Pour s'emparer de l'atelier de couture de son employeur, Mouhamadou Yacine Diallo, Daouda Diop l'avait empoisonné en mettant une substance toxique contre les rats dans son jus de bissap. Cet accusé risque 20 ans de réclusion criminelle pour empoisonnement devant la chambre criminelle de Dakar où il a été jugé hier, mardi 14 juillet 2026.
Daouda Diop fait partie de cette catégorie de personnes dont l'ingratitude coule de source, au regard de l'acte ignoble qu'il a commis sur son employeur courant 2023. Employé par sa victime, Mouhamadou Yacine Diallo, Daouda Diop travaillait comme apprenti tailleur dans l'atelier de celui-ci qui a pignon sur rue en ville. Avec une rémunération journalière de 3000 F Cfa, il était régulièrement payé. Et pourtant, derrière cet élan de générosité que son boss avait à son égard, Daouda Diop avait des velléités criminelles à son endroit. Son dessein : s'approprier son atelier. L’accusé a finalement pu mettre à exécution son plan en mettant du poison, à savoir du raticide, (une substance chimique ou un produit biologique conçu pour exterminer les rongeurs, principalement les rats et les souris) dans le bissap du patropn. Heureusement pour lui, dès qu’il a pris une autre gorgée, le patron il a constaté un goût amer.
Immédiatement, il a eu le réflexe d'interpeller le plus jeune apprenti tailleur pour savoir s'il y avait quelqu’un qui avait touché à son jus. C'est là qu'il lui a confié que Daouda Diop avait manipulé sa bouteille.
Pour plus de précaution, Mouhamadou Yacine Diallo a porté plainte pour connaître la substance introduite dans le jus.
Alpagué et en garde-à-vue dans les locaux des enquêteurs, Daouda Diop leur avait demandé une permission de quelques minutes pour faire ses besoins. Mais, comme il tardait à revenir, les agents ont eu le réflexe d'aller le trouver dans les toilettes où ils l'ont surpris en train de se débarrasser du poison. Le produit toxique a alors été saisi et soumis à une analyse. Et le rapport d'expertise avait fait état d'un produit contenant 24,94% d'un autre produit toxique etc. Devant les enquêteurs comme devant le magistrat instructeur, Daouda Diop avait tout reconnu. Il précisait avoir empoisonné son patron dans le but de provoquer sa mort pour pouvoir s'approprier son atelier de couture.
Retournement spectaculaire
À la barre de la chambre criminelle de Dakar où il a été jugé mardi 14 juillet 2026, après avoir fait 3 ans en détention provisoire, l'accusé est revenu sur ses aveux. Adoptant la dénégation, Daouda Diop a d'emblée indiqué avoir mis une potion mystique dans cette bouteille dans le but de se protéger physiquement. Il a même dit que son patron a confondu les bouteilles puisque celle qui est incriminée lui était réservée. "Je ne sais pas là où les enquêteurs ont saisi ce poison", a-t-il répliqué quand la présidente lui a montré les clichés sur lesquels apparaissait le sachet qui contenait le poison et dont il était porteur au moment des faits.
La partie civile pardonne
À son tour, son employeur Mouhamadou Yacine Diallo, qui dit avoir avoir pardonné, a confirmé l'empoisonnement dont il est victime. "Quand la vieille dame m'a laissé une bouteille de jus sur place, j'ai bu une gorgée, mais il avait un goût bizarre. J'ai constaté que le bissap avait changé de couleur. Il est devenu noirâtre. Quand je l’ai interpellé, il a rétorqué que c'était son médicament qu'il avait mis dedans. C'est bien plus tard qu'il a fini de m'avouer que c'est un marabout qui lui a demandé de le mettre dans mon jus pour pouvoir s'emparer de mon local", explique-t-il.
Le procureur requiert 20 ans
Le procureur, dans ses développements, a indiqué que l'accusé avait reconnu avoir mis cette substance toxique dans la bouteille afin de lui donner la mort avant de revenir sur ses déclarations à la barre. C'était pour pouvoir se substituer à lui dans son atelier qu'il a essayé de le tuer, a ajouté le représentant du ministère public qui a aussi indiqué que ladite substance utilisée ainsi que la quantité étaient de nature à provoquer sa mort. Au regard de ces observations, il a requis la peine de réclusion criminelle de 20 ans contre Daouda Diop. Pour la défense de celui-ci, Me Ndiogou Ndiaye a évoqué "l'inconscience" du jeune garçon, plaidant une application bienveillante de la loi pénale pour lui. La robe noire a demandé au tribunal de l'aider à se resocialiser. Délibéré au 11 août 2026.
Fatou D. DIONE













