Farba Ngom est à deux pas de franchir le portail de la prison pour humer l’air de la liberté. Hier, la Chambre d’accusation financière a rejeté le recours du parquet contre l’ordonnance du juge d’instruction qui avait accordé le contrôle judiciaire à Tahirou Sarr et Farba Ngom. La juridiction de recours a donc pris le contre-pied du parquet, accordant la liberté provisoire au maire de Agnam. La Chambre n’a pas trouvé cohérent que Tahirou Sarr recouvre la liberté alors que son frère siamois garde la prison. Reste à savoir si le Parquet général va encore former un pourvoi.
L’opération chirurgicale faite par le parquet pour séparer les deux frères siamois, en l’occurrence Tahirou Sarr et Farba Ngom, en admettant que l’homme d’affaires sorte de prison et que le maire de Agnam reste en détention, est mal faite. Pour la Chambre d’accusation financière, les liens sont tellement forts qu’il n’est plus possible de les séparer ; si l’un sort de prison, l’autre doit forcément suivre. Du coup, hier, la juridiction d’instruction de recours a rejeté l’appel du parquet. Recousant ces liens, la juridiction d’appel a ordonné la mise en liberté provisoire de Farba Ngom ; une liberté provisoire qui est assortie d’un contrôle judiciaire comme s’était décidé pour Tahirou Sarr.
L’examen du dossier a pris trois tours d’horloge. Il nous revient que le parquet général financier a essayé tant que bien que mal de s’expliquer. En fait, le représentant du ministère public n’a même pas soutenu son appel. N’ayant pas d’argument pour défendre le recours, il a sollicité la Chambre d’accusation d’ordonner le sursis à statuer en attendant que le Conseil constitutionnel, qui a été saisi, sur l’affaire Ndèye Seynabou Ndiaye, pour vérifier de la constitutionnalité de la loi sur la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif), rende sa décision. Car, la Cour suprême avait ordonné à la Chambre de transférer le dossier au Conseil constitutionnel pour vérifier si la loi sur la Centif est conforme ou pas. Ce, par suite de la demande des avocats de la dame.
La défense de Farba
Mais cet argument, Me Baboucar Cissé et ses confrères de la défense n’ont pas voulu l’entendre. La défense du maire de Agnam a opposé un niet catégorique, expliquant que cette affaire n’a rien à voir avec le dossier Ndèye Seynabou Ndiaye et qu’il n’est pas cohérent que le parquet ne s’oppose pas au placement sous contrôle judiciaire de Tahirou Sarr, mais qu’il s’oppose à la sortie de leur client. Il s’agit, selon la défense, d’une violation du principe de l’égalité des citoyens devant la loi et devant la justice. La Chambre d’accusation financière a suivi la défense et a ordonné le contrôle judiciaire pour Farba Ngom. Le Parquet général financier va-t-il s’opposer en formant un pourvoi ? En tout cas, le recours qu’il avait fait de l’ordonnance lui avait valu une volée de bois vert. Il a six jours pour faire son pourvoi.
Rappelons que le 12 janvier dernier, le juge d’instruction avait rendu deux ordonnances dans lesquelles il avait accordé le contrôle judiciaire à Tahirou Sarr et Farba Ngom. Contre toute attente, le parquet a seulement interjeté appel de l’ordonnance concernant le maire de Agnam, suscitant le courroux des avocats de la défense et l’incompréhension de l’opinion nationale. Le ministère public a-t-il senti qu’il avait perdu la bataille ? En tout cas, c’est dans la foulée que le ministre de la Justice a sorti cette affaire des deux portables qui ont été introduites dans la prison et qui ont été retrouvés avec Farba Ngom. Ce, pour ouvrir une nouvelle procédure judiciaire et surement demander un mandat de dépôt. Lundi, en principe, l’affaire Farba Ngom devrait être évoquée en plénière de l’Assemblée nationale, précisément, à propos de la levée de son immunité. Cette décision de la Chambre d’accusation, en tout cas, va galvaniser davantage le député maire de Agnam et ses souteneurs.
Alassane DRAME












