Ousmane Sonko était encore à l’Assemblée nationale pour une séance de questions d’actualité au gouvernement. Pour quatorze questions dont dix pour la majorité, deux pour Takku-Wallu et deux pour les non-inscrits, l’essentiel des questions a porté sur la brûlante question de la crise universitaire avec la mort de Abdoulaye Ba, sa promesse de criminaliser l’homosexualité, mais aussi la dette et les résultats de la campagne agricole.
Ousmane Sonko a fait face, hier, avec son gouvernement, aux députés, dans le cadre de l’exercice «questions d’actualité au gouvernement». Et cette fois-ci, l’opposition qui boycottait systématiquement la séance qu’elle assimilait à un coup de communication, a pris par à la rencontre en prenant les quatre questions qui lui revenaient. La majorité parlementaire, qui détenait les 10 autres questions, s’est naturellement appliquée à magnifier le travail abattu par le gouvernement Sonko, malgré les nombreux problèmes qu’il rencontre.
Alassane Niang a soulevé la question de la condamnation des 18 supporters sénégalais détenus au Maroc et demande au gouvernement quelle est la stratégie diplomatique que le Sénégal compte mettre en branle pour libérer nos compatriotes.
Amy Dabo de Pastef, elle, a mis elle le curseur sur les violences notées à l’Université Cheikh Anta Diop qui ont causé la mort de Abdoulaye Ba.
Abdou Mbow : «qu’est-ce qui vous empêcherait de tenir votre engagement ?»
La première question de l’opposition a été posée par Abdou Mbow. Ce dernier, évoquant une succession de scandales autour d’une transmission volontaire de Vih Sida par des personnes dites homosexuelles, affirme que cela a relancé de façon insistante l’engagement pris par Ousmane Sonko de criminaliser l’homosexualité. «Je rappelle que notre gouvernement avait bien prévenu que cet engagement n’était fait que pour la propagande électorale et que jamais, selon les renseignements dont nous avions alors connaissance, il ne serait respecté. Vous nous avez donné raison», a-t-il fait savoir, avant de poursuivre : « le 18 février dernier, le gouvernement a adopté un projet proposant juste un réaménagement du délit d’actes contre nature. Puisque vous êtes le chef de la majorité parlementaire, allez-vous demander à vos députés de faire une proposition d’amendement pour criminaliser le projet gouvernemental ? Sinon, qu’est-ce qui vous empêcherait de tenir votre engagement ?», interroge-t-il.
Oumar Diop : «tout le monde peut se permettre de disserter sur la question de l’homosexualité sauf…»
Très remonté contre Abdou Mbow, Oumar Diop de Pastef estime que ce dernier devrait avoir honte de demander la criminalisation de l’homosexualité. «Tout le monde peut se permettre de disserter sur la question de l’homosexualité sauf lui et tous les membres de l’ancien régime d’ailleurs. Il va bientôt faire un quart de siècle dans l’Assemblée nationale, mais il n’a jamais osé dénoncer l’homosexualité ; pire encore, lui et son groupe parlementaire ont toujours bloqué toutes les initiatives du peuple contre l’homosexualité», s’indigne-t-il.
Fodé Mané : «avec les attaques à la Daf et la Dgid, quelles sont les mesures prises concernant la protection de nos données ?»
Fode Mané, parlant de la connectivité, affirme que l’arrivée de Starlink suscite beaucoup d’espoir, mais aussi beaucoup d’interrogations. Ce dernier demande au gouvernement si avec l’arrivée de Starlink on peut garantir qu’il n’y a plus de zone grise au Sénégal ? Il souhaiterait aussi qu’on l’éclaire sur les conditions contractuelles qui lient Starlink à l’Etat du Sénégal, idem pour la régulation, le coût des équipements et la souveraineté des données, mais aussi les mesures prises pour assurer l’accessibilité. Mané a aussi saisi le gouvernement sur les récentes attaques contre la Daf et la Dgid pour savoir les garanties de l’Etat à propos de la protection de nos données personnelles.
