Dans son dernier rapport annuel sur les cybermenaces en Afrique, Interpol révèle les coulisses d'une vaste tentative de fraude financière par compromission d'e-mails professionnels (BEC) orchestrée depuis le Sénégal. Ciblant une compagnie pétrolière pour un montant de 7,9 millions de dollars, cette affaire met en lumière la montée en puissance des enquêtes d'investigation numérique et de la coopération policière internationale face aux réseaux du cybercrime transcontinental.
Dans le cadre de l'opération Sentinel, menée par Interpol à la fin de l'année 2025, les cyber-enquêteurs ont mis au jour un schéma criminel sophistiqué basé au Sénégal. Les cybercriminels ont tenté d'intercepter et de détourner la somme de 7,9 millions de dollars US, (environ 4.740.000.000 F Cfa au taux indicatif actuel).
La cible de cette attaque était une entreprise évoluant dans le secteur pétrolier. Le mode opératoire reposait sur le *Business Email Compromise*, c'est-à-dire le piratage et l'usurpation de la messagerie d'entreprise. Après une phase d'infiltration passive destinée à observer les flux financiers et le langage interne de la structure, les pirates ont envoyé de faux ordres de virement en imitant les dirigeants grâce à des outils technologiques avancés.
Grâce à une intervention rapide des services d'investigation et à la coordination bancaire, les comptes de destination ont pu être gelés à temps pour bloquer la fuite des fonds. Cette affaire démontre la structure transnationale des réseaux où des acteurs basés en Afrique opèrent à l'échelle mondiale avec des infrastructures réparties sur plusieurs continents.
Les enquêtes d'investigation numérique : Nouvelles armes des forces de l'ordre
L'affaire sénégalaise s'inscrit dans un ensemble d'opérations d'investigation d'envergure internationale menées à travers le continent. L'opération Sentinel constitue le plus grand coup de filet cyber en Afrique avec 19 pays impliqués, ayant entraîné 574 arrestations, la neutralisation de plus de 6000 liens malveillants et la récupération de 3 millions de dollars. Parallèlement, les opérations Serengeti 2.0 et Contender 3.0 se sont axées sur le démantèlement de fermes de minage illégal de cryptomonnaies, de centres d'escroquerie et de réseaux d'extorsion en ligne, conduisant à la saisie de plus de 1200 serveurs. Les équipes d'investigation s'appuient désormais sur la recherche de portefeuilles de cryptomonnaies, l'analyse d'empreintes numériques et la saisie d'infrastructures pour remonter jusqu'aux filières d'argent sale.
Autres mentions du Sénégal dans le rapport d'Interpol
Au-delà de la tentative de fraude financière de 7,9 millions USD, le Sénégal apparaît à plusieurs reprises dans le rapport comme un terrain d'observation et un acteur clé de la cybersécurité.
Le pays fait d'abord partie des nations africaines fortement touchées par la prolifération des rançongiciels, aux côtés de l'Afrique du Sud, du Nigeria, de la Namibie et de la Zambie, où les attaquants visent les services publics et les infrastructures critiques.
Sur le plan des vulnérabilités réseau, les données de la Shadowserver Foundation indiquent que le Sénégal concentre 4,6% des vulnérabilités informatiques exploitables détectées sur le continent en 2025, notamment à cause de systèmes non mis à jour et de VPN vulnérables.
En matière de formation et de renforcement des capacités d'enquête, Dakar abrite l'École nationale de cybersécurité à vocation régionale. Un atelier majeur d'investigation sur la cybercriminalité s'y est tenu en décembre 2025 sous l'égide d'Interpol afin d'intégrer les unités d'enquêteurs de la région dans un modèle d'apprentissage structuré.
Sur le plan institutionnel et législatif, le Sénégal a alloué un budget de 24 millions de dollars, soit environ 14,4 milliards F Cfa, pour moderniser ses plateformes numériques, lutter contre le cyber-harcèlement et déployer une plateforme nationale de protection des enfants en ligne.
Enfin, pour renforcer la prise de décision politique face au crime numérique, le ministère de la Communication s'est associé à l'Onudc en août 2025 afin de former les parlementaires sénégalais aux lois sur la cybercriminalité et au droit numérique.
Samba THIAM













