Enfion le procès de la pouponnière "Keur Yeurmandé" a eu lieu hier. Là où Ndella Madior Diouf risque une peine de prison ferme de 5 ans et une amende de 1 million de F Cfa, El Hadji Sène et Cheikh Tidiane Ndiaye, ses deux employés qui sont aussi sous mandat de dépôt, ainsi que leurs autres coaccusés non détenus, encourent 3 mois de prison ferme, pour homicide involontaire, non-assistance à personne en danger…. En attendant de donner son délibéré, le juge a accordé la Liberté provisoire à Ndella Madior Diouf.
L'affaire dite Keur Yeurmandé dans laquelle Ndella Madior Diouf et ses acolytes présumés ont été arrêtés en décembre 2023, après la fuite d'une vidéo montrant des bébés dans des conditions dégradantes au sein de sa pouponnière, est finalement jugée. À la suite nombreux renvois, Ndella Madior Diouf, 60 ans, a finalement fait face au juge de la chambre criminelle de Dakar, après plus de 2 ans en détention provisoire. Au total, 10 chefs d'inculpation sont imputés à Ndella Madior et aux autres. La concernant, elle est poursuivie pour homicide involontaire, complicité dudit chef, traite de personnes, exercice illégal de la médecine, privation d’aliment à des enfants ou de soins ayant entrainé la mort, obtention illicite de certificat aux fins d’inhumation, mise en danger de la vie d’autrui, non-assistance à personne en danger, exploitation d’une pouponnière sans autorisation et non déclaration de naissances. Elle a comparu aux côtés de ses employés, l'animateur de la radio Saphir Fm, El Hadji Sène et son assistant, Cheikh Tidiane Ndiaye, qui sont eux aussi sous mandat de dépôt.
Ndella Madior Diouf nie tout
À la barre du tribunal, elle a catégoriquement nié. La Directrice de la radio "Saphir Fm" a révélé face au juge que c'est "un retard de prise en charge volontaire qui a causé la mort des bébés dans sa pouponnière". Et pourtant, le rapport médical a indiqué que les enfants décédés dans sa pouponnière souffraient de diarrhée, de vomissements et de dénutrition sévère. À ce propos, elle déclare : "je dégage toute responsabilité concernant le rapport médical versé dans cette affaire. Je n'ai commis aucune négligence dans cette affaire. J'ai donné ma vie. J'ai sauvé une soixantaine de bébés avec fierté. C'est quand j'ai recruté Anta Sarr que j'ai commencé à avoir des problèmes. C'est elle qui a volontairement omis de bouillir les biberons, ce qui a causé la diarrhée aux bébés". Interpellée sur le délit d'exercice illégal de la médecine, elle soutient : «je n'ai jamais consulté, ni administré de traitement à un bébé. S'ils tombent malades, je les transfère à l'hôpital. Je n'ai aussi jamais procédé à un accouchement de ma vie".
Tout de même, Ndella Diouf a révélé aux juges que lorsque bébé "Akon" est décédé dans sa pouponnière, elle a elle-même établi l'acte de constat. "C'est avec cet acte que je suis allée à la mairie de Grand-Yoff où on m'a donné un certificat d'inhumation. J'ai la qualité pour constater un décès en tant qu’étudiante en médecine. Et c'est sur cette base que j'ai obtenu un permis d'inhumer", a-t-elle indiqué.
«C’est cette procédure judiciaire qui est la cause du décès de son père»
Toujours, par rapport à sa qualité de médecin, elle précise : "Je ne suis pas docteur en médecine et c'est ce que j'ai dit à l'entame de ma déposition à la barre. Je suis médecin, mais je n'ai pas encore soutenu ma thèse", s’est-elle défendu. Elle a par ailleurs tenu à rappeler que les bébés Zuleyka, Mouhamed, Bijou Ngoné, Madické Niang, Fallou Thiam, Ndella Madior, Emmanuel Macron et Maïmouna sont décédés dans sa structure. Elle a quand-même tenu à préciser que tous ces enfants sont morts de diarrhée et non de maladies infectieuses, comme le souligne le dossier médical. Elle poursuit : "pour Emmanuel Macron qui est né au marché de Ziguinchor, il a été hospitalisé 2 fois de suite. Il a eu une déshydratation. Je ne suis pas responsable de sa mort parce qu'il est venu avec une diarrhée dans ma pouponnière. Aucun des enfants décédés n’est né à la pouponnière".
