À l’ouverture de la première Université d’hivernage de Kiiraay – Les Patriotes Républicains, Aminata Touré a proféré des attaques électriques contre les comportements de certains députés de Pastef à l’Assemblée nationale. L’ancienne Première ministre dénonce des «dérives verbales» qu’elle juge incompatibles avec la dignité de la représentation nationale et met en garde contre une 15e législature qui pourrait, selon elle, rester dans l’histoire comme «la plus indigne». Dans le même temps, la superviseure générale de Kiiraay annonce la prochaine vente des cartes de membre et accélère l’implantation territoriale de son parti.
La première Université d’hivernage de Kiiraay – Les Patriotes Républicains a été l’occasion pour Aminata Touré de décocher ses flèches assassines contre les députés de Pastef, dont elle dénonce les prises de parole et les attaques dirigées contre le président de la République.
«Ce qui se passe à l’Assemblée est désolant et inadmissible»
Ancienne Première ministre et ancienne parlementaire, Aminata Touré estime que les débats qui se déroulent à l’Assemblée nationale ont franchi certaines limites. Elle reproche à des élus de transformer l’hémicycle en espace d’affrontement verbal, au détriment de la dignité attachée à leur mandat. Son diagnostic est sans détour. «Ce qui se passe à l’Assemblée est désolant et inadmissible. Ces dérives verbales orientées vers l’institution incarnée par le chef de l’Etat sont à déplorer», dit-elle. Pour Mimi Touré, «le problème dépasse les querelles entre majorité et opposition. Il touche directement à la conception même de la République et au respect dû aux institutions», précise-t-elle.
«La 15e législature risque d’être retenue comme la plus indigne»
Une mise en garde qui vise les parlementaires de Pastef, dont certains comportements sont devenus, selon elle, incompatibles avec les exigences de la fonction élective. L’ancienne députée estime que «les élus de la 15e législature doivent prendre garde à l’image qu’ils laisseront dans l’histoire politique du pays». Aminata Touré ne s’est pas contentée de dénoncer des écarts de langage. Elle a adressé aux députés une véritable mise en garde politique. «La 15e législature risque d’être retenue comme la plus indigne». Pour Aminata Touré, «le statut de député impose une exigence particulière. Les élus peuvent être adversaires politiques, s’opposer sur les choix économiques, sociaux ou institutionnels, mais ils ne devraient jamais franchir la ligne rouge des attaques personnelles et des insultes», fait-elle savoir avec véhémence.
«Se réfugier derrière l’immunité parlementaire pour attaquer le Président, c’est de la plus grande lâcheté»
Le passage le plus frontal de son intervention concerne l’immunité parlementaire. Aminata Touré accuse certains députés de s’abriter derrière leur statut pour tenir, dans l’hémicycle, des propos qu’ils n’oseraient pas assumer à l’extérieur. «Se réfugier derrière l’immunité parlementaire pour attaquer le Président, c’est de la plus grande lâcheté». Et Aminata Touré de les défier : «qu’ils tiennent les mêmes propos en conférence de presse, sans leur manteau de député…».
Dans cette confrontation politique, Mimi Touré refuse toutefois de promettre une surenchère verbale. «Kiiraay ne descendra pas à certains niveaux. Mais nous apporterons les réponses qu’il faut». Une formule qui sonne comme un avertissement adressé aux députés de la majorité. « Kiiraay entend répondre politiquement, mais veut le faire en conservant une certaine hauteur dans le débat public. La République ne se construit pas dans l’inconstitutionnalité».
«Une décision de justice ne devient pas acceptable uniquement lorsqu’elle sert les intérêts de son propre camp»
Au-delà des attaques personnelles et des invectives parlementaires, Aminata Touré a replacé son intervention sur le terrain institutionnel. Son autre cible, «toute tentative de s’affranchir de la Constitution». Pour elle, «la majorité parlementaire ne peut pas utiliser sa force numérique pour adopter des textes qui seraient contraires à la loi fondamentale. L’Assemblée nationale doit avoir des droits qui sont en totale harmonie avec la Constitution». Et de poursuivre sur la responsabilité du Parlement dans le fonctionnement de l’Etat de droit : «l’Assemblée nationale ne peut pas voter des lois contraires à la Constitution. L’Assemblée nationale, également, défend l’indépendance de la justice, la liberté de la presse. Et elle accepte également les décisions de justice, même lorsqu’elles ne vont pas dans le sens de nos souhaits politiques.»
Selon Aminata Touré, le principe doit être clair : «une décision de justice ne devient pas acceptable uniquement lorsqu’elle sert les intérêts de son propre camp. L’indépendance de la justice est un élément central de notre dispositif démocratique. Ce n’est pas une monnaie d’échange», dit-elle.
En ce qui concerne le parti Kiiraay, Aminata Touré dévoile la feuille de route pour les prochaines échéances électorales. « Le parti entend se positionner comme une formation politique qui revendique la défense de la République, de la Constitution et de l’équilibre institutionnel. Kiiraay veut devenir «un bouclier» pour la République». La superviseure générale veut «transformer Kiiraay en une véritable machine politique implantée dans les quartiers, les villages et les collectivités territoriales. Le parti doit investir davantage le terrain et aller à la rencontre des Sénégalais».
Les cartes de membre bientôt mises en vente
Aminata Touré a annoncé une étape importante dans la vie de Kiiraay, «Nous allons procéder bientôt à la vente de nos cartes de membre». Aucune date précise ni modalité pratique n’a toutefois été communiquée. Mais la responsable politique a déjà posé un principe, « l’accès aux responsabilités devra reposer sur la représentativité et l’ancrage militant, et non uniquement sur les titres ou les diplômes. Il ne suffira pas de dire : je suis docteur pour diriger. »
Pour Kiiraay, l’heure est donc à la structuration. Après la phase de lancement politique, le parti veut maintenant passer à la construction d’un appareil présent sur l’ensemble du territoire. Aminata Touré assume ouvertement une ambition électorale. « Si nous sommes un parti, c’est parce que nous voulons continuer à diriger le pays, et pour cela il faut passer par des élections. Kiiraay se prépare à la compétition électorale ».
Dans cette perspective, Kiiraay veut également mettre en avant la participation des femmes et des jeunes dans les espaces de décision. Le parti entend faire de cette représentation une composante de son identité politique. Aminata Touré insiste également sur le dialogue comme instrument de régulation de la vie publique. « Le dialogue, ce n’est jamais une faiblesse, c’est une force. La stabilité du Sénégal ne doit jamais être considérée comme définitivement acquise. J’appelle les responsables politiques à mesurer la portée de leurs actes et de leurs déclarations ».
Fatou DIOP












