Le professeur Bougar Diouf, figure intellectuelle de la coalition « Diomaye Président » et membre de l’Union des panafricanistes sénégalais (Ups), a vivement critiqué l’annonce surprise du « congé » du Premier ministre Ousmane Sonko, ainsi que l’organisation du Téra Meeting prévu aujourd’hui. Selon lui, « un Premier ministre ne peut se mettre en congé du devoir national pour descendre dans l’arène militante ». Il alerte sur « un glissement dangereux » et appelle à protéger l’autorité du Président Bassirou Diomaye Faye.
La scène a surpris le pays. Lors du dernier conseil des ministres, le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé sa prise de congé de ses fonctions gouvernementales pendant plusieurs jours. Une décision pour le moins inédite, précédée de l’appel à un grand rassemblement populaire, le Téra Meeting, présenté comme une démonstration de force politique. Il n’en fallait pas plus pour que l’onde de choc traverse les cercles du pouvoir et les espaces militants. Mais c’est la sortie du professeur Bougar Diouf qui, ces dernières heures, cristallise l’attention. Le philosophe et membre de la coalition « Diomaye Président » n’a pas mâché ses mots. Pour lui, ce congé n’est rien d’autre qu’une désertion symbolique de l’État. « Un Premier ministre ne prend pas congé de la République. Il ne pose pas le sac pour redevenir militant. Quand on est dépositaire de l’autorité nationale, on ne retourne pas au meeting. On gouverne. On assume. On protège le pays. »
« Le congé n’est pas une catégorie institutionnelle »
Bougar Diouf n’avance pas dans l’ambiguïté. Pour lui, l’annonce faite en conseil des ministres est une faute de posture. « Le Premier ministre est l’architecte de l’action gouvernementale. Sa parole est celle de l’État. Sa présence est un repère. Son absence volontaire, décidée pour des raisons politiques, crée un vide dangereux. » Et le professeur de décrire une dérive. « Le congé est un droit du fonctionnaire. Pas du chef de gouvernement. Dans les périodes de crise économique, sociale et territoriale que nous traversons, l’État ne peut pas se permettre de vaciller au sommet. »
Le Téra Meeting, un geste politique à haut risque
La critique ne s’arrête pas au congé. Elle s’étend à l’appel au Téra Meeting, que Bougar Diouf juge « en contradiction directe avec l’éthique de l’État ». « Si un Premier ministre appelle lui-même le peuple à la rue, alors qui reste pour garantir la paix ? Qui assure la stabilité ? Qui répond des conséquences ? Ce précédent est dangereux. Il efface la frontière entre gouverner et contester. » Bougar Diouf rappelle un principe fondamental. « On ne peut pas appeler la foule contre les institutions que l’on dirige. Sinon on n’est plus gouvernant : on redevient agitateur. »
Depuis l’élection du Président Bassirou Diomaye Faye, un équilibre fragile se dessinait entre l’héritage contestataire des mobilisations passées et les impératifs de la gouvernance nationale. Pour Bougar Diouf, le Téra Meeting rompt cet équilibre. « Il y a un temps où la rue servait à briser une injustice. Aujourd’hui, il s’agit de construire une nation. La rue ne construit pas. Elle interpelle. Gouverner, c’est transformer. Il faut choisir, être l’interpellateur ou être le transformateur. »
Un avertissement à Sonko, mais aussi à ses partisans
Le professeur ne parle pas seulement au Premier ministre. Il parle à toute une mouvance. « La loyauté politique ne doit jamais dépasser la loyauté à la République. Un parti passe. La Nation demeure. Si demain le pays s’enflamme, ce sont les pauvres, les jeunes et les innocents qui paieront. Pas ceux qui tiennent les micros. » « L’histoire ne pardonnera pas ceux qui auront laissé la République sans pilote. »
Le Président Diomaye Faye doit être protégé, pas pris en otage
Bougar Diouf rappelle la position, l’articulation du pouvoir repose sur la stabilité présidentielle. « Le Président n’est pas un camarade politique. Il est la clef de voûte de l’État. Le fragiliser, c’est fragiliser le Sénégal. Bassirou Diomaye Faye n’a pas été porté par la rue pour être sacrifié à la rue. Il est là pour gouverner, pacifier, reconstruire. ». Dans ce paysage agité, un responsable trouve grâce aux yeux du professeur, le ministre de l’Environnement Abdourahmane Diouf. « Il rappelle ce que beaucoup semblent vouloir oublier : la République n’est pas une tribune. Elle est une architecture fragile qui exige discipline et froideur. Qu’il préserve l’ordre et la stabilité, c’est non seulement légal, mais indispensable. »
Baye Modou SARR