Toutefois, Ndella Madior a déploré cette procédure judiciaire qui, assure-t-elle, est la cause du décès de son père, Madior Diouf : "le préfet de Dakar ne devait pas entrer dans cette maison sans ma présence et celle de mon père pour emmener ces bébés. Et c'est par suite de cette affaire que mon père a fait un Avc. Chaque jour, il ne cessait de réclamer les bébés. Ils voulaient tout simplement arrêter Ndella Madior".
D'après le procureur, un état d'insalubrité a été constaté par le préfet de Dakar et des services du ministère de la Santé qui s'étaient rendus dans sa pouponnière. Elle a contesté cela en attestant que sa maison était propre. À en croire Ndella Madior, ces vidéos versées dans la procédure, qui montrent ses locaux, ont été fabriquées. Ses services, dit-elle, ont parlé de bébés entassés dans sa pouponnière, alors que ce n'est pas vrai. À la question de savoir s'il se faisait de l'argent sur le dos des bébés, elle a laissé entendre qu'elle a fait tout ceci à titre humanitaire et non par profit.
À côté d'elle, ont comparu ses employés, l'animateur à Saphir Fm, El Hadji Sène et son assistant Cheikh Tidaine Ndiaye, poursuivis pour avoir clandestinement enterré deux bébés décédés dans la pouponnière. Ce qu'ils ont nié. Le premier nommé a contredit sa patronne en affirmant n'avoir jamais nourri les bébés qui se trouvaient dans la pouponnière. "Je ne donnais pas de biberons aux bébés. J'ai fait la publicité de la pouponnière dans chacune de mes émissions sauf les samedis et dimanches", a indiqué El Hadji Sène. Son coaccusé, Cheikh Tidaine Ndiaye, a aussi botté en touche. Il a aussi précisé n'avoir jamais vu sa patronne Ndella Madior exercer comme médecin.
Le procureur requiert 5 ans ferme et une amende de 1 million
Dans ses observations, le procureur a dit qu'il reprochait à Ndella Madior Diouf une "une négligence manifeste". "Je rappelle qu'il y a eu 6 décès. Pour chacun de ces enfants décédés, les médecins ont relevé une dénutrition, une déshydratation, une infection néonatal etc. Ce n'est pas un hasard. Ils sont tous morts à peu près de la même chose. 6 enfants sur 60 sont morts. C'est 10% des enfants, ce qui est énorme", a expliqué le représentant du parquet, qui a requis 5 ans d'emprisonnement ferme assortis d'une amende de 1 million contre Ndella Madior. Le parquet a, par ailleurs, sollicité l'acquittement de ses autres coaccusés qui ont bénéficié d'une liberté provisoire au cours de l'enquête et qui n'ont pas comparu, à savoir Awa Mbaye, Fanta Cissokho, Fatou Sène, Sadio Keita, Anta Sarr, Yacine Sow, Djiby Sow, Koumah Diakham pour complicité de ces infractions ; et 3 mois de prison ferme pour le délit de non-assistance à personne en danger pour El Hadji Séne et Cheikh Tidiane Ndiaye qui sont toujours en détention.
Délibéré le 26 mai prochain
La défense composée de Mes Aboubacry Barro, Ousseynou Gaye, Djiby Diallo, Youssoupha Camara, Daff et Amadou Sall, a évoqué des "failles" dont serait victime leur cliente. Les robes noires ont déploré le fait que l'État n'était pas en mesure d'aider des femmes et des enfants en situation de détresse. Les conseils ont d'ailleurs dit que Ndalla Madior n'a commis aucune faute.
Liberté provisoire pour Ndella M. Diouf
Les avocats de la défense, au cours de leurs plaidoiries, ont formulé une demande de liberté provisoire pour Ndella Madior Diouf. Certains encore ont évoqué une garantie de représentation en justice au moment où d'autres ont par ailleurs parlé de contravention en ce qui concerne les infractions pour lesquelles elle comparaît. Hélas, le procureur s'est opposé à sa liberté provisoire arguant le trouble à l'ordre public qui ne s'est pas encore estompé, entre autres. À l'opposé du parquet, le tribunal lui a accordé la liberté provisoire comme le voulaient ses conseils.
Le délibéré est fixé au 26 mai 2026.
Fatou D. DIONE













