fragiliser. «Si les membres sont désignés de manière unilatérale par l’exécutif, son indépendance sera suspecte. J’aurai voulu voir aussi, dans la composition, un membre de l’opposition», souligne M. Fall, qui estime aussi que les décisions du Cnrm doivent pouvoir être contestées devant le juge.
Tafsir Thioye, lui, avertit : «l’ancrage de l’institution dans la présidence de la République pourrait poser un problème dans le futur, par rapport à son autonomie financière. Concernant les réseaux sociaux, qui sont différents des médias sociaux, je me demande bien comment on peut réguler les réseaux sociaux», s’interroge-t-il.
Nd. Kh. D. F













