Chassés manu militari de l’enceinte de la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Rts) par des gendarmes mobilisés sur instruction de la direction, les syndicats Synpics et Synpaps ont tenu un point de presse inédit dans la rue. Un acte fort pour dénoncer ce qu’ils qualifient de gestion autoritaire et injuste du Directeur général Pape Alé Niang, accusé d’avoir suspendu un accord d’entreprise historique, plongeant les travailleurs dans une précarité alarmante.
La scène est inédite et symbolique. Devant les grilles de la télévision nationale, les représentants des deux syndicats les plus représentatifs de la Rts ont dénoncé une humiliation institutionnelle. Contraints de s’exprimer hors des locaux, ils disent y voir l’illustration parfaite de la rupture du dialogue social au sein de l’entreprise publique. Pour les syndicalistes, cette expulsion marque un point de non-retour. «Le silence a trop duré», martèlent-ils, accusant le Directeur général de refuser toute rencontre, d’ignorer les courriers et de mépriser les engagements pris à son arrivée.
Mama Moussé Niang : «il a hérité d’un accord qu’il a osé supprimer»
Premier à prendre la parole, le secrétaire général du Synpaps, Mama Moussé Niang, a ciblé ce qu’il considère comme le nœud du conflit, la suspension unilatérale de l’accord d’entreprise. «Nous avons un seul problème avec le Dg : l’accord d’entreprise qu’il a hérité en arrivant à la tête de la Rts et qu’il a osé suspendre, sous prétexte d’un déficit de trésorerie. Une cause fallacieuse», accuse-t-il. Selon lui, cette justification ne résiste pas à l’analyse, puisque d’autres corps continuent de percevoir leurs avantages, y compris ceux accordés avant l’alternance politique. «Nos agents continuent de travailler sur la base de la convention de 2005. Pourtant, cette nouvelle convention a été renégociée, preuve que nous avons toujours privilégié le dialogue et la stabilité», rappelle-t-il.
Six mois après, aucune réponse de la direction. Pis, selon le syndicaliste, le Dg serait devenu injoignable. «Il refuse de nous recevoir, refuse même de prendre nos appels. Nous souffrons énormément alors que nous ne réclamons que nos droits.»
Précarité sociale et alerte sur la santé mentale
Les syndicats dressent un tableau sombre de la situation sociale à la Rts. Avances de Tabaski supprimées, avantages sociaux suspendus, climat anxiogène permanent. «C’est la précarité totale. Le risque de suicide ne peut plus être écarté», alerte Mama Moussé Niang, révélant que même le médecin d’entreprise a recommandé la présence d’un psychologue. Il rappelle que le Conseil d’administration, à travers le Pca, a lui-même reconnu le caractère alarmant de la situation lors d’une rencontre récente.
Alioune Badara Kane : «nous sommes l’agneau du sacrifice»
Le chargé des revendications du Synpics, Alioune Badara Kane, dénonce une injustice flagrante. «Nous ne sommes pas les seuls à avoir bénéficié de hausses de salaire dans ce pays. Mais notre augmentation est légitime : nous fonctionnons avec le même accord d’entreprise depuis 21 ans». Il fustige un traitement discriminatoire, pointant du doigt les revalorisations accordées à d’autres secteurs sans remise en cause, notamment à la veille du départ de l’ancien régime.
Le syndicaliste va plus loin, dénonçant une personnalisation excessive du pouvoir. «La dignité des travailleurs est piétinée par le bon vouloir d’un seul homme, pendant que son propre salaire est passé de 2 millions à 6 millions de francs Cfa. Où est son empathie ?». Il réclame un audit des corps de contrôle, évoquant une gestion «jouissive».
Thierno Dramé : «il n’a pas le droit de suspendre cet accord»
Pour Thierno Dramé, délégué du personnel, la suspension de l’accord est juridiquement infondée. Il rappelle que le décret d’application du Code de la presse, signé en mars 2024 par le président Macky Sall, garantit le financement des médias publics. «Après ce décret, l’ancien Dg Racine Talla avait clairement affirmé que tous les obstacles à la signature de l’accord étaient levés. L’accord a suivi tout le circuit administratif requis.»
Selon lui, Pape Alé Niang avait même assuré, lors de la passation de service, qu’il n’y toucherait pas. «Deux mois après son installation, il suspend l’accord, sans suivre aucune procédure. Il n’en a tout simplement pas le droit». Le délégué du personnel dénonce également un train de vie jugé incompatible avec les difficultés des travailleurs : bureaux multiples, voyages fréquents, dons de véhicules aux origines floues.
Face à ce qu’ils qualifient d’impasse sociale, les syndicats haussent le ton. Leur mot d’ordre est sans ambiguïté : la levée immédiate et sans condition de la suspension de l’accord d’entreprise.
Baye Modou SARR













