Réponse du berger à la bergère, le groupe parlementaire Takku-Wallu a servi hier une réponse bien salée au ministre des Finances qui a engagé, durant sa conférence de presse explicative sur l’emprunt des 650 millions d’euros, l’Assemblée nationale qu’il dit avoir informée. Aïssata Tall Sall, entourée de ses collègues députés et d’autres membres de Takku-Wallu, a démenti point par point Cheikh Diba. Sur un autre registre, la présidente de Takku-Wallu s’est aussi prononcée sur la candidature du President Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations-Unies.
Après la sortie du ministre des Finances sur la dette des 650 millions d’euros, le groupe parlementaire Takku-Wallu a fait face à la presse hier pour démonter ses arguments, un à un. «Quand on échange les revenus issus de ses titres ou obligations, il y a à la fois un revenu qu’on perd pour celui qui échange et de gros risques que l’on prend. Dans ce que le Sénégal a échangé avec la First Abu Dhabi Bank, il a perdu entre 30 et 40% de ce qui était escompté», dit-elle, avant d’enchaîner : «le plus inquiétant, ce sont les risques que le pays prend. Dans ce cas de figure, il est double : si l’obligation monte en valeur, c’est la banque qui prend tout le bénéfice. Et si l’obligation baisse, c’est le Sénégal qui va payer la différence. Le deuxième risque, c’est que s’il y a un défaut de paiement, on va lui rappeler la totalité de ses engagements qu’il doit payer aujourd’hui», assure Aïssata Tall Sall, qui se demande si le Sénégal, dans l’état de ses finances actuelles, peut se permettre une telle chose.
«Le Sénégal encourt deux grands risques avec cet emprunt…»
Au-delà des termes exotériques, assure-t-elle, nos partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale et le FMI avec qui nous discutions pour un nouveau programme, disent ne pas être au courant de cet emprunt. Evoquant la position du milliardaire Warren Buffett, Aïssata Tall Sall d’insister sur le caractère dangereux des TRS : «il a dit que c’est une arme de destruction massive des finances publiques à caractère létale». Pour Me Tall, ce qui choque le plus dans cette affaire, c’est son opacité puisqu’aucun Sénégalais ne connaît réellement ce que le Sénégal a donné comme garantie pour pouvoir bénéficier de ce mécanisme. «Certains ont même dit que l’Etat a donné comme garantie notre pétrole ; or le pétrole sénégalais ne peut être donné en gage, parce que le Président Macky Sall avait fait voter une loi en 2022, interdisant au gouvernement de donner les ressources naturelles du Sénégal en garantie», rappelle-t-elle.
«C’est quand ils ont fini de faire l’opération qu’il nous a annoncé l’intention de l’Etat à faire recours au TRS»
La présidente du groupe parlementaire Takku-Wallu de battre EN brèche ensuite les propos de Cheikh Diba. «Il a dit que l’Assemblée nationale était informée ; je suis désolée, mais c’est faux. Il n’a jamais dit ni par écrit ni oralement qu’ils vont faire recours aux TRS, avant l’opération. C’est quand il a fini de faire l’opération qu’il nous a annoncé l’intention de l’Etat à faire recours au TRS. La formule sur laquelle il s’est basé pour assurer qu’il a eu l’autorisation de l’Assemblée nationale pour cet emprunt est une formule classique, qui apparaît dans tous les budgets, chaque année», assure Aïssata Tall Sall, qui annonce la demande par Takku-Wallu de l’installation d’une commission parlementaire, pour exiger du gouvernement les clarifications nécessaires sur cette affaire d’emprunt.
Djimo Souaré d’abonder dans le même sens, pour informer l’opinion que le ministre des Finances est en train de fuir l’Assemblée nationale, prétextant sa participation à l’Assemblée générale des organisations de Bretton Woods. «Il était prévu qu’il soit à l’Assemblée nationale jeudi 26 mars pour le projet de résolution du groupe Pastef pour soutenir le gouvernement concernant la non-structuration ? mais le ministre des Finances n’est pas venu parce qu’il savait pertinemment que la question allait être abordée. Deux projets de lois qui concernent les finances devaient passer en commission et plénière la semaine dernière, mais ils ont repoussé jusqu’au mois de mai, prétextant l’Assemblée générale de la Banque mondiale», dit-il.
«Quand Abdou Diouf voulait aller à la Francophonie, Wade avait, au début, refusé, mais finalement…»
Par rapport à la candidature du Président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations-Unies, Aïssata Tall Sall dit relever beaucoup de commentaires inappropriés. «Par rapport à ce qui s’est passé à Addis-Abeba vendredi dernier sur cette procédure de silence qui était relatif, non pas à la candidature du Président Macky Sall, mais pour le soutien que le Etats africains peuvent lui apporter, c’est-à-dire une résolution de soutien à la candidature du Président Macky Sall, sur les 55 Etats, seuls 13 ont objecté, 5 ont demandé une prolongation du délai, mais 37, l’écrasante majorité, sont favorables à ladite candidature. La candidature a été déposée depuis le 2 mars», a fait savoir la présidente du groupe Takku-Wallu qui soutient que sur le plan diplomatique, ce que le Sénégal a fait se passe de commentaire. Donnant l’exemple de Abdoulaye Wade avec la candidature de Abdou Diouf pour la Francophonie, Aïssata Tall Sall assure que ce dernier a eu la grandeur de se comporter comme le président de tous les Sénégalais : « Abdoulaye Wade était sceptique au début, il avait même refusé, mais finalement, il a dit : ‘’non, je ne peux pas faire ça, non pas à Abdou Diouf mais au Senegal’’. Le Président Macky Sall n’a pas eu ça, mais ce n’est pas grave, le Burundi a porté sa candidature», fulmine-t-elle.
Nd. Kh. D. F