Anta Babacar Ngom «Deux ans que cela dure, rien ne fonctionne vraiment dans ce pays»
Anta Babacar Ngom souligne d’emblée que le pays est à l’agonie depuis l’arrivée de ce nouveau régime. «Deux ans que cela dure, rien ne fonctionne vraiment dans ce pays. Certains Sénégalais continuent de nourrir l’espoir de voir des changements arriver ; hélas, ils vont très vite se rendre à l’évidence que la situation n’est pas près de changer», clame-t-elle avant d’enchaîner : «vous vous contentez de donner des diagnostics, mais jamais de traitements. A quand les poses de première pierre, des cérémonies d’inaugurations ? A quand les bonnes nouvelles ?», demande-t-elle. «Quand il s’agit d’écrire ou de parler, vous êtes des as, mais vous êtes incapables de poser un quelconque acte pour soulager les Sénégalais. Les Sénégalais veulent savoir où est l’argent du pétrole et du gaz», soutient Anta Babacar Ngom, qui embraye sur la crise universitaire pour recadrer sèchement le Premier ministre. «Durant vos dix années d’opposition, la crise universitaire était l’un de vos sujets favoris, alors qu’on ne nous parle pas de récupération politique. Ce qui s’est passé dans les universités ces deux dernières années, c’est votre responsabilité, vos échecs », déclare-t-elle, avant de faire noter l’absence de beaucoup de députés non-inscrits qui fustigent le manque de démocratie interne à l’Assemblée nationale.
La recrudescence des accidents de la route a été aussi un sujet abordé par un député de la majorité, Alioune Dièye. Pour lui, ce n’est plus un fait divers mais un problème de sécurité nationale. C’est pourquoi il demande ce que l’Etat compte faire pour lutter de manière résolue et durable contre l’insécurité routière. Safiétou Malick Mbaye demande à son tour au Premier ministre ce qu’il en est réellement des échéances de la dette remboursable, au vu de toutes les rumeurs sur les difficultés que rencontre l’Etat à payer. Elle invite Ousmane Sonko et son gouvernement à dire aux Sénégalais ce qui ressort des négociations avec le Fmi.
Mbaye Dione : «quelle est la stratégie que compte adopter l’Etat du Sénégal pour le financement des dépenses prioritaires ?»
Le nouveau leader de l’Afp de rebondir sur les interpellations de sa collègue pour féliciter le gouvernement d’avoir refusé la restructuration demandée par le Fmi, puisque le Sénégal n’est pas en défaut de paiement. Mais il estime que la situation aurait pu être plus facile à gérer si le gouvernement avait respecté son engagement de réduire le train de vie de l’Etat. «Vous aviez annoncé en juin 2025 la suppression de beaucoup d’agences budgétivores. On se demande ou en est ce projet ?», questionne-t-il.
Pour ce qui est des 740 milliards d’eurobonds qu’il qualifie de passif très lourd, Mbaye Dione souhaiterait savoir comment est-ce que le gouvernement a prévu de les payer : «pour éviter les défauts de paiement, cette dette sera-t-elle payée à partir d’autres emprunts, dons ou subventions ?». Mbaye Dione de s’intéresser ensuite à la question de la dette intérieure qui affaiblit gravement le secteur privé. « Quelle est la stratégie que compte adopter l’Etat du Sénégal pour le financement des dépenses prioritaires, en particulier les investissements, au moment où notre pays ne peut pas accéder en 2026 aux crédits de l’Union Européenne et de l’Ocde », demande-t-il.
Aïssata Tall Sall : «à l’université, vous étiez partis en prévention, mais finalement, le remède a été pire que le mal»
La présidente du groupe parlementaire Takku-Wallu souligne que la situation sociale de notre pays porte deux grandes tensions : celle du monde rural et la crise universitaire.
Pour le premier point, Aïssata Tall Sall dira : «en tournée dans la région de Kaolack, vous aviez promis à la communauté paysanne que vous allez faire racheter 450.000 tonnes d’arachide à la Sonacos. Or, le 30 janvier, votre gouvernement annonce que 526.000 tonnes ont été collectées. Il reste donc dans les bras de nos paysans 324.000 tonnes alors que l’hivernage va arriver dans 4 mois, on se demande ainsi ce qu’ils vont faire avec cette quantité d’arachide », demande-t-elle.
Pour ce qui est de la crise universitaire, Aïssata Tall Sall fait noter que le problème est parti du paiement des bourses, comme c’est le cas des bourses de sécurité familiale. « A l’université, vous étiez partis en prévention, mais finalement, il faut le reconnaître, le remède a été pire que le mal. Si C’était pour empêcher que les restaurants et la bibliothèque ne brûlent, on s’en est sorti avec un mort». Me Tall indique qu’au-delà de la polémique née du paiement des bourses, il faut renouer le dialogue avec la communauté estudiantine pour que les cours reprennent. «Dites-nous donc quelles sont les mesures concrètes que vous comptez mettre en œuvre pour soulager le monde rural, les bénéficiaires de la bourse de sécurité familiale, mais aussi les étudiants», interroge-t-elle.
Nd. Kh. D. F












