Ciblé par de vives critiques depuis l’annonce de sa participation à une conférence à Dakar, aux côtés du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, le géopolitologue français Pascal Boniface sort de sa réserve. Dans une vidéo publiée sur YouTube, le fondateur de l’Iris justifie son déplacement, réfute les accusations de complaisance et plaide pour un débat ouvert sur les enjeux de souveraineté.
Le géopolitologue français Pascal Boniface a choisi de répondre frontalement à ses détracteurs. Dans une vidéo de moins de trois minutes diffusée sur sa chaîne YouTube, le fondateur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) revient sur la polémique suscitée par sa participation annoncée à une conférence prévue le 9 avril à Dakar, aux côtés du Premier ministre Ousmane Sonko. Au cœur de la controverse : le contexte politique sénégalais, marqué par l’adoption récente d’une loi durcissant la pénalisation de l’homosexualité. Une séquence qui a suscité des appels, notamment en France, à boycotter le Sénégal ou à annuler certains événements académiques.
Face à ces critiques, Pascal Boniface assume pleinement son choix. «Dois-je annuler ma participation à une conférence ? Faut-il couper les ponts avec le Sénégal ?», interroge-t-il, avant de répondre sans ambiguïté : «je ne le crois pas.»
Le chercheur revendique une position de principe : dissocier ses convictions personnelles du respect de la souveraineté des États. «À titre personnel, ma culture, mes convictions, ma ligne ne sont pas en faveur de cette loi», précise-t-il. Mais il ajoute aussitôt : «le Sénégal est un pays indépendant et ce n’est pas en tant que Français que je vais dire aux Sénégalais ce qu’il faut faire ou pas faire.»
Dans son argumentaire, Boniface convoque une lecture critique des relations internationales contemporaines. Selon lui, «le temps où, au nom des droits de l’homme ou de la civilisation, on imposait aux autres peuples nos propres conceptions est révolu». Une approche qu’il juge non seulement dépassée, mais surtout «contreproductive pour faire avancer les dossiers».
Comparaison Israel-Sénégal
Au-delà du cas sénégalais, le géopolitologue pointe ce qu’il considère comme un traitement sélectif. Il rappelle que «de nombreux pays africains ont le même type de loi», sans faire l’objet d’une telle attention. Dès lors, il s’interroge : ‘’le Sénégal est-il ciblé en raison de sa volonté d’affirmer une souveraineté politique plus marquée ?’’
Dans la même veine, Pascal Boniface évoque des critiques qu’il relie à ses prises de position sur d’autres dossiers internationaux, notamment le conflit israélo-palestinien. Il dénonce l’action de «membres de la Hasbara» qui, selon lui, chercheraient à le discréditer. Pour illustrer ce qu’il considère comme un double standard, il cite l’exemple d’une loi israélienne sur la peine de mort visant des Palestiniens, questionnant l’absence d’appels similaires au boycott.
«Quand on fait des leçons de morale, il vaut mieux être cohérent»
Le chercheur répond également aux accusations de corruption liées à sa participation à la conférence. «J’irai pour toucher mon chèque… Je suis forcément corrompu», ironise-t-il, avant de défendre la constance de son engagement intellectuel. «J’ai toujours défendu avec une certaine cohérence les mêmes points de vue, quels que soient les désagréments, plutôt importants, professionnels et personnels, que cela a pu m’apporter.»
Refusant toute logique d’isolement ou de boycott, Boniface plaide pour la confrontation des idées : «il faut confronter son point de vue et pas uniquement discuter avec ceux avec lesquels on est entièrement d’accord.»
Sidy Djimby NDAO
(Correspondant permanent en France)













